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apollinaire

By William Daniels,2014-06-24 16:19
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apollinaire

    André Durand présente

    Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky

    qui a pris le pseudonyme de

    Guillaume APOLLINAIRE

    (France)

    (1880-1918)

    Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

    qui sont résumées et commentées

    (surtout différents poèmes d’’’Alcools’’ étudiés dans des dossiers à part).

    Bonne lecture !

    Né à Rome, le 26 août 1880, il fut baptisé à Sainte-Marie-Majeure sous les noms de Wilhelm-Apollinaris de Kostrowitzky.

    Il était le fils d‟Angélique-Alexandrine Kostrowitzky, une jeune aristocrate lituanienne, fantasque et de goûts nomades, fille de Michel-Apollinaris qui s‟était enfui de Pologne après l'insurrection de 1863 à

    laquelle il avait participé et qui, tandis que ses deux frères prenaient le chemin de la Sibérie, obtint un emploi militaire à la cour du Vatican et avait épousé une Italienne, Julie Floriani. On a fait beaucoup de conjectures sur le père de celui que sa mère a toujours appelé Wilhelm. Les uns ont voulu que ce fût un prélat de la curie romaine, d‟autres, l‟évêque de Monaco, d‟autres un officier de l‟armée italienne apparenté à la famille royale, François Flugi d'Aspermont. Cette dernière hypothèse a tendance à prévaloir, Angélique-Alexandrine ayant pris soin de la répandre elle-même.

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    En juin 1887, elle mit au monde un second fils, Albert, et quitta Rome peu de temps après pour Monaco, vraisemblablement attirée dans la principauté par le casino de Monte-Carlo. Il était de notoriété publique vers 1890-1895, à Monaco, que l'évêque subvenait aux frais de l'éducation des deux jeunes garçons. En réalité, on ne sait rien de précis sur cette période de la vie de Guillaume, sinon, par ce qu'il en a dit lui-même. Vers l'âge de sept ans, il fit un premier voyage à Paris. Sa mère avait loué un appartement en face de l'Élysée, grâce à quoi il eut la chance de voir de ses yeux le président de la République, Jules Grévy. Elle revint à Paris avec Guillaume et Albert en 1889, année de l'Exposition.

    Guillaume était depuis un an élève des Maristes au collège Saint-Charles, de Monaco. Il y connut deux condisciples qui, retrouvés plus tard à Paris, demeurèrent ses amis jusqu'à la fin, René Dalize et Toussaint-Luca. Il y fit d‟immenses lectures, sources d‟une érudition étonnante mais dispersée, y acquit un humanisme classique et s‟initia aux mythes antiques et aux légendes médiévales. Faut-il

    attacher de l'importance aux velléités mystiques qui troublèrent alors sa jeune âme et dont on retrouve un écho dans son poème intitulé “Zone”? Dans les collèges religieux, tous les gamins de son

    âge passaient par là. Si l'écrivain a laissé voir quelque tendance à la mysticité et quelque préoccupation de l'occulte, il faut l'attribuer à son origine slave. Brillant élève plutôt que fort en thème, il excellait à peu près dans toutes les matières, principalement en exercice français. Il avait seize ans et demi quand sa mère, qui entraînait ses enfants parmi les équivoques et les fantaisies de sa vie agitée, les traînait d'hôtel en hôtel, d'aventure galante en aventure louche, quitta Monaco pour Nice où elle les mit au lycée. Il y entra en rhétorique. Ses études devinrent plus irrégulières. Cinq mois après, à la veille des examens du baccalauréat, il entra au collège Stanislas de Cannes. Les faveurs, les égards dont il y était entouré le firent passer pour le fils naturel du prince de Monaco. Mais, en 1897, il abandonna ses études sans avoir obtenu le baccalauréat. Il avait composé ses premiers poèmes et trouvé son pseudonyme, sa vocation se plaçant d'abord sous le signe de Nerval et de Verlaine.

    Ainsi, au cours des étés de 1889, 1890 et 1891, sa mère fréquentant le casino de Spa, la famille séjourna à Stavelot dans les Ardennes belges et, entre des excursions et des marivaudages agrestes, il composa des poèmes qui allaient être publiés dans „’Le guetteur mélancolique’’ en 1952. Ces

    séjours estivaux cessèrent quand, en 1891, ils durent quitter l‟auberge à la cloche de bois.

    Il devint alors le nègre d‟un feuilletoniste, fut employé de bureau, répétiteur, avant d‟obtenir, en 1901,

    un poste de précepteur auprès de la fille d‟une riche aristocrate franco-allemande, la vicomtesse de

    Milhau, qui vivait au château de Neu-Glück en Rhénanie. Il y tomba amoureux de la gouvernante de son élève, une Anglaise, Annie Playden. Son congé d‟hiver lui permit un voyage qui, par Berlin,

    Munich, Prague, Vienne, le ramena sur les bords du Rhin où, au printemps 1902, il put croire son amour partagé. Après un autre congé, il revint en Allemagne en août 1902, persuadé qu‟elle

    l‟attendait, mais elle était repartie en Angleterre. En novembre 1903, il alla lui rendre visite à Londres ; à sa grande déception, il s‟aperçut qu‟elle était des plus réticentes, et ce fut à ce moment, fin 1903, qu‟il composa l‟essentiel de “La chanson du mal-aimé.

    Il anima la revue „’Le festin d’Ésope’’.

    En mai 1904, concevant quelque espoir, il fit un second voyage à Londres, mais non seulement ne put obtenir sa main mais se brouilla définitivement avec la jeune fille qui partit aux États-Unis. Il rentra à Paris et y traîna sa mélancolie en juin 1904 et c‟est donc seulement après cette date que “La

    chanson du mal-aimé” fut terminée.

    Entre-temps, il reprit à Paris sa vie besogneuse. Mais il était, aux yeux de tous, le joyeux ? Kostro ?, le léger ? flâneur des deux Rives ?. Devenu, dès 1904, l‟ami de Picasso, Derain, Vlaminck, il participa

    avec d‟autres poètes (Salmon, Max Jacob) aux discussions du „‟Bateau-Lavoir‟‟ et du “Lapin agile‟‟

    sur le cubisme qui était en gestation, cette théorie artistique nouvelle privilégiant l'inspiration abstraite et géométrique au détriment de la représentation du réel. Il contribua à l‟? invention ? du Douanier

    Rousseau, rencontra aussi Alfred Jarry. Il collabora à “Vers et prose” qu‟avait fondé Paul Fort.

    En 1907, il quitta le domicile de sa mère au Vésinet.

    S'occupant de recherches dans l'érotisme littéraire, il signa pour la collection "Les maîtres de l'amour"

    l'édition d'ouvrages libertins français (Sade, Mirabeau, Nerciat, abbé de Grécourt, etc.) et traduits (l‟Arétin, Giorgio Baffo, F. Delicado, etc.), et reçut une commande pour des romans pornographiques :

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    Les exploits d’un jeune don Juan

    (1907)

    Roman

    Le jeune Roger ne rêve que de filles et de femmes, de séduction, d'abandons et d'étreintes, d'odeurs et de formes abondantes... Rapidement déniaisé, il s'adonne à une initiation inextinguible. Amoureux transi des femmes, il embrasse, caresse et séduit toutes celles qu‟il croise, ne reculant devant aucun fantasme ni aucune perversion pour assouvir ses désirs et parfaire son apprentissage amoureux.

    Commentaire

C‟est un roman d'initiation amoureuse et sexuelle, à la fois drôle et provocant, comme le prouvent

    l'incipit tiré du "Cid" de Corneille aussi bien que la dernière phrase du roman.

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    Les onze mille verges ou les amours d'un hospodar

    (1907)

    Roman

    Du Paris du début du XXe siècle au Port-Arthur de la guerre russo-japonaise de 1905, Mony Vibescu, ? hospodar ? roumain, qui se vante de pouvoir faire l'amour vingt fois de suite (et s'il n'y parvient pas, que onze mille verges le châtient !) voyage à travers l‟Europe d‟est en ouest jusqu‟aux confins de

    l‟Asie, enchaînant les rencontres et les amours improbables, explorant toutes les possibilités sexuelles possibles, laissant les ruines de ses orgies délirantes.

    Commentaire

    Cet écrit licencieux où l‟humour noir et la farce érotique s‟entrelacent dans un formidable pied de nez aux goûts de l‟époque est un insoutenable classique de la littérature pornographique car il est d‟une tenue littéraire inhabituelle en cette sorte d‟écrits. Sous la forme d'un conte, il hésite entre la mode

    orientaliste et la veine du roman populaire. Certains de ses aspects portent bien la signature d‟Apollinaire : le goût de l‟équivoque (dans son titre même qui fait allusion à la légende de sainte

    Ursule, vierge et martyre du Ve siècle qui fut mise à mort par les Huns près de Cologne avec, dit la légende ce qu‟Apollinaire appellera dans “Cortège” [poème d‟“Alcools”] ?la ribambelle ursuline?, onze

    mille vierges rhénanes qu‟elle avait endoctrinées, ce que racontait encore, au XVIIe siècle, le Père

    Crumbach, auteur d'une naïve “Ursula vindicata”, imprimée à Cologne ; en fait, le chiffre hautement

    improbable de onze mille viendrait d‟une mauvaise lecture de ? S. Ursula et XI M.V. ? qui signifierait

    plutôt ? sainte Ursula et onze martyres vierges ?), une érudition ostensible, la composition par collage d‟épisodes, le rire rabelaisien et l'humour décalé, de second degré, qui désamorcent l‟horreur. L‟itinéraire des personnages traverse, pour les profaner, des paysages chers au poète : ?le

    panorama romantique du Rhin? contraste avec une orgie meurtrière ; le carnaval de Nice est

    l‟occasion d‟une rencontre sado-masochiste. Ce roman communique souterrainement avec

    l‟ensemble de ses oeuvres : le bel Egon est empalé comme le giton de “L’hérésiarque et Cie” ; Fédor,

    le rival triorchité, s‟apparente au ?babo? de “Quevlo-ve?”, du même recueil ; le destin de Mony

    Vibescu aboutit à l‟érection d‟un ?monument funéraire étonnant? comme celui de Croniamantal,

    héros du “Poète assassiné”, au creusement d‟une ?statue en rien?. Une des structures majeures ici

    est la dialectique du vrai et du faux, essentielle dans l‟imaginaire apollinarien ; une autre est la volonté d‟exhaustivité. En effet, tout est présent dans cette oeuvre sulfureuse : de l'homosexualité à la

    nécrophilie en passant par la scatologie, l‟inceste, la pédophilie la plus insoutenable, le sado-

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    masochisme, la zoophilie ou les pénétrations multiples, Apollinaire présente une palette large de ce qui est possible en matière de sexe. Il a concentré en une centaine de pages la totalité des interdits. En dépit de la réussite littéraire, ce catalogue de perversions sexuelles jette sur ses fantasmes un jour singulier. Des scènes invraisemblables peuvent encore heurter un lecteur délicat, mais le plaisir très rabelaisien de la chair augmenté d'une prose énergique et claquante comme un coup de fouet ravit les vrais amateurs de contes licencieux.

    En 1907, le livre fut publié sous le manteau par un imprimeur de Malakoff et, pendant des années, vendu clandestinement, interdit, banni, honni, voué aux enfers. Ce n'est qu'à partir de 1970 et grâce à Régine Desforges que ce classique de l‟érotisme put enfin être vendu librement.

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    L’obituaire

    (1907)

    Nouvelle

À Munich, le narrateur découvrant, près du cimetière, ?la maison des morts?, fait avec eux une

    grande promenade à travers la ville où des vivants se joignent à eux, puis dans la campagne, dans un bal champêtre, où un vivant fait une déclaration d‟amour à une morte et un mort à une vivante : ?Je vous aime, disait-il, comme le pigeon aime la colombe, comme l'insecte nocturne aime la lumière?. Puis ils reviennent, les morts retrouvant leur maison, les vivants restant dans la ville où ils sont admirés des autres ?car y a-t-il rien qui vous élève comme d'avoir aimé un mort ou une morte. On devient si pur qu'on en arrive, dans les glaciers de la mémoire, à se confondre avec le souvenir. On est fortifié pour la vie et l'on n'a plus besoin de personne.?

    Commentaire

    Ce petit conte fantastique, macabre et gai, qui a toute l‟étrangeté des histoires du cycle breton, avait été inspiré à Guillaume Apollinaire par la Bavière où, pourtant, il n‟avait séjourné que quelques jours.

    Il affirmait son goût de se plonger dans le passé, sa volonté de recueillir ?