DOC

INSTITUT DE FORMATION ET DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUES

By Marilyn Carroll,2014-08-29 16:50
14 views 0
INSTITUT DE FORMATION ET DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUES

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

    Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique

Centre de Développement Sous Régional pour l’Afrique

    Centrale

    POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE

     La présente étude a été préparée par un Consultant. Les opinions, chiffres et estimations

     figurant dans ce document sont ceux du

     Consultant et ne reflètent pas nécessairement le

     point de vue du Centre de Développement sous-

    Régional pour l’Afrique Centrale. Leur mention

    ne signifie pas qu’ils ont l’aval des Nations

    Unies.

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

    TABLE DES MATIERES

Introduction .......................................................................................................................... 3

    I La connexion entre croissance démographique, sécurité alimentaire et

    environnement : aspects théoriques ..................................................................................... 5 II Le contexte de l’étude ................................................................................................... 7 2.1 L‟espace physique ....................................................................................................... 7 2.2 Les potentialités agro-écologiques ............................................................................... 7 2.3 Caractéristiques générales des économies de la sous-région ........................................ 8 2.4 Les contraintes démographiques .................................................................................. 9 III La connexion population-sécurité alimentaire- environnement en Afrique ............. 10

    3.1 La situation générale de l‟Afrique Centrale dans la connexion .................................. 10

    3.2 La situation concrète de la connexion dans la sous-région ......................................... 12 IV Comment faire face à la situation ? ............................................................................ 18 4.1 Les solutions possibles : les bonnes pratiques ............................................................ 18 4.2 La prise en compte de la connexion dans l‟élaboration des politiques sectorielles en

    Afrique centrale : l‟exemple du Cameroun ........................................................................ 19

    V Les perspectives d’avenir............................................................................................ 22 5.1 Perspectives sur la sécurité alimentaire ...................................................................... 23 5.2 Perspectives sur la dégradation de l‟environnement ................................................... 26

    VI Conclusion ................................................................................................................... 27

    VII Recommandations ................................................................................................... 28 VIII Bibliographie ........................................................................................................... 29

    ANNEXES........................................................................................................................... 35

    Annexe 1 : Quelques indicateurs relatifs aux éléments de la connexion ............................. 35 Annexe 2 : Cartes décrivant les potentialités agro-écologiques et certains éléments de la

    connexion des pays de l‟Afrique Centrale ......................................................................... 38

    Annexe 3 : Méthodes de projection de la production agricole, de la consommation et de la

    superficie de terre arable par habitant ................................................................................ 45

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 3 -

     Introduction

    Depuis leur accession à l‟indépendance, les pays Africains au Sud du Sahara ont connu des fortunes diverses. Malgré les progrès réalisés dans certains domaines comme l‟éducation et la santé, en comparaison avec les périodes précédentes (coloniale et pré-coloniale), certains pays n‟ont jamais pu amorcer leur processus de développement. D‟autres par contre ont connu un démarrage spectaculaire pour retomber dans le cercle vicieux de la pauvreté comme les précédents. Cette situation résulte de plusieurs facteurs, au rang desquels figurent la forte croissance démographique, le faible niveau de productivité, la faible qualification des travailleurs, la mauvaise gestion et la corruption, les termes de l‟échange, la dégradation de

    l‟environnement, etc. Ces facteurs agissent par eux-mêmes d‟une part et par leurs interactions

    de l'autre. Une de ces interactions concerne la connexion entre la population, l‟agriculture et l‟environnement. Ainsi que le font observer les experts de la Division de la sécurité

    alimentaire et du développement durable de la CEA, le cercle vicieux de la pauvreté provient du fait que les populations rurales analphabètes soumises à l‟insécurité alimentaire, exploitent de plus en plus de terres, en raison de la forte croissance démographique. Cela a pour effet d‟en réduire la fertilité. En conséquence, la fécondité augmente parce que l‟exploitation de ces terres peu fertiles requiert plus de main-d‟œuvre en raison de la faible productivité due aux

    techniques rudimentaires utilisées. Ce processus a pour effet d‟aggraver, à terme, l‟insécurité alimentaire.

    Il ressort donc que la croissance démographique est le facteur initial du processus circulaire de la reproduction de la pauvreté dans les pays africains. Toutefois pour beaucoup de pays vient s‟ajouter à ce facteur un environnement fragile. C‟est le cas de la zone sahélienne où les conditions écologiques défavorables accentuent l‟impact négatif de la croissance démographique sur l‟environnement, en raison surtout des pratiques agricoles non

    écologiques. Dans la sous-région Afrique Centrale, seuls le Nord du Cameroun et le Tchad connaissent des conditions climatiques défavorables, avec des périodes assez fréquentes de sécheresse ou de mauvaise répartition des pluies. Celles-ci compromettent la production agricole et, en conséquence, la sécurité alimentaire dans ces régions. Hormis ces zones, la sous-région bénéficie de conditions naturelles favorables. Selon Cleaver et Schreiber (1994 : 4) il existerait encore dans cette région des zones vierges. La terre arable y est encore abondante. Ainsi, même si l‟accroissement de la population y est élevé, celui-ci n‟a

    probablement pas encore conduit à une dégradation considérable de l‟environnement. Par contre les pratiques agricoles et l‟exploitation du bois pourraient y avoir conduit. En effet, au

    début du siècle, la forêt qui couvrait 90% de l’Afrique Centrale n’en couvre plus que 30% aujourd’hui. Par ailleurs, l‟absence d‟impact de l‟accroissement de la population sur l‟environnement ne pourrait s‟observer que pour la région dans son ensemble. Si l‟on prend des zones spécifiques comme celles couvertes par le Burundi et le Rwanda, la densité de la population y est très forte. Dans ces zones et dans la région sahélienne, la contribution de la croissance démographique à la reproduction de la pauvreté semble évidente. Il conviendrait d‟y faire face et d‟éviter qu‟elle se généralise à l‟ensemble de l‟Afrique Centrale.

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 4 -

    Pour rompre le cercle vicieux de la pauvreté, plusieurs solutions ont été envisagées dans le cadre des programmes traditionnels (ou sectoriels) de développement. Mais plusieurs parmi elles n‟ont jamais donné les résultats escomptés. Des exemples de tels échecs sont évoqués par la Banque mondiale (Cleaver et Schreiber, 1994: 11). Il s‟agit de

    programmes visant à instaurer les titres individuels de propriété, à introduire de nouvelles technologies agricoles comme les fertilisants et les variétés de semences améliorées, à conserver les sols et protéger la forêt et les programmes de planification familiale.

    Pour éviter de tels échecs, une nouvelle approche de ces problèmes repose sur la prise en compte des interrelations entre les différents secteurs impliqués. Cette approche dite holistique envisage des solutions sectorielles mais celles-ci considèrent les contraintes imposées par les autres secteurs. Parmi ces solutions, celles envisagées par la CEA sont les suivantes :

    - Appui à la transition agricole ;

     - Facilitation de la transition démographique ; et

     - Promotion du développement durable.

     La transition agricole exige la création d'un environnement favorable au développement de l'agriculture sur une base durable, l'amélioration des techniques agricoles, la garantie de l'accès et du droit à la propriété de la terre, et la promotion des modes de subsistance alternatifs dans le secteur non agricole en milieu rural. En ce qui concerne la transition démographique, la Division note que la planification familiale est nécessaire, mais non suffisante pour réduire les niveaux élevés d'accroissement démographique. En plus des programmes de planification familiale, elle recommande d'agir sur les raisons qui incitent à avoir une famille nombreuse par des stratégies de lutte contre la pauvreté et la levée des contraintes qui pèsent sur les femmes dans le système agricole traditionnel. Quant à la transition environnementale, la Division de la sécurité alimentaire et du développement durable de la CEA met l'accent sur trois domaines : 1) le renforcement des institutions locales en vue d'améliorer la gestion des terres et de l'eau, 2) l‟encouragement de la coopération dans le domaine de la gestion des bassins fluviaux, et 3) la résolution du problème de la pénurie du bois de chauffe et la promotion d‟une utilisation judicieuse des ressources naturelles. Ces actions doivent permettre une utilisation durable des ressources en terres, en eau et en forêts, et contribuer à la transition agricole et démographique.

    L‟objet de cette étude est triple :

    ; savoir quelle est la situation concrète des pays d‟Afrique Centrale par rapport à la

    problématique des interconnexions population-sécurité alimentaire et

    environnement ;

    ; savoir quelle priorité les pays de l‟Afrique Centrale accordent à l‟application de

    l‟approche holistique ;

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 5 -

    ; étudier la complémentarité et les synergies entre les initiatives prises concernant les

    différents secteurs impliqués par les gouvernements respectifs.

    La finalité de l‟étude est de faire prendre conscience aux décideurs de la nécessité de faire des questions de la connexion une priorité.

I La connexion entre croissance démographique, sécurité alimentaire et 1environnement : aspects théoriques

     L'analyse des interrelations Population-Agriculture-Environnement part de l'hypothèse de Boserup (1981) selon laquelle l'intensification de l'agriculture survient avec l'accroissement de la densité de la population. Cette hypothèse aurait été vérifiée dans différentes parties du monde, y compris certaines régions africaines comme les hauts plateaux du Kenya, du Burundi, du Rwanda, dans le plateau du Kivu en RDC et dans différentes parties du Nigeria (Cleaver et Schreiber, 1994: 45). En effet, dans ces régions, les méthodes extensives d‟agriculture et d'élevage se sont progressivement intensifiées à mesure que la densité de la population augmentait. L'intensification de l'agriculture résulte de la rareté de la terre, due à une forte croissance démographique. En l'absence d'une telle contrainte, les agriculteurs sont enclins à utiliser des techniques extensives qui minimisent le recours aux autres intrants comme le capital et le travail. Ces pratiques persistent encore dans la plupart des régions du continent où la terre était abondante jusqu'à récemment ou même l‟est encore. Mais elles ne conviennent que dans un contexte de faible densité de population, où le transfert vers d'autres zones de culture au bout de 3 à 4 ans d'exploitation permettrait au sol de se régénérer. Lorsque la population croît rapidement, ces pratiques conduisent à un épuisement rapide des terres arables, et par la suite à un raccourcissement des périodes de jachère. L'épuisement rapide des terres arables va de paire avec la disparition du couvert végétal et correspond donc à une dégradation des ressources naturelles disponibles. De la même manière, le raccourcissement de la période de jachère a pour conséquence une détérioration irréversible de la fertilité des sols. Cette détérioration des sols se manifeste par l'érosion, la perte des éléments nutritifs, l'acidité et la désorganisation de la structure. La conséquence de cette dégradation de l'environnement est la baisse de la production agricole et de la productivité de la terre.

    C'est donc à travers les activités agricoles et l'exploitation forestière que la forte croissance démographique entraîne la dégradation de l'environnement (Oucho, 1998:16). Si l'on veut éviter une telle évolution, il faut adapter les techniques agricoles à l‟environnement. C'est d'ailleurs ce que suppose la théorie de Boserup (1981). Partout où cette adaptation a eu lieu, la dégradation des ressources naturelles est pratiquement inexistante. Mais lorsque les changements technologiques nécessaires ne s'opèrent pas, la dégradation de l'environnement est inéluctable. La stagnation agricole subséquente combinée à la survivance d'autres pratiques sociales traditionnelles relatives au système foncier et aux rôles des femmes a pour effet de maintenir la fécondité à un niveau élevé. En effet, les techniques agricoles rudimentaires, la baisse des revenus agricoles consécutifs à la stagnation de la production agricole, le statut des

     1 Les réflexions faites ici sont empruntées à une étude antérieure conduite sur le même sujet pour le Cameroun

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 6 -

    femmes, entre autres facteurs, contribuent à accroître la valeur économique des enfants. La fécondité élevée qui en résulte a pour effet d'augmenter le niveau d'accroissement de la population avec les mêmes conséquences désastreuses sur les ressources naturelles. C'est le cercle vicieux de la pauvreté dont le point de départ est la forte croissance démographique (Cleaver et Schreiber, 1994 : 2). La figure 1 ci-dessous matérialise bien ces relations. Le volet à droite du graphique est celui des bonnes pratiques et celui à gauche correspond au cercle vicieux de la pauvreté. Ces deux volets traduisent la complexité des relations entre les trois secteurs. Cette complexité est renforcée par la multiplicité des facteurs exogènes qui déterminent chacun d'entre eux. Cela d'autant plus que certains de ces facteurs agissent en interaction avec les facteurs endogènes. Ainsi en est-il de l'impact des politiques mises en œuvre dans différents domaines y compris l'économie (Cleaver et Schreiber, 1994 : 12 ;

    Hansen, 1994 : 246).

Figure 1 : interrelations Population-Agriculture-Environnement

     Accroissement démograph. (augmentation de la densité de population)

    Fécondité Réduction de

     la force de élevée Changement technologique? travail Baisse de la disponible Demande accrue du fécondité travail des enfants Non Oui

     -Extension vers les terres marginales Intensification Incitations pour des -Jachères plus courtes de l‟agriculture familles réduites

     Stagnation Conservation de Dégradation des Facteurs exogènes agricole l‟environnement ressources naturelles Resources

Connexion défavorable au développement durable Connexion favorable au développement durable

Source : Tirée de Kouamé (1999)

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 7 -

    2II Le contexte de l’étude

    2.1 L’espace physique

    La sous-région Afrique Centrale s‟étend sur une superficie de 5 420 689 km? (soit 25 % des terres de l‟Afrique sub-saharienne). Elle englobe les dix pays signataires du traité de Libreville de 1984 instituant la Communauté Economique des Etats de l‟Afrique Centrale (CEAC). Ce sont : Le Burundi, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo, le Congo démocratique, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Rwanda, Sao Tomé et Principe et le Tchad. A ces pays s‟est joint en mai 1992 l‟Angola qui appartient déjà à la zone d‟échange préférentiel de l‟Afrique Australe. Six des onze Etats (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon,

    Guinée Equatoriale, Tchad) appartenaient à l‟Union Douanière et Economique de L‟Afrique Centrale (UDEAC) signataires vingt ans plus tôt du traité de Brazzaville (Congo), révisé en 1974 et 1991.

    La CEEAC s‟étale d‟Est en Ouest entre la sous-région Afrique de l‟Est et l‟Océan

    Atlantique ; du Nord au Sud entre la sous-région Afrique du Nord et l‟Afrique australe. Elle

    est arrosée par de grands fleuves (Congo, Ogooue, Chari, Ntem) et de grands lacs (Lac Tchad, Lac Kivu, Lac Tanganyika). Son relief est très varié, avec de grandes montagnes (Mont Cameroun, Pic de Malabo, Mont Chailla, chaîne volcanique du Tibesti), les collines de la région des grands Lacs, et la forêt du Mayombe qui va du Gabon au Sud du Tchad en passant par le Sud du Congo démocratique et la République Centrafricaine.

    2.2 Les potentialités agro-écologiques

    Ensemble, les pays de l‟Afrique Centrale jouissent de conditions naturelles favorables à la production agricole. Seuls le Nord du Cameroun et le Tchad, surtout dans sa partie sahélienne, connaissent des conditions climatiques défavorables, avec des périodes assez fréquentes de sécheresse ou de mauvaise répartition des pluies. Celles-ci compromettent la production agricole et en conséquence la sécurité alimentaire dans ces régions. Hormis ces zones, l‟ensemble de la sous-région bénéficie d‟une pluviométrie qui, associée à la variété des sols, permet une diversification considérable de la production agricole. Par ailleurs, dans la plupart des pays les terres potentiellement utilisables pour l‟agriculture et l‟élevage sont très

    abondantes. Le ratio terres cultivées/terres totales est faible (15,1 % au Cameroun, 3,2 % en Centrafrique, 0,5 % au Congo, 2,6 % au Tchad, 1,9 % au Gabon, 8,2 % en Guinée Equatoriale et 3,5 % au Congo démocratique). La part de terre arable non utilisée reste encore abondante dans ces pays. Toutefois au Rwanda et au Burundi ce ratio est très élevé (respectivement 346,6 % et 42,8 %).

    Au Rwanda, 56 % des exploitations ont moins de 0,7 ha (superficie considérée comme le minimum requis pour assurer 2 100 kcal/jour personne dans les conditions de production

     2 Les informations ayant servi à la rédaction de cette section proviennent pour une grande part, sauf indication contraire, du rapport de la F.A.O. ? Programme complet de sécurité alimentaire pour la Sous-région Afrique Centrale ? (1992). 3 CEA (1999 : 3.2).

    Voir aussi figure A2.6 en Annexes.

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 8 -

    actuelles), 81 % des champs sont cultivés en permanence depuis au moins 10 ans et 56 % le sont depuis au moins 20 ans. La jachère a pratiquement disparu des pratiques culturales, provoquant l‟apparition de germes pathogènes nuisibles aux diverses cultures. Dans ces conditions les rendements des cultures sont de plus en plus dérisoires et l‟environnement de plus en plus gravement affecté. Le pays bénéficie cependant d‟importantes ressources

    hydrauliques qui, aménagées et valorisées, lui permettraient de moderniser le secteur rural, et de favoriser le développement du secteur agricole.

    2.3 Caractéristiques générales des économies de la sous-région

    Comme d‟autres régions du continent, les économies des pays de l‟Afrique Centrale sont très peu diversifiées. Les recettes en devises proviennent pour l‟essentiel des extractions minières brutes et/ou des cultures d‟exportation. On peut distinguer deux groupes de pays : les

    pays agricoles et ceux où l‟agriculture représente une faible portion des recettes en devise.

    Les pays peu agricoles sont le Congo, le Congo démocratique et le Gabon. L‟économie de ces pays dépend du secteur pétrolier (Congo, Gabon) et du secteur minier (Congo démocratique). Au Congo, le pétrole représente 47 % du PIB, 72 % des recettes d‟exportation de marchandises et 50 % de recettes de l‟Etat. Au Gabon le pétrole représente 44 % du PIB, plus de 65 % des recettes d‟exportation de marchandises et 57 % des recettes de l‟Etat. Le Gabon bénéficie en outre des recettes que lui procurent les exportations de manganèse et d‟uranium. Le secteur minier constitue le pivot de l‟économie du Congo démocratique. Les principaux minerais exploités sont : le cuivre, le cobalt, le diamant, le zinc, auxquels s‟ajoutent

    le charbon, le pétrole, l‟argent, etc. Dans ces trois pays le potentiel agricole est considérable, le climat et les terres sont favorables à l‟agriculture. Mais cette dernière a été considérablement freinée à cause des difficultés liées à l‟organisation, à la distribution des intrants, à la commercialisation, à la transformation des produits et probablement au manque de volonté politique. Contrairement au Cameroun, ces pays n‟ont pratiquement pas réinvesti leurs recettes

    pétrolières et/ou minières dans le développement agricole.

    Dans les autres pays de l‟Afrique Centrale, l‟agriculture prédomine dans l‟économie. Toutefois, en Centrafrique et au Tchad, la production agricole nationale est réduite. Il s‟agit souvent d‟une production de subsistance. Elle est peu productive et les rendements ont même tendance à baisser. Les difficultés de transport, la désorganisation des circuits commerciaux, la politique des prix, l‟insuffisance de débouchés solvables n‟incitent pas les paysans à produire

    davantage. Au Tchad, on peut ajouter à tout cela l‟instabilité politique et les conflits armés. En Guinée équatoriale et aux Iles de Sao Tomé et Principe, l‟agriculture compétitive bénéficie des conditions écologiques favorables. Toutefois, ces pays éprouvent parfois des pénuries de denrées alimentaires essentielles et comblent ce déficit en faisant largement appel aux importations. Au Cameroun, l‟agriculture demeure un secteur clé. Ici, une part importante de la rente pétrolière a été utilisée pour financer de nombreux investissements dans l‟agriculture. Le Burundi et le Rwanda sont aussi caractérisés par la prédominance de l‟agriculture, mais cette agriculture est hypothéquée par une forte pression démographique sur les ressources naturelles (205 habitants au km? au Rwanda et 219 au Burundi). Cette pression démographique entraîne une surexploitation et une dégradation de terres cultivables et hypothèque lourdement

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 9 -

    les efforts de développement. En vue de maintenir le niveau alimentaire actuel jugé insuffisant, la production devrait doubler d‟ici à l‟an 2015. L‟absence de ressources minières exploitables, l‟enclavement, la faible industrialisation, le faible pouvoir d‟achat des populations surtout rurales constituent ainsi des facteurs en faveur d‟un secteur agricole plus productif et qui veille

    à sauvegarder un environnement bien fragile.

    2.4 Les contraintes démographiques

    La population de la sous-région Afrique Centrale (85 millions en 1991) représente moins de 15 % de la population de l‟Afrique subsaharienne, sur 25 % des terres de l‟Afrique. Cette sous-région présente donc les caractéristiques d‟une zone faiblement peuplée lorsqu‟on la compare à la sous-région Afrique de l‟Ouest ou seulement au Nigeria.

    La population est inégalement répartie en Afrique Centrale, tant à l‟intérieur des pays

    qu‟entre eux. On note une faible densité démographique en Centrafrique (5 habitants au km?). Au Congo démocratique et Cameroun, les densités sont moyennes (respectivement 20 habitants au km? et 29). Les fortes densités sont observées au Burundi (219 habitants au km?) 4et au Rwanda (205). Dans l‟intérieur des états on peut observer un sous-peuplement au Nord

    du Tchad, à l‟Est et au Nord-Est de la Centrafrique, au Nord du Congo, à l‟Est du Gabon et au Sud du Cameroun.

    La situation démographique présente aussi d‟autres caractéristiques essentielles. Parmi lesquels on peut citer le dépeuplement des zones rurales au profit des villes. Ceci a entraîné dans les campagnes un vieillissement de la population active agricole et, partant une diminution de la productivité et de la production agricole. Cette population rurale déboussolée s‟est déversée dans les villes, aggravant toutes sortes de problèmes dont celui de l‟insécurité alimentaire. Par rapport à la population totale, cette population urbaine en croissance rapide représente en 1996 29 % au Congo Démocratique, 59,3 % au Congo, 51,2 % au Gabon, 45,6 % au Cameroun, 39,5 % en Centrafrique. En Guinée Equatoriale, l‟urbanisation représente 43,4 % de la population totale. Au Burundi et au Rwanda la population est clairsemée et l‟urbanisation est embryonnaire (respectivement 7,8 et 5,8%). Dans un avenir très proche, on estime que environ la moitié de la population sera urbanisée. L‟impact de ces tendances démographiques sur la sécurité alimentaire de la sous-région est, d‟une part une

    augmentation de la demande du riz, des plantains, des légumes frais, des tubercules, des viandes et des produits laitiers, qui sont des produits habituellement consommés dans les villes. D‟autre part, on peut aussi citer l‟importation de ces denrées alimentaires comme relevant aussi de l‟impact de cette tendance à la forte urbanisation.

     4 Voir figure a2.2 en annexe.

POPULATION, SECURITE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CENTRALE ECA/SRDC-CA/DB/00/01

     - 10 -

    III La connexion population-sécurité alimentaire- environnement en Afrique

    Centrale

    3.1 La situation générale de l’Afrique Centrale dans la connexion

    Dans le cadre d‟une étude antérieure, nous avons procédé à une analyse factorielle visant à rendre compte des interdépendances au sein de la connexion (Kouamé, 1999). Nous l‟avons fait en comparant différents pays d‟Afrique pour lesquels les données requises sont disponibles. Ces données portent sur les variables suivantes :

    ; La population : taux moyen d‟accroissement annuel, densité de population, indice

    synthétique de fécondité, taux de mortalité infantile ;

    ; L‟agriculture : superficies cultivées, utilisation de machines agricoles, utilisation de

    fertilisants, utilisation de semences améliorées, qualité des sols, rendement des cultures,

    sécurité alimentaire ;

    ; L‟environnement : taux de déforestation, taux de dégradation du couvert végétal.

     5Les résultats de cette analyse sont dans la figure 2 ci-dessous. On y distingue 5 catégories

    de pays :

    ; dans le quart-plan en haut à droite, on a les pays ayant une pression démographique

    relativement faible et appartenant au nexus-favorable ; pour ces pays on peut dire

    qu‟ils n‟ont pas attendu d‟être sous la pression démographique pour faire les choix

    favorables au développement durable : adoption des technologies agricoles appropriées

    et de politiques de population favorables;

    ; dans le quart-plan à droite et en bas, on a les pays ayant une forte pression

    démographique et appartenant au nexus-favorable. Ces pays ont fait les choix de

    politiques agricoles et de population favorables au développement durable sous la

    pression démographique ;

    ; dans le quart-plan à gauche et en haut, on a les pays ne souffrant pas de pression

    démographique, mais dont les politiques agricoles et de population sont défavorables

    au développement durable ;

    ; dans le dernier quart-plan (en bas et à gauche), on a les pays qui, même souffrant de

    pression démographique, ne se préoccupent pas de mettre en œuvre des politiques

    agricole et de population favorables au développement durable.

     5 Voir aussi la figure A2.1 en Annexes.

Report this document

For any questions or suggestions please email
cust-service@docsford.com