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asimov

By Terry Mcdonald,2014-06-24 16:20
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asimov

    André Durand présente

    Isaac ASIMOV

    (États-Unis)

    (1920-1992)

    Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

    qui sont résumées et commentées

    (surtout ‘’Les robots’’, ‘’Fondation’’, ‘’Les cavernes d’acier’’).

    Bonne lecture !

    Isaac Asimov naquit à Petrovitchi, un village proche de Smolensk, en Union Soviétique, le 2 janvier 1920, de parents juifs qui, en 1923, pour des raisons économiques, émigrèrent aux États-Unis et s’établirent à Brooklyn. Il fut naturalisé américain en 1928. Il passa sa jeunesse à travailler dans le commerce de sucreries de ses parents. Dès l'âge de dix ans, il lut en cachette des magazines de science-fiction remplis de récits d'aventures futuristes qui enflammèrent son imagination et allaient déterminer sa double vocation d'écrivain et de vulgarisateur scientifique.

    Il fit de brillantes études en sciences comme en littérature qui lui permirent d'entrer, grâce à une bourse, à l'université Columbia. En 1939, il obtint d'abord un baccalauréat en sciences. En même temps, il commença à écrire de courtes nouvelles publiées occasionnellement dans les pages de la revue ‘’Amazing stories’’, puis dans celles d'’’Astounding stories’’ dont le rédacteur en

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    chef, John W. Campbell, n'eut de cesse de l'encourager à continuer, à améliorer son style, et s'occupa activement de sa carrière :

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    ’Marooned off Vesta’’

     (1939)

    ’Au large de Vesta’’

    Nouvelle

    Naufragés dans un morceau d'astronef à la dérive au large de Vesta, trois hommes percent le réservoir d'eau qui agit ainsi comme un réacteur et les dépose sans problème sur l'astéroïde. _________________________________________________________________________________

Dès lors, Asimov fut régulièrement publié et quinze nouvelles virent le jour jusqu'à ce qu’en 1941,

    alors qu’il avait vingt et un ans, sa carrière littéraire débuta véritablement avec : _________________________________________________________________________________

    ‘’Nightfall’’

    (1941)

    ’Quand les ténèbres viendront’’

    Nouvelle

    Sur une planète qui possède six soleils. Il ne fait donc jamais nuit, les gens ne connaissent que la lumière naturelle. Si bien que, quand on leur annonce que bientôt les soleils seront tous disparus sous l'horizon, ils sentent la fin proche et se demandent ce qui va se passer ? quand les ténèbres

    viendront? ?

    Commentaire

John Campbell fut si enthousiasmé qu’il envoya à Asimov un chèque plus important que prévu : cent

    cinquante dollars, au lieu de cent vingt. On payait à l’époque un cent par mot, et la nouvelle en

    compte douze mille... Elle est très vite devenu un classique de la science-fiction. _________________________________________________________________________________

    À l'époque de la Seconde Guerre mondiale, Asimov était déjà considéré comme un auteur de science-fiction majeur.

    En 1948, il obtint un doctorat en biochimie, avec une thèse intitulée ‘’The kinetics of the reaction

    inactivation of typerose during its catalysing of the aerobics oxidation of catechol’’.. En 1955, il devint

    professeur associé de biochimie à l'école de médecine de l’université de Boston. Il allait recevoir le

    titre de professeur en 1979.

    Mais ses succès d’écrivain lui permirent de quitter l'enseignement pour se consacrer à sa passion :

    écrire, tous les jours, pendant huit heures. Dans cette carrière d’écrivain indépendant, la science-

    fiction ne représenta bientôt plus qu'un à-côté. Il fut, en effet, l'auteur d'excellents ouvrages de vulgarisation scientifique, parmi lesquels ‘’The intelligent man's guide to science’’ (remarquable

    panorama des sciences physiques et biologiques, remis à jour en 1972 sous le titre de ‘’Asimov's

    guide to science’’), d’ouvrages d'histoire et de romans policiers.

    Dans la science-fiction, il s’intéressa en particulier au thème des robots qui était à l’époque un des

    plus riches car il pose le problème psychologique de leurs rapports avec l'être humain. Pour contrer la vague d’histoires teintées du ? complexe de Frankenstein ? (qui était né de l'angoissante question : et si la créature se retournait contre son créateur?) mettant en scène des robots meurtriers, en révolte contre leurs créateurs, Asimov (qui pestait contre toutes les histoires de telles créatures, depuis le

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golem jusqu'à Karel Čapek en passant par Mary Shelley), pensant que les robots sont inoffensifs si on

    les programme convenablement, inventa une science à venir : la robotique, imagina qu’on implante

    dans ? le cerveau positronique? (par rapport à l'électron qui permet l'électronique, Asimov inventa, parce que ? ça sonnait bien ?, ? le positron ? qui permet ? la positronique ?) de machines

    humanoïdes fictives les trois lois fondamentales suivantes qu’il mit au point avec l’aide de John W.

    Campbell :

    - Première loi : ? Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. ?

    - Deuxième Loi : ? Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. ?

    - Troisième Loi : ? Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. ?

    Puis il entreprit de mettre à l’épreuve ces trois lois de la robotique a priori parfaites et inviolables, qui soumettent les robots à un idéal moral qui les rend meilleurs que les humains. Il imagina des failles de ces lois et des bizarreries du comportement des robots qui semblent les enfreindre, faisant découvrir au lecteur comment cela est possible dans une sorte d’enquête policière, dans :

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    ‘’I robot’’

     (1950)

    ’Les robots’’

    Recueil de nouvelles

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    ‘’Robbie ‘’

    ‘’Robbie’’

    Nouvelle de 31 pages

    En 1998, une petite fille s'est fortement liée au robot encore rudimentaire (il ne parle pas) qui a été conçu pour être bonne d'enfant. Mais sa mère, craignant qu'il ne lui fasse mal, veut s'en débarrasser. On le remplace par un chien, en vain. On fait faire à la petite fille un voyage à New York où, en dépit de toutes les attractions, elle pense encore à lui et où on lui fait donc visiter l'usine de robots. Elle y revoit Robbie qui la sauve d'un danger, et sa mère est donc bien obligée de lui permettre de le garder. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    ‘’Runaround’’

    ‘’Cycle fermé’’

    Nouvelle de 31 pages

    Un robot, qui a été envoyé à la recherche de sélénium sur la face de Mercure exposée au Soleil, tourne autour du lieu désigné parce qu'il y a détecté un danger, qu'il est donc poussé par la Deuxième Loi de la robotique mais repoussé par la Troisième. Pour le faire sortir de ce ? cycle fermé ?, il faut

    qu'un des explorateurs en mission s'expose lui-même au danger : ainsi, la Première Loi oblige le robot à le sauver.

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    ‘’Reason’’

    ‘’Raison ‘’

    Nouvelle de 33 pages

    Les deux préposés à une station spatiale qui projette vers la Terre un faisceau d'énergie font face à un nouveau robot plus perfectionné qui, étant doté de la faculté de raisonnement, les considère comme des êtres inférieurs et prend le commandement en dépit de la Deuxième Loi. Mais il maintient bien le faisceau en place car il est soumis à la Première Loi et obéit au ? Maître ?. Alors pourquoi ne

    pas lui laisser le commandement?

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    ’Catch that rabbit’’

    ‘’Attrapez-moi ce lapin ‘’

    Nouvelle de 33 pages

    Sur un astéroïde, deux spécialistes surveillent un robot multiple (qui a six robots sous ses ordres). Il n'effectue son travail que lorsqu'il est surveillé. Il y a donc un problème ; mais, pour le résoudre (préparer un civet), il faut d'abord attraper le lapin. Le facteur d'initiative personnelle est trop sollicité en l'absence d'un être humain. Pour le constater, les spécialistes provoquent un éboulement dont ils sont victimes. Mais le robot n'est capable de les sauver que lorsqu'un de ses ? doigts ? est supprimé.

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    ‘’Liar’’

    ‘’Menteur ‘’

    Nouvelle de 30 pages

    Le robot Herbie est télépathe à la suite d'un vice de fabrication. Il trompe la robopsychologue Susan Calvin (en lui disant que l'homme dont elle est amoureuse va en épouser une autre) et le mathématicien Bogert (en lui faisant croire qu'il va succéder au directeur) : il a satisfait leurs désirs intimes. Mais Susan Calvin se rend compte du dilemme causé en lui par la Première Loi de la Robotique et, le poussant à bout, elle le détruit non sans esprit de vengeance.

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    ’Little lost robot’’

    ‘’Le petit robot perdu’’

    Nouvelle de 47 pages

    Susan Calvin raconte comment, en 2029, sur l'Hyper-Base, elle a retrouvé, parmi les soixante-trois robots, celui qui s'était perdu parce qu'il en avait été sommé par un chercheur. Elle apprit qu'ils avaient été moins imprégnés par la Première Loi de la robotique afin de ne pas nuire aux travaux et que certains n'avaient pas reçu la formation nécessaire sur l'Hyper-Base. Elle parvint à retrouver le robot perdu parce que, à cause de cette ignorance, il avait un complexe de supériorité. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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    ’Escape !’’

    ‘’Évasion ! ‘’

    Nouvelle de 39 pages

    La Consolidated a détruit son ordinateur en le mettant face à un dilemme. Susan Calvin décide de résoudre le problème et un vaisseau est construit par les robots. Deux hommes y sont emportés, incapables de le diriger ; le bond interstellaire les fait mourir un temps, se retrouver dans une autre galaxie et revenir. La robopsychologue explique alors qu'elle avait minimisé pour le Cerveau l'importance de la mort et que celui-ci avait pratiqué une ? évasion ?, s'était soustrait partiellement à la

    réalité.

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    ‘’Evidence’’

    ‘’Évidence’’

    Nouvelle de 40 pages

Au XXIe siècle, alors que la U.S. Robots a créé des robots ? positroniques ? qui sont parfaits parce

    qu'ils obéissent aux trois lois de la robotique, un politicien soupçonne son rival d'en être un, d'avoir été substitué à lui par un juriste victime d'un accident. On ne l'a jamais vu boire ou manger ; mais il mange une pomme. On ne peut photographier son intérieur car il porte un écran protecteur contre les radiations. Mais, alors qu'il prononce un discours devant une foule animée par la colère des Fondamentalistes, il accepte de frapper un opposant : il est élu, mais il révélera à Susan Calvin, qu'il n'a pas enfreint la Première Loi car cet opposant était lui-même un robot !

    Analyse

    (la pagination est celle de ‘’Les robots’’ (‘’J’ai lu’’)

    Intérêt de l'action

    La Première loi de la robotique est ici apparemment enfreinte puisque ce serait un robot qui a été frappé. Il faut noter la surprise du ? petit homme remuant ? (page 311) dont on ne sait pas d'abord qui

    il est ; de même pour Lenton, page 320), de la révélation (Byerley est un robot). Le découpage se fait en plusieurs séquences, par de grands alinéas dont il semble que l'un manque page 293 où l'ellipse est nette. Le texte en italiques de la page 328 qui décrit la suite de la carrière de Stephen Byerley à travers les propos de la robopsychologue, interrogée par le narrateur, qui font les liens entre les nouvelles, est un épilogue.

    Intérêt littéraire

Il faut regretter l'anglicisme d'autant plus énorme qu'il est le titre : ? evidence ? se traduit en effet en

    français, comme il l'est dans le reste du texte, par ? preuve ?. Comme dans toute oeuvre de science-

    fiction, on trouve des mots inventés par Asimov (? positronique ?). Le vocabulaire est assez

    recherché (? prétoire ?, ? ersatz d'homme ?). Les figures de style sont assez nombreuses. Une

    grande partie de la nouvelle est faite de dialogues, Asimov étant habile à les rendre vivants, à donner aux personnages des réparties efficaces, à montrer l’importance de l'agilité intellectuelle dans la discussion.

    Intérêt documentaire

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    À l’égard d’un texte de science-fiction comme celui-ci, se pose la question de la crédibilité du tableau qui est donné de ce monde futur. Au XXIe siècle, la planète est divisée en quelques grandes Régions, qui ont chacune un Coordinateur Régional, qui ? se formèrent en Fédération en 2044 ?. Stephen

    Byerley est devenu ? le premier Coordinateur Mondial ?. La politique est calquée sur celle qui existe

    aux États-Unis, l’opposition étant celle de Fondamentalistes (définis pages 310-311). Les machines

    prennent de plus en plus de place, dont les robots (et leur variante : l'androïde ou cyborg) : ils ne sont pas intellectuellement supérieurs aux humains (? Le cerveau positronique n'a jamais égalé la

    complexité du cerveau humain ?, page 326), mais, invention propre à Asimov, soumis aux Lois de la Robotique, à l'idéal moral qu'elles proposent.

    Intérêt psychologique

    Les personnages ne sont que des représentants d'idées, sans réelle profondeur. Le personnage le plus important, puisqu'on le trouve dans tout le recueil, est évidemment Susan Calvin qui est une remarquable psychologue.

    Intérêt philosophique

    À un premier niveau qui ne tiendrait même pas compte de l'aspect de science-fiction, on peut dégager la critique de l'ambition qui pousse Quinn aux pires bassesses pour détruire la réputation de son adversaire, de l'habileté dialectique dont il faut faire preuve dans une telle lutte, des subterfuges auxquels il faut recourir pour triompher (car Byerley donne un coup de poing à un autre robot). À un deuxième niveau, sur le plan des personnages, on peut souligner le féminisme d'Asimov, encore que son personnage féminin soit, de façon assez caricaturale, une femme que sa supériorité a amenée à demeurer célibataire.

    Enfin, au troisième niveau, vraiment philosophique, qui est le sujet de la nouvelle, on doit apprécier ce ? complexe de Frankenstein ? que l'auteur définit dans sa préface. Cette peur de la machine est d'autant plus justifiée (aux yeux des Fondamentalistes) ou injustifiée (quand on a l'esprit large) qu'ils représentent un idéal moral en ce sens qu'ils sont incapables de faire le mal. Pourtant, Byerley a recouru à un subterfuge, mais pour le plus grand bien de l'humanité ; d'où la question philosophique : n'est-il pas légitime de commettre un petit mal pour obtenir un plus grand bien, ce qui pourrait aboutir à l’idée dangereuse que ? la fin justifie les moyens ?.

    D'autre part, les robots d'Asimov posent la question de la définition de l'être humain : ils sont incapables de faire le mal tandis que l'être humain peut le commettre, peut choisir entre le bien et le mal : c'est cette faiblesse qui fait sa grandeur.

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    ’Evitable conflict’’

    ‘’Conflit évitable ‘’

    Nouvelle de 40 pages

    En 2052, Stephen Byerley, Coordinateur, fait part à Susan Calvin des problèmes économiques que chaque région du monde connaît à cause de la Machine qui la dirige. Après une longue revue des informations, elle en vient à la conclusion que ce ne sont pas les machines qui sont en cause mais ? la Société pour l'Humanité ?, un groupe anti-robots et qu'il n'est pas nécessaire de faire quelque chose : même si le personnel humain sabotait les travaux confiés par la Machine, celle-ci saurait en tenir compte.

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    Commentaire sur le recueil

    Dans chacune de ces nouvelles ingénieuses, on appelle en consultation, pour résoudre les problèmes, le docteur Susan Calvin qui est une spécialiste des robots, femme intelligente et des plus raisonnables, qui ne s’est jamais mariée, car elle préfère les robots aux êtres humains. Elle conte ses souvenirs à un journaliste.

    Asimov fit prendre conscience des problèmes que posera la création des robots, s’employa à

    améliorer les lois, à rendre possible une vie harmonieuse entre robots et humains, à lutter contre les préjugés qui nous empêchent de restructurer notre regard et de relativiser nos jugements.

    En 2003, sortit le film ‘’I, robot’’ d'Alex Proyas. Il n'a pas grand rapport avec le recueil homonyme, hormis qu'on y retrouve le Pr Lanning et le Dr Calvin. La fin reprend le thème de la nouvelle ‘’Robot

    dreams’’.

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En 1942, Asimov se maria.

    Il trouva un poste de chargé de cours à l'université de Boston.

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    ’Pebble in the sky’’

    (1950)

    ’Cailloux dans le ciel’

    Roman

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     ’The stars, like dust’’

    (1951)

    ‘’Tyrann’’

    Roman

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    ‘’Foundation’’

    (1951)

    ‘’Fondation’’

    Roman de 230 pages

L’être humain, parti de la Terre, a essaimé dans les planètes de toute la galaxie. En 12065, la capitale

    de cet empire galactique de vingt-cinq millions de planètes est Trantor, lieu entièrement urbanisé en une unique agglomération de quarante milliards d'habitants sur ses deux cents millions de kilomètres carrés, centre de toutes les intrigues, symbole du pourrissement général. Dépendant d'autres planètes pour son approvisionnement, cette mégalopole est particulièrement vulnérable en cas de

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    blocus, et son souci majeur est devenu sa propre protection. D'où un immobilisme contre lequel s'élève Hari Seldon qui, grâce à sa science, la psychohistoire, qui est fondée sur l’étude

    mathématique des faits historiques, où l'influence de la psychologie (individuelle ou collective) est intégrée à la science par le biais des statistiques, où il est montré que des changements peuvent être apportés à l’Empire du fait des actions humaines d’un petit groupe, ou parfois même d’un seul individu (actions infimes en apparence, mais dont les lois de la psychohistoire ont permis de prévoir qu’elles

    auraient des répercussions immenses), prévoit l'effondrement de l'empire galactique et le retour à la barbarie pour des millénaires. Pour éviter, non une chute qu'il croit maintenant inévitable, mais un interrègne interminable, il propose de créer une fondation pour ses chercheurs, leurs familles et lui-même afin d'y rédiger une Encyclopédie galactique qui évitera, par sa diffusion, la disparition du savoir après la chute de Trantor, qui limitera la période de barbarie à mille ans et guidera les êtres humains vers une nouvelle civilisation. Son plan indique, année après année, non seulement les obstacles à franchir mais aussi leurs solutions. Arrêté et jugé pour complot contre la sûreté de l’État, il

    convainc ses juges qu’il désire seulement préserver le savoir de l’Empire grâce à une fondation encyclopédique. Les aristocrates détenteurs du pouvoir à Trantor le prennent au mot, lui accordent de créer un tel établissement dans une petite planète d’intérêt mineur et presque isolée du reste de

    l’Empire et l'envoient avec les cent mille personnes de la fondation sur la planète Terminus, ainsi nommée pour sa situation à la frange de la galaxie. Ils espèrent ainsi éloigner définitivement Seldon et ses prédictions de Cassandre.

    Apparemment battu, il a, en fait, obtenu ce qu'il voulait et avait préparé : une société qui aurait le temps de s'intellectualliser hautement et pourrait faire face aux situations que la psychohistoire lui avait permis de prévoir comme des crises et où la fondation agirait en société, non plus en université. Cinquante ans après sa création, au moment où s'approche la publication du premier tome de l'Encyclopédie, Seldon meurt et les autres, à leur profonde surprise, apprennent qu’il n’avait jamais

    été dans ses intentions de faire une encyclopédie, mais de changer l’Histoire !

    Or une province de l’Empire, Anacréon, se révolte et veut mettre la main sur Terminus afin d'en exploiter les richesses naturelles. En fait, Terminus n'a que le sol et les installations de recherche et d'habitation, et d'autre part, elle possède une usine atomique, alors que ce type d'énergie est perdu pour Anacréon. Ces arguments majeurs sont mis en avant par le maire, Hardin, plus homme d'action qu’universitaire, non par le président du conseil d'administration qui se cantonne dans des protestations de principe, indifférentes à l'émissaire d'Anacréon qui est sensible aux seuls rapports de force. C'est le moment où la population de Terminus prend le pas sur l'universiré qui n’en est qu'une

    fraction particulière et privilégiée. Quand Anacréon se décide à un ultimatum, le conseil d'administration ne voit plus de recours que dans la déclaration enregistrée par Seldon avant sa mort pour difusion au cinquantième anniversaire de la Fondation ; le maire, lui, entend user d'imagination pour être efficace et voit, dans la passivité velléitaire des chercheurs de la fondation, une déformation professionnelle due au classement de connaissances acquises par d'autres, et au culte du passé aveuglement voulu par Seldon pour que sa fondation réagisse de façon inventive, et non par application de théories et d'analyses dogmatiques. Son discours le confirme. Il révèle que la tâche encyclopédique a toujours été à ses yeux un prétexte, l'essentiel étant, pour lui, d'isoler, en situation critique, une société cohérente et intelligente, capable de faire face aux crises prévues par lui et dont l'ultimatum d’Anacréon ouvre la première ; il rappelle les données du problème et laisse les membres

    de la fondation trouver la solution, à ses yeux évidente, grâce à laquelle ils seront à l'origine de la création du second Empire Galactique. Pendant le discours, Hardin s'était assuré le pouvoir par ses hommes et c'est à lui que revient de tirer Terminus de son embarras. Après le pouvoir des encyclopédistes s'établit le pouvoir des maires.

    Hardin rappelle aux royaumes voisins d'Anacréon le danger que ce dernier devienne, seul avec Terminus, dépositaire des secrets atomiques. Leur pression empêche Anacréon d'annexer Terminus ; puis Hardin accorde une aide scientifique à chacun des royaumes pour maintenir cet équilibre dont bénéficie Terminus, et surtout, il confie l'assistance scientifique et technique à un corps de prêtres, amenant les royaumes à recevoir cette assistance comme une sorcellerie impénétrable qui reste ainsi entre les mains des seuls prêtres sur lesquels Hardin a un entier contrôle ; par là, il peut paralyser ce qu'il avait concédé : ? Quand le vieil Empire Galactique a commencé à crouler, la science en tant que

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    science a disparu peu à peu des régions périphériques. Pour être acceptée de nouveau, il lui a fallu se présenter sous un nouveau visage. ? Mais cela ne se sait pas, et depuis trente ans qu'il gouverne, Hardin se heurte à une opposition qui lui reproche ses apparentes concessions aux royaumes ; justement, il accepte de réparer un ancien astronef atomique géant, au bénéfice d'Anacréon ; risque de renversement intérieur aux élections et risque d'attaque militaire d'Anacréon avec le croiseur spatial se conjuguent pour former la deuxième crise de Terminus. Hardin la déclenche en se rendant sur Anacréon, ce que son opposition interprète comme une trahison, et le roi d'Anacréon comme une imprudence dont il peut profiter pour le prendre en otage. En fait, Hardin a fait la tournée des prêtres du royaume d'Anacréon et l’a frappé d'interdit (grève des prêtres, y compris ceux qui entretiennent les

    astronefs de guerre, et dénonciation par eux du sacrilège d'une attaque contre Terminus, centre de la religion). Plus rien ne marche sur Anacréon et ses satellites, et la guerre finit avant d'avoir commencé. Au quatre-vingtième anniversaire de la fondation, Seldon peut récapituler ainsi le cours des événements, qu'il avait prévu : ? Vous devez donc maintenant dominer les royaumes barbares situés

    dans l'entourage immédiat de la fondation. Tout comme, dans la première crise, vous les avez tenus à distance par l'équilibre des puissances, vous les avez vaincus, dans la seconde, par l'utilisation du pouvoir spirituel contre le temporel [...] Le pouvoir spirituel, s'il suffit à éviter les attaques du temporel, ne suffit pas à attaquer à son tour. Le pouvoir spirituel ne peut continuer à dominer face à l'accroissement constant d'une force antagoniste connue sous le nom de régionalisme, ou nationalisme. ?

    Dans la seconde partie du roman, les crises ultérieures ainsi annoncées sont résolues. De même qu'un maire, Hardin avait instauré le pouvoir des maires, de même un marchand interplanétaire, formé par métier à la conquête expansionniste avec ses risques, trouve la clé de la crise suivante et instaure le pouvoir des princes-marchands. Hardin est mort, place à Mallow.

    Commentaire

Cette immense saga du futur, constituée par la mise bout à bout d’une succession de nouvelles

    parues dans ‘’Astounding stories’’, qui se déroule dans toute la galaxie et sur une période de plusieurs millénaires, grouillante de personnages, fut la première évocation d'un empire galactique futur, une oeuvre visionnaire et originale.

    La psychohistoire qui permet de prévoir de manière crédible l'évolution, la chute et le déclin, de grands empires s'inspirait de trois sources : la cybernétique, la psychanalyse, le marxisme (sans qu’il soit cité nommément), le tout étant basé sur la loi des grands nombres et le calcul des probabilités qui permet de prévoir l'avenir, ou, plus exactement, de calculer les probabilités de différents avenirs. Le suspense réside dans la nature même des mutations socio-politiques survenant dans un très lontain avenir. Asimov parvint à rendre palpitante une évolution de régimes dont Platon avait donné dans ‘’La république’’ sa vision théorique et dont Montesquieu avait présenté un schéma dans son ’Esprit des lois’’ (à la suite de Polybe et de Vico). Mais on échappe à l’abstraction théoricienne, non

    par l’érudition historique comme chez les philosophes, mais par le lien avec la puissance concrète des techniques, ce qui arrache l'utopie à l'idéalisme auquel son caractère virtuel et lointain a souvent incité les auteurs.

    Asimov a su serrer de plus près l'enchaînement des types de pouvoirs, des problèmes posés par les crises et des solutions apportées par des novateurs, en joignant aux schémas théoriques l'étude concrète des moyens par quoi un Machiavel éclaire sa pensée théorique. Au demeurant, l'affabulation romanesque, en situant les problèmes dans une communauté isolée, permit de dégager nettement des questions que l'entremêlement des faits et relations rend presque inextricables dans la réalité confuse de l'histoire. Aussi la science imaginée par Asimov est-elle, non une sociohistoire, mais une psychohistoire, l’évolution du groupe fermé de la fondation s’apparentant à la dynamique de groupe. Faut-il s’étonner qu’une telle science pluridisciplinaire ait été imaginée par un auteur lui-même

    biochimiste de profession?

    ’’Fondation’’ couvre une période de l'ère galactique comprise entre l'an 12067 et l'an 12200 environ. Encore cette époque lointaine est-elle présentée en un récit qu'encadrent des extraits de l'’’Encyclopedia Galactica’’ grâce auxquels ce qui nous semblait déjà considérablement anticipé par

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    rapport à nous, apparaît comme un passé révolu et récapitulé beaucoup plus tard encore. Ce serait donc comme une histoire déjà faite que nous verrions se faire sous nos yeux par la grâce du récit. Le scénario de cette vaste fresque épique, de cette saga futuriste qui combine, dans la meilleure tradition de la science-fiction classique, des récits d'aventures et des spéculations intelligentes sur le devenir des grands empires et l'Histoire, est d'autant plus aisément assimilé par le lecteur qu'il lui rappelle des repères connus : l'émiettement du pouvoir des empires romain et ottoman. Tout le suspense et l'intérêt tiennent à la question : Seldon a-t-il vraiment pu tout prévoir des péripéties à venir sur des siècles et des siècles, y compris les plus improbables? Asimov a réussi le tour de force de raconter, sur plusieurs centaines d'années, l'évolution de ce groupe d'humains lâché dans l'avenir avec pour seul guide un génie des probabilités. Il a magistralement réussi à rendre plausibles et pourtant complètement inattendus chaque embûche et chaque réponse de Seldon, ? la momie

    virtuelle ? qui est le guide fantôme de la Fondation, dont le génie ne cesse de surprendre lorsque les griffes du destin semblent pourtant inéluctablement se refermer. Il est parvenu à rendre palpitante l’évolution d’une société.

    On voit qu’à l'influence de psychohistoriens succède le pouvoir bureaucratique des encyclopédistes, puis celui, actif et politique, des maires, auquel succède, par l'initiative de marchands, celui de princes-marchands.

    L'emprise intellectuelle du livre fut grande, mais la psychohistoire, et d'ailleurs la philosophie d'Asimov en général, a été critiquée comme étant élitiste dans la mesure où tout progrès procède de l'élite éclairé, souvent des scientifiques.

    "Fondation" est un des chefs-d’oeuvre de la S.-F., mais le texte paraît un peu vieilli aujourd'hui.

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     ’The currents of space’’

    (1952)

    ’Les courants de l'espace’’

    Roman

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    ’Foundation and Empire’’

    (1952)

    ‘’Fondation et Empire’’

    Roman de 250 pages

    Les prévisions de Hari Seldon sur l'avenir de l'empire galactique sont compromises par l'apparition, en 12866, d'un mutant aux pouvoirs para-normaux, appelé le Mulet, qui provoque une crise que les successeurs du psychohistorien parviendront à résoudre en modifiant le cours de l'Histoire pour le ramener dans le sens initialement prévu.

    Commentaire

    Le personnage du Mulet, qui manipule à ses propres fins les émotions de son entourage, réintroduisait opportunément dans la psychohistoire un facteur humain important. Il est une allusion transparente à l'ascension de personnalités charismatiques comme Alexandre le grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte.

    Ce deuxième roman de la série, sans être tout à fait de la même qualité que le premier, est d’un niveau tout à fait remarquable et compta parmi les meileures œuvres de la science-fiction de l’époque.

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    ’Second foundation’’

    (1953)

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