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Jacques FERRON

By Charlie Perkins,2014-08-29 17:16
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Jacques FERRON

    www.comptoirlitteraire.com

    André Durand présente

    Jacques FERRON

    (Québec)

    (1921-1985)

    Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

    qui sont résumées et commentées

    (surtout ‟‟Les grands soleils‟‟, „‟Contes du pays incertain‟‟,

     „‟Le ciel de Québec‟‟ et „‟L‟amélanchier‟‟).

    Bonne lecture !

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Né à Louiseville, dans le comté de Maskinongé, il était le petit-fils d‟un cultivateur, le fils d'un notaire,

    Joseph-Alphonse et d‟Adrienne Caron. Les réalités géographiques, sociales et folkloriques du comté de Maskinongé allaient être partout présentes dans son oeuvre ; la rivière du Loup, affluent du lac Saint-Pierre (la ? mer des Tranquillités? de „‟L'amélanchier‟‟), le grand lac Saccacomi où il passait ses

    vacances d'écolier, les rangs Fontarabie et Trompe-Souris, la paroisse de Saint-Justin. Mais ce qui le frappa le plus dans sa Louiseville natale, ce fut la séparation socio-économique et, au fond, raciale, morale, manichéenne, en deux zones, deux niveaux: le Haut et le Bas, le ?grand-village? et le ?petit-village ?. ?Dominé par la France, puis par l'Angleterre et le Canada anglais, le notable canadien-français dominait à son tour le petit-village à noyau amérindien ?. Ce colonialisme, cette ségrégation,

    cette bonne conscience puritaine et hypocrite, structure de toute l'Amérique blanche, Ferron les retrouva, historiquement, dans le voisinage suspect de Ville-Marie et de Lachine, et, concrètement, à Fredericton-Denver, à Gros-Morne, longtemps ? petit-village? de Mont-Louis et de Grande-Vallée, etc. Avec son frère, Paul, et ses sœurs, Marcelle et Madeleine, il fut élevé dans l‟aisance et la liberté,

    passant des étés au milieu d‟un troupeau de chevaux sauvages. Mais il dut aussi faire face à la disparition prématurée de sa mère, victime de la tuberculose. Avant de mourir, elle lui aurait dit : ? Ne

    te crois pas plus fin [plus intelligent] que les autres ! ?

    De 1926 à 1931, il fit ses études primaires à l‟Académie Saint-Louis de Gonzague, à Louiseville En

    1931-1933, il les termina au „‟Jardin de l'Enfance‟‟ de Trois-Rivières, tenu par les „‟Filles de Jésus‟‟.

    où il fut pensionnaire et où, dans „’La légende d'un peuple’’ de Louis Fréchette, il apprit à connaître

    passionnément l‟histoire du Québec.

    En septembre 1933, il entreprit ses études classiques au Collège Jean-de-Brébeuf de Montréal, tenu par les jésuites, où il apprécia en particulier l'enseignement du père Robert Bernier. Il s‟y lia à Pierre

    Baillargeon, rencontra Paul Toupin, Pierre Laporte, Pierre-Elliott Trudeau (en qui il voyait un ? dandy

    prétentieux ?) et Pierre Vadeboncœur qui allait dire de lui : ?Moraliste précoce et précieux, timide,

    grand seigneur, aisément narquois, Ferron écrivait déjà admirablement bien? (mais, pour lui, ce n‟était

    que ? des poèmes niaiseux ? !) . Il en fut renvoyé en 1936, passa au Collège Saint-Laurent, pour y revenir de 1937 à 1941, en être à nouveau expulsé et, en 1941, terminer au Collège de L‟Assomption.

    Ces études allaient faire de lui un des rares écrivains à écrire un français vraiment correct. C‟est à ce moment-là qu‟il entama une correspondance avec Pierre Baillargeon, un autre ancien élève

    de Brébeuf, moraliste qui était l‟un des intellectuels québécois les plus remarqués dans les milieux culturels et littéraires de l‟après-guerre et qu‟il considérait alors comme son maître : ?Votre

    personnage m’importe, mais m’importe davantage le rôle, que je vous ai confié, sans que vous l’ayez recherché, d’être au-dessus de moi et d’être aussi mon maître. […] Si vous partez, vous ne laissez

    que farce derrière vous et je ne suis plus qu’un brigand tout cru.? Il prenait plaisir à ces échanges

    littéraires différés : envoi de textes, commentaires critiques à propos de nouvelles parutions, etc. Il était catégorique : la médecine devait servir uniquement à assurer son existence, la première place étant assurément occupée par la littérature. Il donnait cette définition de l‟écrivain : ?un homme qui se

    plaint de n’être pas une femme entretenue?, avouant : ?De l'arrogance est nécessaire à qui veut

    écrire?. Entre son apprentissage littéraire et ses réflexions sur l‟état actuel de la ?littérature

    canadienne? qui, à ses yeux, ne jouissait d‟aucun prestige, il pensait que la ?littérature française est

    la seule littérature moderne qui soit classique, c’est-à-dire formatrice?. Il doutait de l'émergence de la

    littérature dans la société canadienne-française que tous les deux jugeaient obscurantiste. Ils admiraient béatement Valéry, Alain, Giraudoux.

    En septembre 1941, il entreprit des études de médecine à l‟Université Laval de Québec : ?Ce sera le

    médecin qui entretiendra l'écrivain. Je serai mon propre mécène? („‟Gaspé-Mattempa‟‟) car il

    pressentait déjà que l‟écriture, intimement liée à sa vie de médecin, faisait partie par là-même de sa

    survie. Au terme de sa première année, il reçut le prix Lemieux.

    En 1945, il fut enrôlé dans les Forces armées canadiennes et reçut sa formation militaire dans quelques bases du Canada. Finalement, il se retrouva au camp de Grande-Ligne, ?partagé entre les

    prisonniers allemands et les Olds Vets qui les gardaient, neutre comme un bon Québécois.? Il y

    constata que tout y s‟y passait en anglais : ?L’armée m'a quand même appris le Canada ?.

    Démobilisé en 1946, plutôt que d'exercer une carrière aisée à la ville, il s'installa pour deux ans en Gaspésie : ? Je suis allé m'établir à Rivière-Madeleine par le goût de l'assonance, de la rime, je ne

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    sais pas. ? Après avoir considéré le milieu comme hostile, s‟être senti presque en exil, il se lia d'affection avec ce peuple aux mains de labeur : ?Il est impossible d'être révolutionnaire dans une

    riche campagne. [...] La Gaspésie est différente ; la misère y est endémique. Je pourrais faire quelque argent, payer mes dettes, mais il faudrait que j'exploite les gens tout comme mes prédécesseurs l'ont fait. Je m'en épargne la bassesse et je demeure du côté des misérables.? Il y soigna de pauvres

    pêcheurs, parfois gratuitement, ce qui lui valut, victime du règne de Duplessis, d‟être dénoncé en chaire comme ? communiste ?. Sensible aux images, aux impressions, aux façons de parler, il s‟y imprégna ? de français archaïque et de verve populaire ?. Mais, chaque année, au milieu de mai, il

    venait à Montréal, rencontrer son ami, Pierre Baillargeon, laissant l'hiver derrière lui, croisant le printemps à Québec, trouvant l'été feuillu à Montréal. Ces deux années de Gaspésie allaient nourrir abondamment son œuvre et être en particulier racontées dans le roman „’Gaspé-Mattempa’’.

    Le 5 mars 1947, son père se suicida : ? Dorénavant mon père [...] n'aura plus personne au-dessus de

    lui et sera capable de défier Dieu, Prométhée à l'échelle du comté de Maskinongé, de mourir comme il l'entendait, calculant bien son acte et choisissant son jour, le cinq mars, celui-là même où ma mère était morte et qui, comme par hasard, se trouvait être la date d'une échéance qu'il ne pouvait pas rencontrer et où il allait être mis en banqueroute. Il n'y eut pas de banqueroute, sa vie était assurée comme on dit par un curieux euphémisme, c'est-à-dire échangeable pour le montant d'argent qu'il lui manquait pour faire honneur à ses affaires. Tous ses biens vendus, y compris la maison au toit tarabiscoté de la grand-rue, l'actif dépassait le passif ; il me laissait un petit héritage suffisant pour continuer mes études et pourvoir à mon établissement loin de Louiseville. Tel fut son rachat, cash down, le Diable n'en accepte pas d'autre. On en pensera ce qu'on voudra. Pour moi, c'en fut un et je voudrais bien aussi avoir hérité de son courage. ? - ? Je suis le corbillard de mon père qui se

    promène ainsi par politesse pour la parenté, qui ne peut survivre qu'en moi, finies les temporisations de l'au-delà ! ?.

    Le 15 novembre 1947, il écrivit à son ami, Pierre Baillargeon : ?Les idées sont toujours triviales, et les

    gens qui se battent pour elles sont le plus souvent des charretiers.? Ce n'est pas la doctrine qui

    l'attirait, mais le territoire de l'imaginaire vers lequel il se dirigeait intuitivement. Même si rien ne contrariait l'amitié qui liait les deux épistoliers, il constatait que les idées qu'il échangeait avec Baillargeon les menaient chacun vers des continents littéraires opposés. L‟année suivante,

    Baillargeon, l'aîné et le maître, qui avait fondé, avec Roger Rolland, la revue „‟Amérique française‟‟,

    partit s'installer en France. Ferron, le cadet et le disciple, qui avait découvert le Québec profond en pratiquant la médecine auprès des illettrés de la Gaspésie, déclara, au contraire, son ?mépris de la

    France?.

    Déjà, s‟asseyant à sa table dès cinq heures du matin, il écrivait :

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    ‟Les rats‟‟

    (1947)

    Pièce de théâtre

    Bertrant, amant éconduit de Berthe, la reconquiert en mettant le feu à une pharmacie. Blanchi Blanchon, écrivain, décide dans son délire de se sacrer roi, installant sa Célimène à son côté sur le trône, et l'auguste Champlain fait des rats les représentants de son autorité…

    Commentaire

    Ce premier grand texte dramatique de Jacques Ferron constitue un exemple frappant de comédie héroïque où la langue, classique, rencontre un univers dramatique baroque, débridé, satirique. _________________________________________________________________________________

    En 1948, Ferron se sépara de sa première femme et se remaria avec Madeleine Lavallée dont il allait avoir trois enfants : Marie, Martine et Jean-Olivier.

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    Dès cette année, il publia, dans la revue „‟Amérique Française‟‟ et dans quelques autres périodiques, des nouvelles.

    Il menait déjà une action politique contre le premier ministre du Canada, Louis Saint-Laurent, et contre le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis. Il dénonçait le prétendu bilinguisme qui n‟était

    imposé qu‟aux francophones et ne faisait que favoriser l‟anglais.

    En 1949, s'étant vu retirer, sur l'ordre du Premier ministre Duplessis, l'allocation de cent dollars par mois que lui versait le ministère de la Colonisation, il rentra à Montréal : ? Moi [...] qui m'étais déclaré

    communiste dès 1947. Ce n'était pas opportun, loin de là, et je pourrais vous en compter long sur mes souffrances et mes tourments, mais à quoi bon ! À cause de la

    grande noirceur, vous ne pourriez pas les voir, les apprécier à leur juste horreur, et vous sympathiseriez à tort et à travers. Et puis j'ai survécu, ce qui n'est pas le fait d'un authentique martyr. ?

    En 1949, il s'établit et ouvrit un cabinet de consultation à Ville Jacques-Cartier, sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal. C‟était un faubourg mal famé, un véritable bidonville canadien-

    français, qu‟il appela ? le petit-village magoua ? en face du ?grand-village? métropolitain. Il n‟allait le

    ? quitter que deux fois en trente ans ?. Pourtant, il y découvrit tout à coup un pays et un langage incertains, fut consterné par la détérioration du français qui se décomposait (et se décompose toujours) au contact de l'anglais : ?Je passais d'une langue qui théoriquement pouvait se parfaire et se soumettre aux rigoureuses exigences de Baillargeon, à une langue humiliée qui ne savait pas encore qu'elle était le joual.? Médecin peu fortuné, toujours proche de ses malades, il y pratiqua la médecine générale : ? Mon fief était populaire [...]. On y était venu s'y installer sans illusion, tout

    simplement parce qu'après la guerre, il n'y avait plus de place pour se loger dans les taudis de Montréal [...] La superstructure du pont constituait la nuit, la haute porte de la ville. ? - ? Ville

    Jacques-Cartier en moins d'un quart de siècle est passée du Farouest à l'immuable beauté qui, dans le pareil au même, célèbre la civilisation pétrolière. ? („’Ville Jacques- Cartier‟‟, „‟Le devoir‟‟, 18 mai

    1974). Il a écrit une part de son œuvre ? à partir d’un patrimoine que plusieurs méprisaient ?, faisant

    de ce bidonville ?un centre nerveux du Québec?, un lieu privilégié de la modernité québécoise. Il a

    exploité la symbolique de ce pont, qui est le pont Jacques-Cartier, porte d'entrée par excellence de l'île de Montréal, qui occupait, depuis son inauguration au début des années 1930, une place importante dans le paysage de la métropole et qui, pour lui, est à cheval entre deux mondes et situé quelque part entre le jour et la nuit.

    Car il continua à écrire, et publia à compte d‟auteur :

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    “L‟ogre”

    (1949)

    Pièce en trois actes

Dans un château aux relents shakespeariens sévit un ogre qu‟on ne voit jamais. À son service, un

    chevalier, drôle de diable avide de puissance ; Jasmin, un valet qui empoisonne son maître ; deux gardes rêveurs mais efficaces ; un médecin cuisinier qui périt à son tour. Attirés sur les lieux, une pucelle, un garçon et une amazone. Les deux premiers échappent à la cuisine, tandis que l‟amazone

    remplace l‟ogre assassiné.

    Commentaire

La pièce fut créée au Théâtre Club, en 1958.

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    ‟La mort de monsieur Borduas‟‟

    (1949)

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    Pièce de théâtre en un acte

    Le peintre Borduas a dicté ses volontés : à sa mort, on doit se costumer et endosser la redingote, le plastron, le chapeau haut-de-forme et les gants. Mousseau, Lefebvre, Gauvreau, Vaillancourt, Ferron-Hamelin et Sullivan préparent la cérémonie en attendant que Murielle ramène le mort. Le mort arrivera... sur ses deux pieds.

    Commentaire

Par l'intermédiaire de sa sœur, Marcelle, Ferron avait connu le groupe des Automatistes de Paul-

    Émile Borduas, jugeant d‟ailleurs ? surfaite ? la réputation de celui-ci.

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    En 1950, Ferron voulut s'enrôler comme médecin pour la guerre de Corée ; on le refusa parce qu'on découvrit qu'il souffrait de tuberculose. Il fut traité au „‟Royal Edward Laurentian Hospital‟‟, à Sainte-

    Agathe : ? On nous soignait alors comme des ballons, en nous gonflant le ventre d'air. Je ne sais pas comment les femmes s'en portaient mais, moi, ça me vexait. [...] Molière n'a pas vieilli en partie parce

    que ces Messieurs de la Faculté sont restés égaux à eux-mêmes, tels qu'ils les a décrits. Il faudrait en égorger trois ou quatre par année en grande pompe sur la place publique. Ça leur mettrait un peu d’angoisse au ventre. Ils n'ont jamais eu de coeur. Du désarroi des malades ils tirent suffisance. Je le

    détestais. Les vénérant j'aurais signé mon arrêt de mort. Je tenais à vivre. [...] Je devins communiste.

    Ce fut la dernière étape de ma maladie. ? - ? Mon communisme ne portait pas à conséquence ; on

    pouvait même le considérer comme la réaction mentale d'une guérison organique.?

    En 1951, il commença une longue collaboration à „‟L‟information médicale et paramédicale‟‟ qui allait durer jusqu‟à la disparition de la revue en 1980.

    Il continuait à écrire :

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    “La barbe de François Hertel“

    (1951)

    Pièce en un acte

    Commentaire

    Jacques Ferron l‟appela une ? sotie ?, type d‟oeuvre médiévale remis à la mode et adapté par Gide. Cette pochade inventorie à peu près tous les moyens dont il allait se servir par la suite. Elle pourrait être insérée dans „’Le ciel de Québec’’, à côté des chapitres mettant en scène Borduas ou Saint-

    Denys Garneau et La Relève. Mais, avec ses décors, ses déguisements, ses portraits, son dialogue loufoque, cette satire, comme la sotie traditionnelle, ressortit autant au genre dramatique qu'au genre narratif.

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    ‟Le licou‟‟

    (1951)

    Pièce en un acte

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    ‟Tante Élise ou Le prix de l‟amour‟‟

    (1955)

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    Pièce en un acte

    Tante Élise, vieille fille riche, vierge, cardiaque et voyeuse, demande à un hôtelier, par téléphone, que, pour la nuit de noces de sa nièce, la chambre ne comporte pas de lit. Il consent à mettre un peu de paille. Mais le jeune mari refuse ces conditions. Le lendemain, tante Élise s‟informe pour savoir comment cette nuit s‟est passée. Plutôt que de décrire, comme il avait été convenu, l'hôtelier complaisant invente des péripéties pour plaire à sa lointaine cliente. Il lui en met plein les oreilles : ?Ils

    hurlent comme ces loups dans la jungle sibérienne, ils s'entredévorent et renaissent pour se dévorer encore [...]. Ma pauvre femme ici présente tremble de tous ses membres. Son frisson est sur le point de me gagner.? Ce frisson gagne tout de suite tante Élise, qui meurt d'émotion, ? erreur de

    synchronisme?, avant que les deux jeunes gens aient fait quoi que ce soit pour mériter l'héritage qui leur permet d'achater l'auberge.

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    ‟Le dodu ou Le prix du bonheur‟‟

    (1956)

    Pièce en un acte

     Célia et Agnès sont deux sœurs. L'une est mariée, l'autre voudrait l'être. La première demande à la seconde d'échanger sa chambre contre la sienne. De cet échange s'ensuit un quiproquo où l'amant d'Agnès risque d'assassiner Dorante, le mari de Célia.

    Commentaire

    La pièce a été créée par la troupe de l'Errant canadien, au Théâtre-Club, le 24 juin 1958. _________________________________________________________________________________

    Dans ses premières pièces, Ferron, lecteur cultivé et désinvolte, s'amusa en faisant ses gammes, des étincelles et des bulles d'air. Elles avaient pour sujets la virginité, l‟amour, le bonheur. ?Je n'avais pas

    grand-chose à dire. Dans ce cas, on écrit sur l'amour ?, nota-t-il. Les personnages, valets, soubrettes,

    amants de comédie, jeunes premiers, pucelles, qui ont nom Dorante, Camille ou Agnès, nous réfèrent d'emblée au répertoire classique de l'esprit gaulois et du libertinage français, qui va des farces du Moyen Âge aux nouvelles de Marcel Aymé, sinon tout à fait aux salons bourgeois du boulevard. On pourrait y voir des imitations de Molière, des parodie de Marivaux, de La Fontaine, et des „‟Proverbes‟‟

    de Musset. Il pilla aussi allégrement les masques de la ? commedia dell‟arte ?.

    Ces levers de rideau, ces piécettes, pourraient former par groupes de deux ou trois, une soirée homogène au théâtre, une trilogie légère de contes de fées pour grandes personnes. Ce ? cycle de l'amour ? comprit aussi une pièce plus élaborée et plus complexe, plus riche symboliquement :

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    ‟Le cheval de Don Juan‟‟

    (1957)

    Pièce en trois actes

     Le commandeur, devenu un peu fou, est amoureux de son cheval, Arthur, mais celui-ci ne le reconnaît plus. Pendant ce temps, sa femme, Hortense, se laisse courtiser par Don Juan. À la fin, ce dernier s'envole comme un dieu sur le cheval, et le commandeur, comprenant son amour insensé, revient à sa femme.

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    Commentaire

    Le mythe de Don Juan devait naturellement, un jour ou l'autre, tenter la plume de Ferron. Comment, en effet, démystifier l'amour, une certaine conception de l'amour et de la femme, sans s'attaquer à son représentant le plus typique dans la civilisation occidentale? Son Don Juan est un ?personnage qui

    rapetisse et tourne à l'opérette ?, une sorte de ténor italien qui revise sa toilette devant tous les miroirs et roule nerveusement sa mince moustache. Il n'est ni le cynique épicurien, le libertin joyeux, débordant de vie, ami des plaisirs, de la bonne chère, d'une certaine tradition, ni le pâle héros, émouvant et blessé, de Musset et des Romantiques. II n'est pas non plus le frère camusien de Sisyphe. Il est moins absurde que tout bonnement ridicule, maquignon qui s'ignore, chevalin plutôt que chevaleresque, aussi médiocre comédien qu'amant, destiné seulement à jouer Molière, au profit des bonnes oeuvres, dans les salles paroissiales.

    En 1965, Jacques Ferron, un peu sévèrement, déclara sa pièce ? illisible?.

    Elle fut créée par la troupe de l'Albatros, à Verdun, le 29 janvier 1966.

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    En 1958, Jacques Ferron, candidat du Parti social démocrate (P.S.D.) aux élections fédérales du 31 mars, préconisa, à la télévision, l'unilinguisme français au Québec. Aussi fut-il désavoué par son parti et la quasi-totalité des gens dits de gauche. Avant Miron ou Aquin, il fut donc le premier écrivain à tenter de penser la question linguistique d'un point de vue politique. Il fut aussi le premier à l'avoir pensée d'un point de vue littéraire, voyant dans le parler québécois une ?langue complète? dont

    l'avenir littéraire se trouvait menacé par la présence envahissante de l'anglais, autre langue complète. Deux langues littéraires de nature mythologique et de portée universelle ne peuvent cohabiter sans que l'une s'incline devant l'autre. Seule la langue littéraire qui a des assises populaires devrait s'imposer en s'éloignant des cloisons et des habitudes pour métamorphoser les cathédrales anciennes en forêts nouvelles.

    Il fut évidemment défait aux élections.

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    “Les grands soleils”

    (1958)

    Pièce de théâtre en trois actes

    L‟action se déroule à la fois dans la région de Saint-Eustache au temps de la Rébellion de 1837 et de nos jours, au carré Viger, à Montréal.

    Au premier acte, en octobre 1837, entre un accouchement fait et un accouchement à faire, le docteur Jean-Olivier Chénier révèle qu'un mandat d'arrestation vient d'être lancé contre Louis-Joseph Papineau, le chef de la rébellion des patriotes, pour lequel il marque son admiration, rappelant l'idéal démocratique qui les animait, se réjouissant de ce mandat car, si l'on arrête le chef de la rébellion, le peuple se révoltera. La lutte armée apparaît inévitable ! ? Au service de Chénier ? mais n‟ayant ? rien

    d'une servante ?, Élisabeth a vu en rêve l'église de Saint-Eustache en flammes et Chénier sautant par une fenêtre, un fusil à la main. En même temps, l'?habitant ? (paysan) Félix Poutré vient quérir les

    services du docteur Chénier pour l'accouchement de son dix-septième enfant, et le ministère du curé qui devra, le lendemain, le baptiser. En route, il rencontre et reconnaît son fils, François, qui s'apprête comme tant d'autres Canadiens à s'exiler. Il l'incite à rester à la maison et à porter le ruban blanc des Patriotes, car son autre fils, Michel, porte déjà le ruban indigo du parti des Chouayens, les collaborateurs des Anglais : l'habitant croit ainsi assurer ses intérêts pour l'avenir, quelle que soit la faction victorieuse.

    De nos jours aussi c'est l'automne : au parc Viger, le ? robineux ? Mithridate (qui mène le jeu) et

    l‟Amérindien Sauvageau ont allumé un petit feu de feuilles mortes ; ? la moisson est engrangée ; il ne

    reste au jardin que des citrouilles ?. Ils s‟interrogent sur la signification, dans le décor, du monument

    Chénier : honneur ou désastre? Mithridate proclame : ? Le désastre eût été qu’au-dessus de nous il

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    n’y eût pas de monument. ? Ce conditionnel passé instaure ia problématique de la pièce : que vaut l'échec héroïque de Chénier?

    Le deuxième acte commence par un retour en arrière sur la vie d'Élisabeth qui, orpheline issue de parents britanniques, fut recueillie à trois ou quatre ans par les ursulines et élevée par leurs soins. Sa conversation avec le curé amorce vraiment la thématique fondamentale de la pièce : quelle sorte de peuple sont les Canadiens français? Et les répliques apportent des éléments de réponse : ?un peuple

    d'habitants ?, tenu en enfance par le clergé et par les religieuses qui, enseignant l'amour de Dieu, connaissent mal ?la réalité de tous les jours, le Pays tel qu'il est ?. L'idéologie régnante a mis l'accent

    sur la famille, sur la paroisse, sur le Ciel. ?Nous n'en sommes pas encore à la Patrie ?, avoue le curé

    qui se définit comme nationaliste modéré, mais aussi comme loyal au roi dont l'autorité vient de Dieu. Chénier lui-même a rompu avec cette résignation prêchée par le clergé et qui facilite sa domination sur le peuple : ?Il faut que les autres peuples sachent que nous sommes leurs égaux. ?

    Puis sont racontées la bataille de Longueuil, le 16 novembre, bel exploit du ? beau Viger ? qui ? eut le

    pouce coupé au-dessus de l'ongle ?, et la victoire des Patriotes à Saint-Denis, le 22 novembre 1837, qui entraînent des réactions différentes selon les personnages : enthousiasme de Chénier, scepticisme du curé et revirement de Poutré qui, devant cette victoire, fait mine de se ranger du côté des Patriotes.

    Dans la dernière scène, les deux époques et les deux lieux de l'action se mêlent. Chénier demande à Mithridate s'il ne vaudrait pas mieux ?être un médecin, un simple médecin ? traversant la vie avec son

    petit portuna à la main. En apercevant son monument, il obtient du coup sa réponse : l'Histoire reconnaîtra son action héroïque et ainsi la Patrie sera sauvée. Il peut donc trinquer et boire un coup de ? robine ? (alcool frelaté) avec Mithridate.

    Au troisième et dernier acte, en cette date mémorable du 14 décembre 1837, va avoir lieu la décisive bataille de Saint-Eustache. Chénier met Élisabeth sous la protection du curé. On évalue les forces militaires en présence : le général anglais Colborne s'approche avec deux mille hommes, accompagnés de canons. Chénier dispose de deux cents hommes mal armés. Papineau est déjà en exil et Nelson, en prison. Chénier conserve un optimisme de commande : il attend la victoire et le jour où les feux s'allumeront partout sur les collines, à travers le pays ; mais il demande à Élisabeth de mettre une robe noire, et pressent avec tristesse ce qu‟il adviendra de lui. Conscient qu'il va effectuer

    ?le saut de la mort ?, il maudit les Chouayens.

    Une scène burlesque montre le fils Poutré punissant parodiquement son père qui n'est pas patriote. Les soldats anglais arrivent dans le village. S'ensuit le récit détaillé de la bataille, fait par Mithridate. Les scènes suivantes constituent un retour sur la mort héroïque de Chénier et font l'interprétation de son geste, de la portée historique de son dévouement. Mithridate transforme en victoire la défaite du révolutionnaire vaincu. On envisage un hiver qui sera peut-être long, réellement et symboliquement. Tout à la fin de la pièce, une jonction s'opère entre Élisabeth et François qui prennent le sac de Sauvageau, présage de leur fécondité. Elle ne reconnaît ni Mithridate, ni Sauvageau, elle ignore même le nom de Chénier. Mais, lorsqu'enfin elle se souvient, elle revient auprès du ? sauvage ? et du

    ? robineux ?, une fleur de tournesol à la main qu‟elle vient de trouver au milieu de la rue, en ville,

    demande : ? L'hiver est-il fini? ?, car, un grand soleil : ? C'est l'étonnante patrie qui renaît quand on

    s'y attend le moins.?

    Analyse

    Intérêt de l‟action

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     ?Cette pièce a été faite à partir d'un décor?, écrivit Jacques Ferron, dès les premiers mots des

    ’Grands soleils’’. Il importe donc de bien saisir que le lieu scénique est caractérisé par une dualité spatiale s'accompagnant d'une dualité temporelle. Le décor comporte des éléments représentant, d'une part, la maison et le jardin de Chénier à l'époque de 1837 et, d'autre part, le parc Viger ainsi que le monument Chénier, avec comme fond de scène la gare Viger qui est fermée, telle qu'on pouvait la voir vers la fin des années 1950 à Montréal. Le parc et le jardin, communiquent librement et, ainsi que le note l‟auteur, ?il est difficiIe de savoir où l'un commence, ou l’autre finit?. Anachroniquement, le

    cabinet médical de Chénier et son jardin donnent sur le parc, où flânent et discourent des citoyens situés en marge du temps aussi bien que de l'espace social.

    La transition entre les deux espaces et entre les deux époques, pour ainsi dire confondus, s'effectue par des tournesols, ces ? grands soleils ? qui ornent le jardin de Chénier, qui fournissent le titre de la pièce et qui, au cours de l‟action, sont plusieurs fois comparés à de grands yeux, symbolisant le

    regard de l'Histoire jusqu‟à la réplique finale où un grand soleil est perçu comme un signe du retour du printemps et de ?l'étonnante patrie qui renaît ?.

    L'ambiguïté concernant les lieux et les époques se dissipe lorsque commence l'action qui, d‟une part,

    s‟étend sur cinq ou six semaines, du début de novembre à la mi-décembre 1837, tandis qu‟à notre

    époque les personnages de Mithridate et de Sauvageau, ayant une dimension mythique et intemporelle, tiennent des propos qui embrassent une durée plus longue, le long ? hiver ? du peuple

    québécois, de 1837 à la fin des années 1950.

    Il y a peu d‟action dans cette pièce ; on assiste surtout à des conversations sur la patrie moribonde qu‟il faut sauver, à des récits de batailles gagnées ou perdues. Mais un grand geste y est fait : la décision réfléchie d‟un médecin de campagne de donner sa vie pour sa patrie. La pièce nous met

    sous les yeux les conditions historiques qui accompagnèrent cet acte d'héroïsme, l'évaluation des forces en présence, puis les conséquences de cet acte pour l'avenir : une fierté, un monument, une semence de vie nouvelle pour tout un peuple.

    Au premier acte, il y a alternance entre les scènes d'intérieur qui se déroulent dans la maison de Chénier, et les scènes d'extérieur, plus nombreuses, qui se déroulent à l'entrée de la maison ou dans le parc. C'est à ce dernier endroit que se tiennent Mithridate et Sauvageau, qui servent de témoins ou de catalyseurs des rencontres entre les cinq personnages les plus directement impliqués dans l‟action.

    Si les deux actes précédents sont constitués de discussions et de palabres sur la notion de patrie, de peuple, et sur les motifs de la rébellion, le troisième acte marque l'heure de l'action décisive.

    Intérêt littéraire

    Les personnages des nouvelles et romans de Ferron aiment à discourir, à jouer, à lutter, à heurter leurs mots et leurs phrases dans une discussion si vive qu'il n'y a bientôt plus de place pour un narrateur, un témoin, bref, un romancier, et que la conversation devient alors un véritable dialogue de théâtre. Inversement, les personnages des pièces, quittant tout à coup la discussion, l'échange, l'action, cultivent et goûtent la parole pour elle-même. Ce sont alors les conversations où les personnages vont de plus en plus loin dans une même direction, procédant par associations de mots, jusqu'à parvenir à une sorte de joute étourdissante où chacun veut précéder l'autre sur la voie du paradoxe ou de la poésie. De tels monologues, à demi intérieurs et plus ou moins parallèles, entrecoupés et emboîtés, sont souvent plus dramatiques, plus intensément vivants et imprévisibles que les dialogues trop vifs et trop légers, très XVIIIe siècle, de la première veine théâtrale de Ferron. Ces dialogues sont souvent empreints d‟'ironie et d'humour. Et Mithridate, roi du Pont (il ne sait plus

    lequel !) et qui fait le pont entre les divers personnages de la pièce, fait preuve d‟une belle truculence :

    ? Dans le ventre de Dieu? Tu confonds ; tu te trompes de génération. Le Père, l'Amiral, l'Incendiaire, connais pas ; je sais seulement qu'il y a toujours eu des imposteurs pour parler en son nom, des padres pour servir Barabbas, des grands-prêtres pour entretenir les chemins de croix et que ça

    tourne ! ?

    Mais la tonalité d‟ensemble du texte est épique du fait des enjeux nationaux. Et, comme toute épopée,

    ’Les grands soleils’’ sont aussi un poème, d‟autant plus que, dans un pays dont la force est l'inertie,

    comment réussir une révolution si l'on n'est pas poète? Quand les horizons sont bas et fermés, il faut

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prendre de ?l'altitude ?, disait le procureur, réveillé et converti. C'est ce que réussit Ferron, dans „’Les

    grands soleils’’ encore mieux que dans „’La tête du roi’’.

    Cette poésie se déploie en particulier grâce au fort symbole des ? grands soleils ? que sont les

    tournesols car ils ne cessent jamais de faire tourner en eux le soleil, ni de diffuser vers nous l'or d'une vérité multiple. Ce ne sont pas des fleurs faussement innocentes, civilisées, des fleurs de la société ou une plante comestible et soporifique : ce sont des fleur sauvages, qui répercutent le cri des Indiens, qui rappellent leur destin et figurent celui des Canadiens français. Cette horloge animée, en fleurissant indique l'heure de la victoire. Le soleil peut bien s'obscurcir, comme au jour de la bataille de 1837, ce n'est que ? décence de la saison ? (?Le soleil ! mais il n'est plus qu'une grande corolle

    vide, une nacelle abandonnée, un astre mort et trompeur ?) d'autres soleils refleuriront. Les fleurs ?

    ont tourné à la graine et penchent vers la terre. L'espoir tombe et cherche à s'ensevelir : ne faut-il pas mourir pour renaître? ?. ?Bientôt, privés de lumière, les grands soleils inclineront des fleurs aveugles. Il neigera dans le creux de l'orbite. La guerre viendra? - ?Les grands soleils, gorgés de sang,

    éclateront au crépuscule?, prononcent tour à tour Sauvageau et Mithridate.

    Ailleurs, Chénier compare les feux de bivouac des Patriotes à la lumière des étoiles. L‟incendie de

    l‟église de Saint-Eustache est magnifié : ? Les vitraux s'étaient mis à bouger et les saints à danser. De

    la voûte, des piliers, de la cascade des jubés rouges, l'illumination convergeait vers le choeur [...]

    Comme un tison qui s'entoure de ses cendres, l'église se concentrait sur elle-même, l'ostensoir comme un grand soleil, Dieu dans la fleur des sauvages.?

    Intérêt documentaire

La pièce rappelle les événements qu‟a connu le Canada en 1837-38, qui sont souvent qualifiés de

    ?rébellion? alors qu‟il serait probablement plus exact de parler d'une ?résistance?. En effet, les Patriotes (des francophones qui vivaient surtout à la campagne tandis que les villes, et principalement Montréal, étaient dominées par les anglophones) ne furent pas à l'origine du déclenchement des hostilités armées, les véritables agresseurs étant plutôt le gouvernement britannique. Le pays était plongé dans une impasse politique. En 1834, pour y remédier, Louis-Joseph Papineau, chef du parti Patriote qui défendait les intérêts des francophones, envoya au roi d'Angleterre une liste de 92 résolutions qui peuvent se résumer en une aspiration à une vraie démocratie. Mais la minorité anglaise du Bas-Canada dénonça avec véhémence le parti Patriote, ne pouvant accepter que la majorité francophone contrôle la province. Londres rejeta les 92 résolutions en plus de retirer à l'Assemblée législative le seul pouvoir dont elle disposait, celui de voter le budget. Alors que Papineau continuait de croire en une solution démocratique à cette crise, que les Patriotes s'en tenaient à des moyens de pression pacifiques, organisant des assemblées, encourageant les gens à boycotter les produits importés d'Angleterre et demandant aux magistrats et notables locaux de renoncer à leurs charges officielles, le gouverneur anglais dépêcha au Bas-Canada deux régiments britanniques. Malgré l'absence de violence, de folles rumeurs de ?pillards? et d'?assassins incendiaires? se répandirent à Montréal. Le 23 octobre 1837 se tint à Saint-Charles, dans la vallée du Richelieu, la plus grande assemblée politique de l'époque : près de cinq mille personnes écoutèrent Papineau et le docteur Wolfred Nelson. Le lendemain, le clergé se rangea ouvertement du côté des Anglais, prêchant la soumission et l'obéissance et menaçant d'excommunication ceux qui prendraient les armes contre les forces du gouverneur. Celui-ci décida d'étouffer ?la révolte? avant qu'elle n'ait le temps de s'organiser, proclama la loi martiale et ordonna que tous les chefs patriotes soient arrêtés. Les Patriotes furent donc condamnés à la résistance armée.

    Le 17 novembre, une escarmouche éclata à Longueuil et les Patriotes libérèrent deux des leurs, prisonniers de Britanniques. Pour protéger les hommes recherchés, on organisa à la hâte des camps retranchés à Saint-Denis et à Saint-Charles. Dans la nuit du 22 au 23 novembre, 500 soldats s‟approchèrent de Saint-Denis où résistèrent pendant six heures quelque 300 Patriotes armés de vieux fusils, avant que les Anglais se retirent. Mais ce fut leur unique victoire. Le 25 novembre, l'armée écrasa les paysans. La rébellion était alors vaincue au sud du Saint-Laurent et les chefs patriotes en fuite. Le 25 décembre, la loi martiale fut proclamée et plusieurs loyaux sujets anglais s‟enrôlèrent pour participer au prochain affrontement.

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