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Jacques FERRON

By Charlie Perkins,2014-08-29 17:16
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Jacques FERRON

    www.comptoirlitteraire.com

    André Durand présente

    Jacques FERRON

    (Québec)

    (1921-1985)

    Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

    qui sont résumées et commentées

    (surtout ‟‟Les grands soleils‟‟, „‟Contes du pays incertain‟‟,

     „‟Le ciel de Québec‟‟ et „‟L‟amélanchier‟‟).

    Bonne lecture !

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Né à Louiseville, dans le comté de Maskinongé, il était le petit-fils d‟un cultivateur, le fils d'un notaire,

    Joseph-Alphonse et d‟Adrienne Caron. Les réalités géographiques, sociales et folkloriques du comté de Maskinongé allaient être partout présentes dans son oeuvre ; la rivière du Loup, affluent du lac Saint-Pierre (la ? mer des Tranquillités? de „‟L'amélanchier‟‟), le grand lac Saccacomi où il passait ses

    vacances d'écolier, les rangs Fontarabie et Trompe-Souris, la paroisse de Saint-Justin. Mais ce qui le frappa le plus dans sa Louiseville natale, ce fut la séparation socio-économique et, au fond, raciale, morale, manichéenne, en deux zones, deux niveaux: le Haut et le Bas, le ?grand-village? et le ?petit-village ?. ?Dominé par la France, puis par l'Angleterre et le Canada anglais, le notable canadien-français dominait à son tour le petit-village à noyau amérindien ?. Ce colonialisme, cette ségrégation,

    cette bonne conscience puritaine et hypocrite, structure de toute l'Amérique blanche, Ferron les retrouva, historiquement, dans le voisinage suspect de Ville-Marie et de Lachine, et, concrètement, à Fredericton-Denver, à Gros-Morne, longtemps ? petit-village? de Mont-Louis et de Grande-Vallée, etc. Avec son frère, Paul, et ses sœurs, Marcelle et Madeleine, il fut élevé dans l‟aisance et la liberté,

    passant des étés au milieu d‟un troupeau de chevaux sauvages. Mais il dut aussi faire face à la disparition prématurée de sa mère, victime de la tuberculose. Avant de mourir, elle lui aurait dit : ? Ne

    te crois pas plus fin [plus intelligent] que les autres ! ?

    De 1926 à 1931, il fit ses études primaires à l‟Académie Saint-Louis de Gonzague, à Louiseville En

    1931-1933, il les termina au „‟Jardin de l'Enfance‟‟ de Trois-Rivières, tenu par les „‟Filles de Jésus‟‟.

    où il fut pensionnaire et où, dans „’La légende d'un peuple’’ de Louis Fréchette, il apprit à connaître

    passionnément l‟histoire du Québec.

    En septembre 1933, il entreprit ses études classiques au Collège Jean-de-Brébeuf de Montréal, tenu par les jésuites, où il apprécia en particulier l'enseignement du père Robert Bernier. Il s‟y lia à Pierre

    Baillargeon, rencontra Paul Toupin, Pierre Laporte, Pierre-Elliott Trudeau (en qui il voyait un ? dandy

    prétentieux ?) et Pierre Vadeboncœur qui allait dire de lui : ?Moraliste précoce et précieux, timide,

    grand seigneur, aisément narquois, Ferron écrivait déjà admirablement bien? (mais, pour lui, ce n‟était

    que ? des poèmes niaiseux ? !) . Il en fut renvoyé en 1936, passa au Collège Saint-Laurent, pour y revenir de 1937 à 1941, en être à nouveau expulsé et, en 1941, terminer au Collège de L‟Assomption.

    Ces études allaient faire de lui un des rares écrivains à écrire un français vraiment correct. C‟est à ce moment-là qu‟il entama une correspondance avec Pierre Baillargeon, un autre ancien élève

    de Brébeuf, moraliste qui était l‟un des intellectuels québécois les plus remarqués dans les milieux culturels et littéraires de l‟après-guerre et qu‟il considérait alors comme son maître : ?Votre

    personnage m’importe, mais m’importe davantage le rôle, que je vous ai confié, sans que vous l’ayez recherché, d’être au-dessus de moi et d’être aussi mon maître. […] Si vous partez, vous ne laissez

    que farce derrière vous et je ne suis plus qu’un brigand tout cru.? Il prenait plaisir à ces échanges

    littéraires différés : envoi de textes, commentaires critiques à propos de nouvelles parutions, etc. Il était catégorique : la médecine devait servir uniquement à assurer son existence, la première place étant assurément occupée par la littérature. Il donnait cette définition de l‟écrivain : ?un homme qui se

    plaint de n’être pas une femme entretenue?, avouant : ?De l'arrogance est nécessaire à qui veut

    écrire?. Entre son apprentissage littéraire et ses réflexions sur l‟état actuel de la ?littérature

    canadienne? qui, à ses yeux, ne jouissait d‟aucun prestige, il pensait que la ?littérature française est

    la seule littérature moderne qui soit classique, c’est-à-dire formatrice?. Il doutait de l'émergence de la

    littérature dans la société canadienne-française que tous les deux jugeaient obscurantiste. Ils admiraient béatement Valéry, Alain, Giraudoux.

    En septembre 1941, il entreprit des études de médecine à l‟Université Laval de Québec : ?Ce sera le

    médecin qui entretiendra l'écrivain. Je serai mon propre mécène? („‟Gaspé-Mattempa‟‟) car il

    pressentait déjà que l‟écriture, intimement liée à sa vie de médecin, faisait partie par là-même de sa

    survie. Au terme de sa première année, il reçut le prix Lemieux.

    En 1945, il fut enrôlé dans les Forces armées canadiennes et reçut sa formation militaire dans quelques bases du Canada. Finalement, il se retrouva au camp de Grande-Ligne, ?partagé entre les

    prisonniers allemands et les Olds Vets qui les gardaient, neutre comme un bon Québécois.? Il y

    constata que tout y s‟y passait en anglais : ?L’armée m'a quand même appris le Canada ?.

    Démobilisé en 1946, plutôt que d'exercer une carrière aisée à la ville, il s'installa pour deux ans en Gaspésie : ? Je suis allé m'établir à Rivière-Madeleine par le goût de l'assonance, de la rime, je ne

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    sais pas. ? Après avoir considéré le milieu comme hostile, s‟être senti presque en exil, il se lia d'affection avec ce peuple aux mains de labeur : ?Il est impossible d'être révolutionnaire dans une

    riche campagne. [...] La Gaspésie est différente ; la misère y est endémique. Je pourrais faire quelque argent, payer mes dettes, mais il faudrait que j'exploite les gens tout comme mes prédécesseurs l'ont fait. Je m'en épargne la bassesse et je demeure du côté des misérables.? Il y soigna de pauvres

    pêcheurs, parfois gratuitement, ce qui lui valut, victime du règne de Duplessis, d‟être dénoncé en chaire comme ? communiste ?. Sensible aux images, aux impressions, aux façons de parler, il s‟y imprégna ? de français archaïque et de verve populaire ?. Mais, chaque année, au milieu de mai, il

    venait à Montréal, rencontrer son ami, Pierre Baillargeon, laissant l'hiver derrière lui, croisant le printemps à Québec, trouvant l'été feuillu à Montréal. Ces deux années de Gaspésie allaient nourrir abondamment son œuvre et être en particulier racontées dans le roman „’Gaspé-Mattempa’’.

    Le 5 mars 1947, son père se suicida : ? Dorénavant mon père [...] n'aura plus personne au-dessus de

    lui et sera capable de défier Dieu, Prométhée à l'échelle du comté de Maskinongé, de mourir comme il l'entendait, calculant bien son acte et choisissant son jour, le cinq mars, celui-là même où ma mère était morte et qui, comme par hasard, se trouvait être la date d'une échéance qu'il ne pouvait pas rencontrer et où il allait être mis en banqueroute. Il n'y eut pas de banqueroute, sa vie était assurée comme on dit par un curieux euphémisme, c'est-à-dire échangeable pour le montant d'argent qu'il lui manquait pour faire honneur à ses affaires. Tous ses biens vendus, y compris la maison au toit tarabiscoté de la grand-rue, l'actif dépassait le passif ; il me laissait un petit hérit