DOC

atwood-la-servante-ecarlate-

By Raymond Hall,2014-06-24 16:20
11 views 0
atwood-la-servante-ecarlate-

    André Durand présente

    ’La servante écarlate’’

    ‘’The handmaid’s tale’’

    (1987)

    roman de Margaret ATWOOD

    (360 pages)

    pour lequel on trouve un résumé

    puis successivement l‟examen de :

    l‟intérêt de l‟action (page 4)

    l‟intérêt littéraire (page 5)

    l‟intérêt documentaire (page 5)

    l‟intérêt psychologique (page 7)

    l‟intérêt philosophique (page 8)

    la destinée de l‟œuvre (page 9)

    Bonne lecture !

    Résumé

À l‟aube de l‟an 2000, alors qu‟a sévi une grave crise économique, que la Terre est polluée par des

    produits chimiques toxiques et des radiations nucléaires, que sa population a été perturbée par des manipulations génétiques, la plupart des femmes sont devenues stériles et le taux de natalité a chuté de façon alarmante. L'État laïque qu‟étaient les États-Unis a été remplacé par une théocratie

    monothéiste de droite, la ?république chrétienne fasciste de Gilead? où la Constitution a été

    remplacée par la Bible, où, en réaction à la décadence des moeurs et à la dénatalité, est imposée une vie très sévère, surveillée par ?les Yeux?, la force de police secrète. Les prisonniers politiques, les gens dangereux, les Noirs, les homosexuels, les chômeurs, les vieux et les autres rebuts improductifs

     1

et dégénérés d‟une société qui se veut ?propre? ont été évacués, déportés dans ?les colonies?, une

    sorte de goulag, ou supprimés. L‟adultère et le viol sont punis de pendaison publique. Surtout, les femmes n‟ont plus aucune liberté : il leur est interdit de détenir toute propriété, de travailler pour une rémunération et même d'avoir de l'argent ; on les assigne à des fonctions aussi précises que restreintes : elles sont des épouses chastes ou, pour celles qui sont fertiles, des porteuses des enfants des autres. Comme il y a encore des classes sociales, les femmes stériles de niveau supérieur ont le droit de se faire aider par ces jeunes femmes en bonne santé qui leur sont fournies par l‟État : ce sont les ?servantes écarlates?, toutes de rouge vêtues, à l'exception des voiles blancs

    de la cornette. Chacune est à la disposition d'un ?commandant? dont l'épouse est infertile pour lui

    donner des descendants ; si elle y parvient, elle est vénérée, sinon, elle est déclarée ?non-femme? et

    envoyée dans ?les colonies?. Cette société hautement puritaine justifie par ce passage de la Bible : ?Voyant qu’elle ne donnerait pas d’enfant à Jacob, Rachel lui dit : “Voici ma servante, Bliha. Va vers elle et qu’elle enfante sur mes genoux : par elle, j’aurai moi aussi des fils.? (“Genèse”, 30, 1-3) ?la

    cérémonie?, un viol rituel qui a lieu chaque mois, au moment le plus propice du cycle menstruel de la servante écarlate : le commandant lit la Bible à toute la maisonnée puis la servante écarlate s‟agenouille sur le lit à baldaquin, pose sa tête contre l‟entrejambe de la maîtresse de maison et attend la saillie qui lui est prodiguée mécaniquement par le commandant, sans un mot, sans le moindre baiser, sans le moindre sentiment autre que le dégoût, son corps étant réduit à la fonction de machine-outil, l‟existence de son âme étant presque niée ; après, elle doit garder la semence en elle

    au moins dix minutes, histoire de mettre toutes les chances du côté de sa matrice, de tomber enceinte et d‟enfanter.

    À Boston, qui est devenue site de stockage de déchets nucléaires, la narratrice, Defred, qui a été terrorisée, dépossédée de son métier, de son mari, de son enfant et maintenant de son corps, est une de ces génétrices attritées de l‟État. ?Defred? n‟est pas son véritable nom : comme toutes les

    servantes son nom est formé de ?De? et du nom de son commandant, ?Fred?, à la maison duquel

    elle est assignée. Elle sert ce responsable de la sécurité nationale et sa femme, Serena Joy, ancienne chanteuse de “gospel” et télévangéliste qui, dans son émission, “L’Évangile pour la formation des

    jeunes âmes”, racontait la Bible aux enfants et défendait ?les valeurs traditionnelles?. La liberté de

    Defred, comme celle de toutes les femmes, est tout à fait restreinte. Elle n‟a pas le droit d‟écrire, de lire, de fumer une cigarette, d‟échanger des confidences avec le reste du personnel de maison,

    d‟éprouver de l‟amour. Elle ne peut quitter la maison que pour faire des achats avec une autre servante écarlate, aller voir un gynécologue ou se rendre jusqu‟au ?Mur? de ce qui avait été

    l‟université Harvard, où sont pendus les rebelles. Elle est soumise à une très étroite routine, accomplit sa tâche comme une somnambule, et, le soir, regagne sa chambre à l'austérité monacale dont la porte ne peut jamais être complètement fermée. Elle songe alors au temps où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants. C'était le temps où était au centre de tout l'amour, cette chose si douce, aujourd'hui punie de mort. Elle tient un journal secret où elle raconte sa vie quotidienne, revenant constamment sur des fragments de son passé qui permettent au lecteur de reconstituer les événements qui ont conduit à cette situation.

    Dans le monde qui a précédé Gilead, elle a eu une liaison avec Luc, un homme marié qui a divorcé, l‟a épousée, et lui a fait un enfant. La mère de Defred était une célibataire et une militante féministe. Sa meilleure amie, Moïra, était fièrement indépendante. Mais les concepteurs de Gilead ont commencé leur ascension vers le pouvoir à une époque d‟abondante pornographie, de prostitution et

    de violence contre les femmes, tandis que la pollution et les pilules entraînaient un déclin de la natalité. S‟appuyant sur les militaires, ils assassinèrent le président et les membres du Congrès et déclenchèrent un coup d‟État, prétendant qu‟ils ne prenaient le pouvoir que temporairement. Ils réduisirent les droits des femmes. Defred et Luc tentèrent de fuir avec leur fille de cinq ans en traversant la frontière du Canada, mais ils furent capturés et séparés l‟un de l‟autre. Depuis, Defred n‟a plus vu ni son mari ni sa fille. Après sa capture, son mariage a été annulé (parce que Luc avait divorcé), et elle fut envoyée au centre de rééducation “Rachel et Léa”, appelé “le Centre Rouge” par

    ses pensionnaires. Les femmes y sont rééduquées et endoctrinées dans l‟idéologie de Gilead par les redoutables ?Tantes? de l‟?Agence féminine de contrôle?, afin de devenir des ?servantes écarlates?.

     2

    Tante Lydia les dirigeait, leur faisant des discours exaltant la morale de Gilead selon laquelle les femmes devaient être soumises aux hommes qui faisaient partie des ?Fils de Jacob?, et seulement

    vouées à porter des enfants. Elle prétendait aussi qu‟un tel ordre social offre ultimement aux femmes plus de respect et de sûreté que l‟ancien. Moïra fut amenée au “Centre Rouge”, mais elle s‟échappa,

    et Defred ne sut pas ce qu‟il était advenu d‟elle.

    La première brèche dans sa routine survint quand, étant allée chez le médecin qui constata qu‟elle n‟était toujours pas enceinte, il lui proposa une relation sexuelle en suggérant que son commandant

    était probablement stérile. Elle refusa parce que cette proposition était trop risquée : elle pouvait être renvoyée si cela était découvert. Après une ?cérémonie?, le commandant envoya son jardinier et

    chauffeur, Nick, lui demander de venir le voir dans son bureau la nuit suivante. Elle commença à le voir ainsi régulièrement. Ils jouaient au scrabble (qui était interdit, puisque les femmes étaient censées ne pas savoir lire), et il la laissait regarder de vieux magazines comme “Vogue”. À la fin de ces

    rencontres secrètes, il lui demandait de l‟embrasser.

    Durant l‟une de leurs sorties pour faire des achats, une autre servante écarlate, Deglen, révéla à Defred qu‟elle était membre de ?Mayday?, une organisation clandestine qui voulait renverser Gilead.

    Defred commença à trouver que, maintenant qu‟elle connaissait le commandant, la cérémonie se modifiait, devenait moins impersonnelle. Leurs conversations nocturnes commencèrent à tourner autour du nouvel ordre que le commandant et ses amis au pouvoir avaient établi à Gilead. Mais, quand Defred lui fit savoir à quel point elle était malheureuse, il commenta : ?On ne peut pas faire

    d’omellete sans casser d’oeufs.?

    Comme elle ne devenait pas enceinte, Serena suggéra qu‟elle ait secrètement une relation sexuelle

    avec Nick et que l‟enfant passe pour celui du commandant. Elle lui promit de lui donner un portrait de sa fille si elle y consentait. Mais, la nuit même où Defred devait coucher avec Nick, le commandant la conduisit secrètement à un club appelé “Chez Jezebel”, où les commandants se mêlaient à des prostituées. Defred y vit Moïra. Elles se retrouvèrent aux toilettes, et Defred apprit que Moïra avait été capturée juste avant de traverser la frontière. Elle avait choisi la vie “Chez Jezebel” plutôt que d‟être

    envoyée dans les colonies. Après cette soirée, Defred n‟allait plus jamais revoir Moïra. Le commandant fit monter Defred dans une chambre où ils eurent une relation sexuelle où elle essaya de feindre la passion.

    Aussitôt après leur retour, tard dans la nuit, Serena survint pour ordonner à Defred de se rendre dans la chambre de Nick où ils firent l‟amour. Et, bientôt, ils couchèrent ensemble fréquemment, à l‟insu de tous. Cependant, elle fut découverte et ne put satisfaire la demande de Deglen qui voulait qu‟elle

    obtienne du commandant des informations pour ?Mayday?. Un jour, toutes les ?servantes écarlates?

    durent participer à l‟exécution, dirigée par Tante Lydia, d‟un prétendu violeur. Deglen donna le premier

    coup qui le tua. Plus tard, elle apprit à Defred qu‟il était un membre de ?Mayday? et qu‟elle l‟avait tué

    pour qu‟il échappe à son tourment.

    Peu de temps après, Defred étant allé faire des achats, rencontra une nouvelle Deglen qui ne faisait pas partie de ?Mayday?, et qui lui dit que l‟ancienne Deglen s‟était pendue quand elle avait vu la police secrète venir la chercher. À la maison, Serena, qui avait découvert le passage de Defred “Chez Jezebel”, lui promit un châtiment. Alors qu‟elle attendait dans sa chambre, elle vit approcher un

    camion noir des ?Yeux?. Nick survint pour lui révéler que c‟étaient en réalité des membres de ?Mayday? qui venaient la sauver en lui faisant prendre la ?Route clandestine des femmes?. Elle s‟en

    alla avec eux, sans tenir compte des futiles objections du commandant, ne sachant si elle allait vers la prison ou vers la liberté.

    En 2195, après que Gilead soit tombé, une conférence est donnée par un certain professeur Pieixoto qui explique dans un langage objectif la formation et les pratiques de Gilead. Il s‟interroge sur la

    signification de l‟histoire de Defred. Il suggère que Nick a arrangé son évasion mais que son sort est

    inconnu. Elle peut être passée au Canada ou en Angleterre, ou elle peut avoir été reprise.

    Analyse

    Intérêt de l‟action

     3

    La servante écarlate” est un roman d‟anticipation. Or on a pris l‟habitude de donner à ce genre le nom de ?science-fiction? ou ?S.F.?. Cependant, comme il s‟est souvent enfermé dans des codes et s‟est destiné à un public d‟amateurs exclusifs, les écrivains du ?mainsteam? qui s‟y risquent tiennent généralement à refuser cette étiquette. C‟est ainsi que Margaret Atwood argue que son roman est de la ?speculative fiction? parce que n‟y intervient aucune nouvelle technologie et qu‟il est fondé sur le

    développement de tendances présentes dans les États-Unis des années quatre-vingt. En fait, la ?speculative fiction? est une variété de la science-fiction (reproduisant d‟ailleurs les initiales S.F) qui

    se concentre sur l'évolution politique et sociale dans un avenir proche à partir des tendances apparues récemment (surpopulation, urbanisme, mercantilisme extrême, détérioration de l‟environnement, aliénation psychologique), sur la fragilité de nos notions de liberté individuelle, plutôt que sur les progrès technologiques : “Planète à gogos” de F. Pohl et C.M. Kornbluth, “Soleil vert” de H.

    Harrison, “Tous à Zanzibar” de John Brunner, “Les monades urbaines” de Robert Silverberg, “Orange

    mécanique” d‟Anthony Burgess, “Crash !” de J. G. Ballard, “Ubik de Philip K. Dick, etc.. Certains de

    ces romans prévoient ainsi un retour au conservatisme, au fondamentalisme, au puritanisme sinon au médiévalisme. C‟est bien ce qu‟on trouve dans “La servante écarlate” où le temps qui sépare la

    république de Gilead de notre époque est fort court. Il est difficile pour le lecteur de ne pas être envahi par la crainte que la catastrophe politique qui y est décrite ne se produise de façon si soudaine et si radicale.

    Le roman est aussi une de ces anti-utopies, ou utopies négatives ou dystopies, que suscita le XXe siècle où, du fait des totalitarismes, les lendemains grincent, telles que “Nous autres” de Zamiatine,

    Le meilleur des mondes” de Huxley, “1984” d‟Orwell, “Fahrenheit 451” de Bradbury, “Un bonheur

    insoutenable” d‟Ira Levin, etc..

    Inversement, le roman rappelle l‟évocation du puritanisme dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle

    donnée par Nathaniel Hawthorne dans „’La lettre écarlate’’.

    Ce magistral “page turner” est, de plus, un roman troublant, effrayant, qu‟on pourrait considérer

    comme expressionniste, l‟atmosphère étant presque constamment glauque, les émotions fortes, la sexualité omniprésente, l'impression générale que dégage la société de Gilead en étant une de peur, de répression, de cruauté et d'injustice cauchemardesques. Cependant, il n‟y a pas trop d‟images à

    figer le sang, la narration rapportant la plupart des actes violents après le fait, épargnant au lecteur des scènes sanglantes. On a pu critiquer cette restriction comme enlevant de la puissance au roman. Mais, comme tous les auteurs de dystopies, Margaret Atwood tend à encourager le lecteur à adopter une attitude rationnelle qui évite la totale ?suspension de l‟incrédulité?, qui interdit un plein investissement émotionnel afin de créer un type de distanciation brechtienne, pas totale cependant parce qu‟elle souhaite que nous ayons de la sympathie pour son héroïne.

    Dans le récit se mêlent les instantanés de la vie actuelle de Defred, de la dure réalité de Gilead dont le régime totalitaire s‟appuie sur le pouvoir et non sur le choix ; sur la coercition, et non sur la volonté ; sur la peur et non sur le désir ; sur l‟aliénation, l‟esclavage, les souffrances, la misogynie, et le refuge dans ses souvenirs de sa vie d‟avant le changement de régime, vie qui, quoique non idéale, était

    encore remplie d‟énergie, de créativité, d‟humanité, et du sens de l‟individualité. Elle navigue entre ces deux univers, qui contrastent fortement, avec une facilité qui ne se comprend que par leur proximité dans le temps. Le passé est constamment présent dans ses pensées. C‟est donc par petits coups que Margaret Atwood nous inflige le sombre cauchemar qu‟est cette dystopie

    De ce fait, le texte est d‟abord comme un puzzle qui, les pièces s‟assemblant, devient palpitant, tient

    en haleine, même s‟il ne s‟y trouve que trois moments d‟action. Il apparaît dans l‟épilogue que l‟ordre des chapitres a été reconstitué par les savants et que le roman qu‟on a lu est partiellement aléatoire, ce qui invite le lecteur à une lecture créatrice. Et ce dernier chapitre, se situant vingt ans plus tard, s‟il indique la fin du régime de Gilead, maintient le suspense sur le sort de l‟héroïne.

    Les événements sont vus à travers ses yeux. Aussi ce ?point de vue avec? évolue-t-il. Au début, la voix narrative, distante et presque timidement vide de toute émotion, met en relief la frugalité et la solennité imposées par l‟État ; puis, petit à petit, la tyrannie et la corruption se révèlent. Comme le roman se termine, alors que l‟horreur atteint un sommet, la voix narrative prend un ton de grande

    émotion. Cette stratégie narrative permet de s‟assurer d‟abord la sympathie et l‟intérêt du lecteur, puis

     4

    y va de révélations mesurées, bien détachées, au sujet de Gilead. Cela correspond symboliquement au sens central du roman : les dogmes totalitaires et misogynes, lors de leur conception, paraissent inoffensifs et dignes de confiance, mais sont voués, quand ils sont mis en oeuvre, à devenir déprimants, à révéler leur nature impitoyablement tyrannique.

    Intérêt littéraire

    Dans “La servante écarlate”, Margaret Atwood déploya tout un éventail de styles : l‟âpreté de mots crus mais justes, le ton tranchant et alerte pour quelques scènes d‟horreur, la véhémence, un humour parfois grinçant, une constante ironie, mais aussi du pur lyrisme : ?Alors que nous attendons dans

    notre file double, la porte s’ouvre et deux autres femmes entrent, toutes deux vêtues de la robe rouge et des ailes blanches des Servantes. L’une d’elles est très manifestement enceinte ; son ventre, sous

    son vêtement ample se gonfle triomphalement. Il y a un mouvement dans la boutique, un murmure, une échappée de souffles ; malgré nous nous tournons la tête, ouvertement, pour mieux y voir ; nos doigts brûlent de la toucher. Elle est pour nous une présence magique, un objet d’envie et de désir,

    nous la convoitons. Elle est un drapeau au sommet d’une colline, qui nous montre ce qui peut encore être accompli ; nous aussi pouvons être sauvées.? (page 51).

    Le ton ironique est maintenu tout au long du livre mais trouve son sommet dans l‟épilogue qui est

    hilarant.

    Un aspect particulièrement intéressant du livre est l‟action de la république de Gilead sur la langue, tous les régimes totalitaires s‟étant employés à la transformer pour la mettre à leur service, situation

    qu‟on retrouve dans les utopies négatives, en particulier “1984” où Orwell inventa la fameuse

    ?novlangue?. Margaret Atwood a procédé à une série de distorsions : ?rédemption? (pour pendaison),

    ?particicution? (pour lynchage), etc., et Defred doit, devant chacun de ces mots doués d‟un sens

    nouveau, le saisir au plus vite, car ces règles aussi vagues que terribles comportent une menace.

    Intérêt documentaire

Le cauchemar hallucinant, épouvantable, qu‟est cette anti-utopie est pourtant plein de vraisemblance.

    Chacune des horreurs décrites s‟est déjà produite effectivement.

    Margaret Atwood a souvent fait remarquer qu‟il n‟y a rien dans son roman qui n‟ait pas déjà été perpétré contre les femmes quelque part dans le monde. Avec Gilead, qui est ouvertement misogyne, le pouvoir masculin reprend toute son extension ; les hommes enlèvent aux femmes les signes de l‟indépendance qu‟elles avaient gagnés : la contraception, le travail à l'extérieur et l'argent ; ils exercent de nouveau un étroit contrôle sur elles, sur leurs corps, sur la reproduction. Les servantes écarlates sont réduites au statut d‟esclaves, de simples éleveuses. Le roman montre la perpétuation d‟une conception du rôle de la femme dans la société qui l‟enferme entre les quatre murs du foyer : en

    Allemagne par exemple, elle était soumise à la règle des trois K : ?Kinder, Küche, Kirche? (enfants, cuisine, église) ; la Roumanie communiste réprimait sévèrement contraception et avortement ; dans le monde musulman la femme doit se cacher sous le ?tchador? ou étouffer sous la ?burkha?. Cet aspect constant de tout totalitarisme préoccupe Margaret Atwood.

    Par contre, la libération de la femme obtenue par le contrôle des naissances, par la pilule, a pour revers la dénatalité, et devient cruciale la nécessité de repeupler rapidement les pays. La tentation est donc grande d‟un ressac anti-féministe, comme celui qui a lieu dans le roman où certaines femmes sont réduites à l‟état d‟utérus sur deux jambes, étant d‟ailleurs domestiquées par d‟autres femmes.

    L‟autrice tire jusqu‟à l‟extrême du cauchemar les conséquences de la pratique des mères porteuses qui provoque tant d‟interrogations à notre époque.

    La prise de pouvoir par les fondamentalistes étant une régression à la fois morale, politique, sociale et technologique, la république de Gilead est un univers concentrationnaire où est prescrit un mode de vie basé sur la frugalité, la conformité, la censure, la corruption, la peur et la terreur, bref les habituelles conditions d‟existence imposées par les États totalitaires. S‟ils ne sont pas véritablement religieux, ces États se servent beaucoup de la religion, histoire d‟imposer l‟ordre, de combattre l‟adversaire et de se donner raison. Surtout, comme l‟a bien montré Orwell dans “1984”, ils exercent

     5

    un contrôle de la pensée, épient constamment leurs administrés qui ne peuvent faire confiance à personne. Cependant, la république de Gilead, elle, déclare être fondée sur des principes chrétiens. Ce n‟est pas pour rien que Margaret Atwood a donné aux servantes écarlates, à l‟exception de cette couleur, un vêtement qui est celui des religieuses catholiques. On cite les Écritures pour justifier une brutale répression et, en pratique, la république manque misérablement de spiritualité et de bienveillance. Au nom de la moralité, la cruauté est exercée par des gens ordinaires Pour cela, les agents du gouvernement se servent du jargon féministe moderne. Le langage est détourné en Gilead, mais, quant à eux, les experts en sciences sociales qui décrivent le régime après sa chute le font en des termes typiquement pseudo-scientifiques, totalement dénués de l'indignation morale qu‟il mériterait.

    D‟autre part, à Gilead, on centralise les données grâce à la technologie informatique qui, constate-t-on,

    est utilisée pour invalider les cartes de crédit des femmes, une des premières manifestations de leur répression : ce type d'intervention de l'État est tout à fait plausible et les craintes de la perte de toute vie privée en raison du contrôle des cartes de crédit sont devenues courantes au cours des dernières années. Margaret Atwood a donc fait preuve d‟une grande clairvoyance en imaginant de tels événements dès 1985, en montrant que ce qui peut passer pour un progrès, le fait qu‟il n‟y ait plus d‟argent liquide et qu‟on n‟utilise plus que des cartes de crédit, peut devenir un moyen de contrôle. Il est significatif que le basculement ait lieu en Nouvelle-Angleterre, plus spécialement au Massachusetts. D‟une part, cet État fut au XVIIe siècle un foyer de puritanisme. D‟autre part, il fut aux

    XIXe et XXe siècles la partie la plus progressiste des États-Unis, l‟action n‟étant pas pour rien située à

    Boston, le Mur étant celui de l‟université Harvard, un haut lieu de l‟intellectualité américaine qui ne résisterait donc pas au déferlement du fondamentalisme, trait d‟une ironie mordante de la part de

    celle qui y fut étudiante.

    Elle procéda en opposant des extrêmes polarisés : un présent décadent que Tante Lydia décrit cyniquement comme ?une société mourant... de trop de choix? et un avenir totalitaire qui interdit tout

    choix. Naturellement, en rejetant la décadence complaisante et le chaos d‟une société anarchique, le lecteur condamne le régime de Gilead pour son ensemble de valeurs prescriptives, intolérantes, qui projette sur la réalité la vision d‟un tunnel et élimine la volonté humaine. Comme le montrent les peurs et les angoisses qu‟endure Defred, quand les êtres humains ne sont pas libres d‟aspirer à ce qu‟ils souhaitent, quand les choix sont si sévèrement restreints que, pour citer Les possédés” de

    Dostoïevski, ?seul le nécessaire est nécessaire?, la vie devient un temps de prison péniblement prolongé.

    De façon significative, le processus de victimisation n‟implique pas seulement Defred et les servantes, mais s‟étend aussi aux oppresseurs. Quiconque est gouverné par le régime de Gilead souffre d‟être privé de choix, sauf de ce que l‟État-Église décrète ; même le commandant est obligé de copuler avec

    Defred : ?Ce n’est pas une récréation, même pour le commandant. C’est une affaire sérieuse. Le

    commandant, aussi, fait son devoir.?

    En ce qui concerne la situation sociale, on remarque qu‟à la suite de la crise économique, le chômage étant élevé, la société semblant se désintégrer, ?les gens étaient disposés à troquer leurs droits et

    libertés pour un leadership fort pour pouvoir se reposer sur quelqu’un qui dira : “Laissez-moi faire, je

    vais arranger ça?. Or une telle crise s‟est déjà produite, par exemple en Allemagne en 1933 (il faut remarquer que les tenues des différentes castes rappellent le IIIe Reich), et elle est tout à fait plausible aux États-Unis qui sont actuellement le pays le plus endetté au monde, le déclin de l‟empire américain n‟étant plus une simple spéculation.

    Depuis que le roman a été écrit, des événements mondiaux sont venus confirmer son hypothèse d‟une démocratie détruite par des religieux de droite qui dépouilleraient les femmes de leurs droits. Les actions de terroristes ?justifiées? par la religion, l‟opposition aux mères porteuses, les assertions d‟Églises baptistes américaines qui se basent sur les Écritures pour vouloir qu‟une femme se soumette à son époux, les progrès de l‟évangélisme dans la politique américaine et l‟emprisonnement sans recours de citoyens suspects au nom de la sécurité nationale donnent tous à “La servante

    écarlate” une grande urgence.

    Intérêt psychologique

     6

    La servante écarlate” est plus qu'une parabole politique : c'est aussi un roman dont l'une des grandes qualités tient à la richesse de ses personnages qui sont extrêmement fouillés et crédibles. Il parle de la persistance, dans un univers lugubre, du désir sexuel, de l'amitié et de l‟amour qui, comme dans 1984”, apparaissent comme une façon de résister à un régime qui cherche à contrôler la sexualité, comme la meilleure réponse à ce cauchemar, le romantisme subsistant malgré tout. Ces aspirations et leur répression touchent autant les dirigeants de Gilead que leurs victimes, ce qui rend les personnages d'autant plus crédibles. Parmi les victimes, certaines seulement essaient de s‟en tirer,

    dont Defred, ce qui explique pleinement son rôle de protagoniste et de narratrice du roman.

    On entre totalement dans la peau de Defred, la sympathique héroïne, dont nous n'apprenons jamais le nom véritable. On s'attache à elle : on a peur avec elle, pour elle, on est frustrés, indignés, émus. À peine quelques années plus tôt, elle menait la vie normale de la classe moyenne. D‟un seul coup, elle a tout perdu : sa fille, son mari, sa liberté. En quelques mois, son univers a entièrement basculé et elle est devenue un outil de procréation. D‟abord réduite à une résignation passive, elle continue d'espérer, de désirer et de penser, mais pas trop d‟abord : ?J’essaie de ne pas trop penser. Maintenant, comme

    les autres choses, la pensée doit être rationnée. Il y a beaucoup de choses auxquelles il vaut mieux ne pas penser. Penser peut compromettre vos chances, et j’ai l’intention de durer.? Au fil du récit, ses

    rêves se transforment en défi, en résistance et en salut lorsqu'elle s'évade. On voit de son point de vue les leaders du nouveau régime, les collaborateurs et la résistance, insaisissable mais irréductible, ses armes étant l‟obervation précise et l‟ironie. La tenue de son journal permet une réflexion sur le récit comme moyen de maîtriser son destin à travers le texte. Ce qui rend le livre de Margaret Atwood si émouvant est son habile technique qui consiste à présenter l‟héroïne d‟abord comme une voix, presque comme une somnambule n‟ayant que des perceptions fragmentaires de ce qui l‟entoure, que des éclairs de souvenirs de sa vie passée. Au fur et à mesure que les scènes apportent plus de détails, sa voix acquiert régulièrement et imperceptiblement une pleine rondeur qui est parallèle à la maturation de son esprit, à sa prise de conscience de son état de femme victime. Elle entame un graduel mouvement pour briser le syndrome de l‟esclavage. Ainsi la victime, manipulée et contrainte, est métamorphosée en une rebelle déterminée qui, avec audace, viole les lois perverties de Gilead. Sa duplicité avec le commandant et avec sa femme, son choix de risquer une aventure sexuelle avec Nick, et son association avec le réseau souterrain, tout indique son changement de l‟état de victime sans recours à celui de survivante sournoise et subversive. Cet élan pour survivre et les occasionnels éclairs de chaleur et d‟intérêt parmi les servantes écarlates donnent des signaux rassurants d‟espoir et d‟humanité dans une histoire qui, par ailleurs, est glaçante et déprimante.

    Cependant, la résistance n'est pas composée uniquement de héros et d'héroïnes intrépides, mais aussi de personnes imparfaites et effrayées qui apprennent à se comprendre et à se donner courage. De même, tous les personnages féminins du roman ne sont pas sympathiques. ?Les Tantes?, une

    vicieuse élite de collaboratrices, sont parmi les supporters les plus dévoués de l‟Église et de l‟État ; ces renégates sont devenues des converties zélées, s‟appropriant de mâles valeurs aux dépens de leurs instincts féminins. L‟une d‟elles, Tante Lydia, agit, ironiquement, comme la porte-parole de

    l‟antiféminisme ; représentant la complicité féminine dans la dégradation des femmes, elle incite les servantes à renoncer à elles-mêmes et à devenir de non-personnes : ?Modestie est invisibilité. Ne

    l’oubliez jamais. Être vue, être vue, c’est être - sa voix tremblait - pénétrée. Ce que vous devez être,

    mes filles, c’est être impénétrables. Elle nous appelait ses filles.?

    D‟un autre côté, tous les personnages masculins ne sont pas démonisés. L‟autrice, si elle condamne intensément l‟esprit misogyne qui peut causer un lourd fardeau de souffrance, s‟abstient, dans ce roman, de faire du genre masculin en entier l‟auteur du cauchemar qu‟est Gilead. Nick, le chauffeur du commandant, est impliqué dans le réseau souterrain, formé d‟hommes et de femmes qui

    s‟emploient à sauver des femmes et à commettre des sabotages. En outre, l‟héroïne a constamment la nostalgie de sa vie de femme mariée à Luke. En fait, il y a peu de personnages masculins qui agissent avec une froide cruauté. Même le commandant apparaît plus pathétique que sinistre, plus

     7

    déconcerté que manipulateur, presque toujours un bouffon. Lui et sa femme ne sont pas simplement des méchants de caricature, mais des personnes vivantes, sujettes au désir ou à l'envie, voire nostalgiques d'un passé plus harmonieux.

    Les personnages négatifs ont donc, eux aussi, de la profondeur et de la complexité. Le lâche, le vénal et l'exploiteur agissent conformément à leur nature, tandis que le soi-disant anarchiste se révéle lui aussi un profiteur de la bonté des femmes.

    Margaret Atwood a donc su, en habile psychologue, éviter le manichéisme, la caricature des bons et des méchants, montrer l‟ambiguïté des êtres.

    Intérêt philosophique

Cette anti-utopie permet une grande réflexion philosophique. La perspective, d‟abord très étroite,

    s‟élargit de plus en plus, agrandissant le champ du conscient, du nommé. Du très petit, du particulier, du personnel, on va jusqu'au très grand, au social, au collectif, de la détresse individuelle à l'explication historique. Ainsi, ce livre profond révèle plusieurs couches : évolution politique et sociale, condition de la femme, morale.

    La servante écarlate” est une parabole politique dont le message est redoutable. Cette histoire immensément troublante fait hésiter constamment le lecteur entre son refus de croire qu'une telle société puisse advenir, et sa certitude que les valeurs et les courants de forces qui peuvent mener à une telle catastrophe sont bel et bien présents dans notre société, voire dans chaque être humain. S‟impose la brutale prise de conscience que ce roman au caractère prémonitoire pourrait très bien ne pas être que de l‟imagination, que c‟est un avertissement, que Margaret Atwood serait prophétique, qu‟elle aurait un sens visionnaire. Elle fait craindre pour l‟avenir de la démocratie qui n'est jamais assurée contre le dogmatisme, le fondamentalisme, l‟intolérance, l‟extrêmisme, le fanatisme, l'anéantissement de l'Autre, le totalitarisme, ce que fait craindre l‟extension des tendances de la société contemporaine. Pour Margaret Atwood, “La servante écarlate”, ?c'est un roman qui

    examine les totalitarismes, et le totalitarisme qui arrivera sans doute aux États-Unis si ce pays décide de poursuivre dans une veine de droite comme il a commencé à le faire.? Elle a prononcé une

    condamnation particulièrement virulente de la droite chrétienne américaine et une mise en garde contre les réactions éventuelles visant à renverser le féminisme et le laïcisme. La démocratie a été perdue dans le roman par des gens mous, peu conscients.

    D‟autre part, Margaret Atwood n‟y a pas oublié son nationalisme. Bien que l'action se déroule aux États-Unis, le Canada est constamment présent, à la fois comme un phare lointain où l'on peut tenter de s'enfuir et plus subtilement comme point d'observation. La république de Gilead et la dictature religieuse représentent une crainte bien réelle des Canadiens face à certaines tendances qu‟ils observent au sud de la frontière. La situation de victime essayant de survivre que vit Defred était comme la dramatisation de sa thèse principale dans son essai critique “Survival. A thematic guide to

    Canadian literature” : elle y suggérait que le Canada, métaphoriquement encore une colonie ou une minorité opprimée, est ?une victime collective? et que ?le symbole central pour le Canada [...] est

    sans aucun doute la Survivance.? Plus loin, elle énuméra ce qu‟elle appelait ?les positions de

    victimes de base?, dont l‟une est de reconnaître qu‟on est une victime mais de refuser d‟?accepter

    l’hypothèse que ce rôle est inévitable.?

    Ce qui distingue le roman de Margaret Atwood des dystopies classiques est son évident point de vue féministe. Bien que, dans ses oeuvres précédentes, ses fortes convictions féministes étaient évidentes, ce roman était la première à être vraiment dominée par des préoccupations féministes. Elle, qui avait toujours été consciente de la douloureuse guerre psychologique entre les hommes et les femmes, montrait ici la peur fondamentale des femmes d‟être utilisées et de n‟avoir aucun recours. Leur situation illustre lucidement l‟assertion de Simone de Beauvoir dans “Le deuxième sexe” : ?Une

    femme se différencie par rapport à l'homme et non celui-ci par rapport à elle. Elle est l'inessentiel par rapport à l'essentiel. Il est le sujet, il est l'Absolu ; elle est l'Autre.? Pour lui, elle est un sexe, absolument un sexe. Puisqu‟il tient les rênes du pouvoir dans la société, il dirige, assigne les rôles, et

     8

    décrète ensuite les concepts sociaux, religieux et cosmiques qui conviennent à ses intérêts et ses désirs. D‟où la nécessité de la lutte pour le respect des droits des femmes partout sur la planète.

    Cependant, si Margaret Atwood dramatise la domination des hommes sur les femmes, si elle condamne la mentalité mâle misogyne, elle n‟en soutient pas moins le couple hétérosexuel. Pour elle,

    son roman est féminin mais pas féministe car elle montre bien aussi les excès du féminisme qui se sont d‟ailleurs exercé à son égard, car l‟absence de manichéisme dans sa conception des personnages a été considérée par certaines comme étant non-féministe, comme étant une approbation du statu quo pour les femmes, une acceptation de l‟état présent.

    On pourrait s‟attendre à ce que l‟épilogue contienne la condamnation morale attendue. Mais ce colloque universitaire est une autre occasion pour Margaret Atwood d‟exercer son ironie, de dénoncer l‟absurdité et la futilité de certains universitaires qui s‟engagent dans des analyses bornées, cliniquement sceptiques de choses inadéquates et d‟inepties, et, sous couvert d‟objectivité, passent à

    côté des questions essentielles, des vrais problèmes. Au passage, elle fait donc une satire des critiques qui délaient des théories sur des textes littéraires ou historiques sans authentiquement reconnaître ou expérimenter les émotions qui y sont exprimées, qui circonviennent les problèmes, classent des données, édifient d‟astucieuses hypothèses servies dans un jargon rituel et à la mode, sans qu‟aucune illumination inspirée ne sorte jamais de leurs efforts. Mais elle démontre aussi sobrement que, quand un critique ou un érudit (et par extension un lecteur) évite, sous le prétexte d‟objectivité scientifique, de prendre une position morale ou politique sur un problème d‟une importance cruciale, tel que le totalitarisme, il deviendra nécessairement un défenseur du mal. Ce roman, où l‟autrice lutte contre un présent imparfait et contre un avenir dominé par l‟horreur, où elle incite à la vigilance, où elle en appelle aux valeurs de la tolérance, de la compassion, où sont perpétuellement opposés la vérité et le silence (le mensonge n'étant pas le pire ennemi de la vérité), la cupidité et l'altruisme, la dépravation et la naïveté, a donc une portée universelle.

    Destinée de l‟oeuvre

    Avec “La servante écarlate”, qui est sans doute son roman le plus accompli, Margaret Atwood obtint un succès exceptionnel tant auprès de la critique que du public. Le roman a reçu le prix du gouverneur général, le prix littéraire du Commonwealth, le prix du “Los Angeles Times”, le prix Arthur

    C. Clarke de la science-fiction. lI avait aussi été sélectionné pour le “Booker prize” (Royaume-Uni) et

    le prix Ritz-Paris-Hemingway (Paris). Il est resté sur la liste des best-sellers du New York Times”

    pendant vingt-trois semaines. Son succès a donc été international et il s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Elle est ainsi devenue l'écrivain canadien le plus connu au monde. Le roman a inspiré des adaptations.

    En 1990, Harold Pinter l‟adapta pour le cinéma, en replaçant chronologiquement les morceaux du puzzle, en élaguant au passage et, surtout, en faisant de l‟héroïne une révolutionnaire qui finalement coupait la gorge de son maître. Le film fut tourné par Völker Schlöndorff avec une distribution américaine (Natasha Richardson, Robert Duvall, Faye Dunaway, Aidan Quinn et Victoria Tennant). Mais il n‟eut pas autant de succès que le livre. C‟est quà l‟écran, sans les nuances que faisait la narratrice, cette société répressive apparaît trop manichéenne. Mais Margaret Atwood n'est pas du genre à dire qu'on a dénaturé son œuvre : ?Un film n'est pas la même chose qu'un roman et il ne

    serait pas réaliste de croire le contraire. Faire passer tout un roman dans un film? C'est impossible.?

    En 2000, le compositeur danois Poul Ruders fit jouer un opéra intitulé “Tjenerindens”, sur un livret de

    l‟Anglais Paul Bentley qui sut, avec imagination, adapter le livre à une nouvelle forme. Il transforma la structure en épisodes du roman en une série d‟environ quarante courtes scènes et coupa de nombreux détails pour se concentrer sur la tragédie personnelle de Defred. Pour dramatiser les constants passages dans le roman entre le sombre présent et le temps d‟avant Gilead, il créa le double de Defred, qui vécut à cette époque. Defred et l‟auditoire regardaient ensemble vers le passé alors qu‟elle se rappelait sa famille perdue à travers son double sur la scène. Ces couches d‟événements et l‟effondrement des temps et des lieux caractérisent cet opéra dont la musique est souvent brutale, avec des éléments ?heavy metal? et synthétiques. Il fut joué au Danemark puis à Toronto par la “Canadian Opera Company”.

     9

    André Durand

    Faites-moi part de vos impressions, de vos questions, de vos suggestions !

     Contactez-moi

     10

Report this document

For any questions or suggestions please email
cust-service@docsford.com