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alain-fournier

By Adam Rice,2014-06-24 16:19
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alain-fournier

    André Durand présente

    Henri-Alban Fournier

    dit

    ALAIN-FOURNIER

    (France)

    (1886-1914)

    Au fil de sa biographie s‟inscrivent ses œuvres

    qui sont résumées et commentées

    (surtout „Le grand Meaulnes’’).

    Bonne lecture !

    Il est né à La Chapelle d'Angillon, en Sologne, près de Bourges. Ses parents, instituteurs tous les deux, furent nommés à Épineuil-le-Fleuriel, en Berry. C'est là que se déroula l'enfance de l'écrivain, enfance heureuse auprès de parents cultivés et d'une sœur adorée : Isabelle. En 1898, ses parents

    montèrent à Paris, où en 1903, élève au lycée Lakanal à Paris, il rencontra Jacques Rivière qui préparait, tout comme lui, l'examen d'admission à l'École Normale Supérieure. Ce fut le début d'une amitié incomparable, qui donna lieu à une “Correspondance” importante (1905-1914) où il analysait

    ses goûts littéraires. Alain-Fournier échoua à l'examen, et cet échec le découragea profondément. Il se tourna vers le journalisme, collabora à diverses revues dont la N.R.F..

    Écrire était sa passion. Il admirait Maeterlinck, Jammes et surtout Jules Laforgue dont l'influence sur sa poésie fut importante : un recueil de poèmes, “Miracles”, fut publié posthume (1924). Mais il se fit

    connaître de son vivant par la publication d‟un roman dont, à l‟âge de dix-huit ans, il parlait déjà ?le

    portant dans sa tête depuis trois ans au moins? :

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    “Le grand Meaulnes”

    (1913)

    Roman de 300 pages

    À Sainte-Agathe, un village français, à la fin du siècle dernier, le narrateur, François Seurel, le fils de l'instituteur, un adolescent un peu rêveur, mène une existence paisible et routinière dans les bâtiments de l'école qu'il habite avec ses parents. Un jour, Augustin Meaulnes, conduit par sa mère, vient s'inscrire comme pensionnaire à l'école. François partage désormais sa chambre avec le

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nouveau venu. Très rapidement, ?le grand Meaulnes?, ainsi baptisé par les autres écoliers, s'affirme

    comme une personnalité profondément originale et fantasque, exerçant une véritable fascination sur ses camarades et, en particulier, sur François. Un matin d'hiver, Meaulnes réussit à s'attribuer le privilège, convoité par tous, de se rendre à la gare en voiture attelée pour attendre les grands-parents de François. L'attelage revient seul, Meaulnes a disparu. Il revient deux jours plus tard, harassé, semblant porter en lui-même un lourd secret, qu'il finit par livrer à François.

    S'étant égaré, il a découvert un domaine mystérieux peuplé d'enfants et de paysans costumés. Une petite fête s'y préparait pour accueillir Frantz de Galais et célébrer ses fiançailles avec une jeune fille qu'il devait ramener de la ville. Meaulnes revêtit un déguisement, participa à une promenade en bateau durant laquelle il fit la connaissance d'Yvonne de Galais, la sœur de Frantz. Il tomba

    éperdument amoureux d‟elle. Mais, brusquement, la fête tourna court. Frantz revenu seul, désespéré, sans la fiancée qui ne voulait plus l'accompagner, tenta de se suicider, avant d'être recueilli par des bohémiens.

    Son récit terminé, Meaulnes confie à François son désir impérieux de retrouver le domaine mystérieux et la jeune femme, Tous deux consultent la carte de la région, mais il leur manque des indices pour localiser l'endroit. C'est un bohémien, de passage à Sainte-Agathe, qui aide Meaulnes à situer le domaine. Il révèle son identité : il est le frère d'Yvonne. Frantz apprend également à Meaulnes que sa sœur vit à Paris. À la demande de Frantz, les trois adolescents concluent un pacte d'amitié : au premier appel convenu, chacun volera au secours de l'autre en difficulté. Meaulnes quitte Sainte-Agathe pour aller terminer ses études à Paris, mais, en fait, dans le but de retrouver Yvonne. Il apprend, de la bouche d'une jeune fille qui semble également guetter quelqu'un, qu'Yvonne est mariée et a quitté Paris. Meaulnes envoie à François des lettres désespérées. En vacances chez son oncle à quelques kilomètres de Sainte-Agathe, François rencontre Yvonne de Galais ; elle n'est pas mariée, vit avec son vieux père dans leur propriété délabrée. François prie immédiatement Meaulnes de revenir, et une fête est organisée pour permettre aux jeunes gens de se retrouver. Mais, malgré les retrouvailles, Meaulnes est sombre, comme absent. Quelque chose l'empêche d'être heureux avec Yvonne. Des fiançailles et le mariage sont quand même décidés ; mais, la nuit même des noces, l'appel de détresse de Frantz retentit et Meaulnes s'y rend, laissant sa jeune épouse seule et inquiète. Les mois passent. Meaulnes ne donne aucun signe de vie. François soutient Yvonne, enceinte et mal portante. À la lecture de son journal intime, il découvre le secret de son ami : à Paris, Meaulnes a vécu avec une jeune fille, Valentine, qui n'était autre que la fiancée de Frantz, mais il l'a appris trop tard. Tout s'éclaire pour François : à l'appel désespéré de Frantz, Meaulnes devait répondre et aller à la recherche de sa fiancée et la lui rendre, afin de pouvoir vivre son propre bonheur avec Yvonne. Celle-ci meurt en couches, François élève la petite fille de Meaulnes jusqu'au retour de celui-ci qui a enfin réuni Frantz et Valentine. Meaulnes ne vivra désormais plus que pour sa fille.

    Commentaire

    “Le grand Meaulnes” est à la fois une œuvre autobiographique et une aventure initiatique rendant avec justesse une atmosphère, un état d‟âme, campant avec sensibilité des lieux, des personnages, des sentiments, inspirés directement de la vie de l'auteur. François Seurel, Augustin Meaulnes, Frantz de Galais sont trois facettes du même personnage principal qui est tour à tour le petit écolier studieux de Sainte-Agathe, l'adolescent fantasque et rêveur et l'être meurtri et déchiré par qui le drame s'introduit dans l'histoire. Yvonne de Galais et Valentine représentent des femmes que l'auteur a connues. La première est Yvonne de Quièvrecourt, dont la rencontre a marqué à jamais le jeune écrivain, mais cet amour était impossible puisqu'elle était mariée. La seconde est en réalité Jeanne, auprès de qui Alain-Fournier tenta vainement de se consoler. Quant aux lieux, Sainte-Agathe (Épineuil-le-Fleuriel), la rivière, la Ferté d'Angillon (La Chapelle d'Angillon), ils sont minutieusement décrits comme si l'auteur avait voulu fixer à tout jamais ses lumineux souvenirs d'enfance. Le grand Meaulnes” continue de toucher les sensibilités car le lecteur y retrouve les soirées en famille, l'attente des jours de fête, l'atmosphère d'une école, la douceur des promenades à la campagne, dans le soleil ou dans la neige, l‟évocation du paradis perdu de l‟enfance, la méditation sur

    le bonheur. Oeuvre fine, imprégnée de symbolisme, qui mêle habilement réalisme et rêverie,

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merveilleux, c'est surtout le récit d‟une fugue sur les grand-routes de l‟imaginaire, le récit d'un

    passage fondamental : celui de l'enfance heureuse et paisible à l'adolescence où tous les rêves sont possibles, mais aussi tous les déchirements, les angoisses, les engagements sans restriction dans l'amitié, l'amour fou ; passage à l'âge adulte qui se fait mal, comme si l'auteur ne l'acceptait pas. Sa mort précoce en a arrêté l'élan.

    Certains critiques ont décelé dans l'œuvre un itinéraire quasi mystique, en ce sens que l'amour humain serait profondément insatisfaisant et irréalisable et que l'être humain aspirerait toujours à un ailleurs ou à un Dieu. Alain-Fournier a exprimé la ?peur de voir s'évanouir bientôt entre ses mains ce

    bonheur inouï qu'il tenait si serré, tentation terrible de jeter irrémédiablement à terre, tout de suite, cette merveille qu'il avait conquise?.

Le livre rencontra un succès immédiat, manqua d‟une voix le Goncourt en 1913, devint un roman culte.

    En 1967, il fut adapté au cinéma par Jean-Gabriel Albicocco avec Brigitte Fossey, Jean Blaise, Alain Libolt, le scénario ayant été écrit par Isabelle Rivière, la propre soeur de l‟écrivain. Aussi le roman fut-

    il traité avec respect, réellement et féériquement mis en images, toute sa magie et son romantisme ayant été saisis, avec en particulier un travail exceptionnel sur la couleur. Suivant le tragique destin de Meaulnes et d‟Yvonne de Galais, Albicocco éteignit peu à peu les couleurs de son film, de la féerie

    multicolore et kaléidoscopique de ?la fête rêvée? à l‟inévitable surgissement de la mort. Par une utilisation évidente et parfois habile des flashes-back, fut mis en relief l‟aspect fataliste de l‟intrigue

    d‟Alain-Fournier, certaines informations données plus tard dans le roman étant déplacées, en particulier la scène où Meaulnes découvre en celle qu‟il allait épouser la fiancée de son ami Franz. Brigitte Fossey représenta bien toute la pureté et toute l‟irréalité d‟Yvonne. La beauté terreuse de

    Jean Blaise convint bien au mystère de Meaulnes et il porta dans tout le film une innocence de gamin qui semblait soudain l‟embarrasser dans les dernières scènes, où la vie le contraignait soudainement à devenir un homme.

    En 2005, le roman fut à nouveau adapté par Jean-Daniel Veraeghe sur un scénario de Jean Cosmos. _________________________________________________________________________________

En 1914, Alain-Fournier commença la rédaction d‟un nouveau roman qui resta inachevé : on n‟en a

    qu‟une soixantaine de pages, le texte de sept chapitres, une centaine d'autres faites de brouillons, de plans et de notes :

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    Colombe Blanchet

    Roman

    Dans une petite ville dévorée par les rivalités politiques, un instituteur aime la fille du maire.

    Commentaire

À celle qui lui inspira Yvonne de Galais, la seule femme capable de lui apporter ?la paix et le repos?,

    Alain-Fournier écrivait : ?C’est à vous que j’aimerais raconter „‟Colombe Blanchet’’.? Comme dans „‟Le

    grand Meaulnes’’, c‟est sur le thème de la quête éperdue de la pureté qu‟il tendait la trame de son

    écheveau. Cependant, il ne racontait plus le mystère adolescent, mais l'amour adulte. Si on retrouve, transfigurés, les souvenirs et lieux d‟enfance, on décèle surtout l‟ennui qu‟il connut alors qu‟il était à

    Mirande en garnison.

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Alain-Fournier ébaucha aussi une pièce de théâtre : La maison dans la forêt’’.

    Il eut une passion pour Madame Simone, l'une des reines du Paris 1900, qui brûlait les planches des théâtres de boulevard et collectionnait les maris, qui fut plus tard longtemps présidente du prix Femina.

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    Mobilisé dès les premiers jours de la Première Guerre mondiale, il partit en août pour le front après avoir confié à ses proches une liasse de brouillons où figurait l'injonction : ?Rien de tout ceci n'est

    écrit et ne doit être publié?. Il disparut au combat le 28 septembre 1914, dans les Hauts-de-Meuse, au sud de Verdun, avec vingt autres compagnons d‟armes. Selon le témoignage d'un soldat allemand qui

    aurait recueilli son dernier soupir, il aurait prononcé le nom de madame Simone avant de mourir. Il fut jeté dans une fosse commune. Ses restes, retrouvés et identifiés en 1991 par des archéologues, après quatorze années de recherches, ont été inhumés en 1992 dans la nécropole nationale de Saint-Rémy-la-Calonne (Meuse).

Il reste pour le public l'écrivain d'un seul livre, „Le grand Meaulnes‟‟, classique scolaire entre tous,

    grâce auquel chaque Français a un peu le sentiment d'avoir passé, comme Henri-Alban Fournier, une enfance en blouse grise dans l'école d'Épineuil-le-Fleuriel, le Sainte-Agathe du roman, dans le Berry. On le confond souvent avec son personnage, mais sa figure est infiniment plus complexe, et moins évanescente, que ne l'a fixée l'image d'Épinal née d'une lecture hâtive de son roman.

    André Durand

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