DOC

FONDS DES NATIONS UNIES

By June Reed,2014-08-29 13:41
7 views 0
FONDS DES NATIONS UNIES

    Association Congolaise de Lutte Ministère de la Promotion Fonds des Nations Unies pour

    contre la Violence à l'égard des de la Femme et de l'Enfance

    UNICEF Femmes et Filles l’Intégration de la Femme

    au Développement ACOLVF

    MPFIFD

    VIOLENCES SEXUELLES DANS LE POOL

    AU-DELÀ DES PRÉJUGÉS

    Auteurs:

     Alfred NKODIA, géographe-planificateur, chercheur à l’UERPOD

     Véronique Goblet, anthropologue, consultante UNICEF, Congo

    Brazzaville

    Brazzaville, Octobre 2007

Préface

Sommaire

Préface .............................................................................................................................................. 2

    Remerciements ................................................................................................................................. 4

    Résumé ............................................................................................................................................. 5

    Chapitre 1: Contexte et cadre méthodologique ............................................................................... 7

    1.1. Contexte ....................................................................................................................................... 7

    1.2. Cadre méthodologique .................................................................................................................. 8

    Chapitre 2: Typologie et ampleur des violences sexuelles........................................................... 11

    2.1. Types de violences sexuelles connues .........................................................................................11

    2.2. Définitions locales des violences sexuelles...................................................................................11

    2.3. Ampleur des violences sexuelles ..................................................................................................12

    Chapitre 3: Profil des victimes de violences sexuelles ................................................................. 14

    3.1. Variables socio-démographiques et physiques des victimes .........................................................14 3.2. Variables liées aux circonstances de vie des victimes au moment de l'agression ..........................17 3.3. Variables liées aux comportements, attitudes et pratiques (CAP) des victimes ...........................20 Chapitre 4: Profil des agresseurs sexuels ..................................................................................... 21

    4.1. Variables socio - démographiques des agresseurs .....................................................................21 4.2. Variables liées aux circonstances de l’agression ..........................................................................22 4.3. Variables liées aux comportements, attitudes et pratiques (CAP) des agresseurs .........................23 Chapitre 5: Capacité des victimes de chercher un recours après l'agression............................. 24

    5.1. Recours familial ...........................................................................................................................24

    5.2. Recours médical ..........................................................................................................................27

    5.3. Recours juridique et judiciaire ......................................................................................................32

    5.4. Recours communautaire ..............................................................................................................38

    Chapitre 6: Recommandations des communautés pour la prévention et la lutte des violences

    sexuelles ......................................................................................................................................... 40

    6.1. Au niveau de l’Etat .....................................................................................................................40 6.2. Au niveau communautaire ............................................................................................................40

    6.3. Au niveau familial et individuel .....................................................................................................41

    Conclusion ...................................................................................................................................... 42

    Bibliographie ................................................................................................................................... 43

    Annexes .......................................................................................................................................... 44

    Annexe 1 : Structures intervenant dans les violences sexuelles dans le Pool ......................................44 Annexe 2 : Supports de collecte de données pour l'enquête sur les violences sexuelles dans le Pool..56

Remerciements

Nous tenons à exprimer nos remerciements à:

    - Monsieur BIYEKELE Marius, Chef du Programme Protection à l'UNICEF, pour la

    confiance qu’il nous a faite.

    - Mme BOTAKA MENGA Louise Thérèse, Directrice générale de la Promotion de la

    femme, pour son implication aux fins du bon déroulement de cette étude.

    - Mme NGOULOU Micheline, Présidente de l'Association Congolaise de Lutte contre les

    Violences à l’égard des Femmes et Filles (ACOLVF), dont l'aide nous a été précieuse

    grâce à son implication dans la coordination de cette étude et à sa connaissance

    approfondie de la question de violences sexuelles.

    Nous tenons à remercier également les autorités politico-administratives du Pool, à commencer par Monsieur le Préfet, dont le Directeur de cabinet nous a utilement orienté sur la réalité des localités et messieurs les Sous-préfets de Kinkala, Boko, Mindouli et Kindamba.

    Ce travail a bénéficié du concours de:

    1) BIKINDOU-BOUEYA Euloge, Sociologue - démographe, membre de l’UERPOD;

    2) MOUYEDI Sylvain, Statisticien, membre de l’UERPOD

    3) MAHOUKOU Omer et NGOULOU Vianney, facilitateurs des groupes focaux et pour

    leur aide dans la saisie des données

    4) MAYINGANI Isabelle et KOUBA Lili, qui ont assuré le dépouillement et la codification

    des données

    5) NTSIKOUBAKA Nadège Yasmine, Secrétaire de l’UERPOD, qui a eu la charge de saisir

    les manuscrits de ce rapport

    6) Les enquêtrices: Sœur BANZOUZI BATIA Armandine, NGANGOULA Elisabeth,

    Prince BAMANIKA, MATONDO Denise Estelle Bienvenue, SANTOU Rochelle,

    BENABIO Albertine, MOUSSOKI BANZOUZI Mireille, TANDOU SAMI Clevie,

    MILANDOU Clémentine, NKENDA Ella Yollande, NTOMBO Marguerite,

    MAMONEKENE Evelyne, MAKANDA Philomène et DOFFI Anne Mavie.

    7) Les superviseurs des enquêtrices: BAYIRIKILA Rose, MOUNDELE Jacqueline,

    SANGOU Farèle, NSONA Sylvie Simone

Résumé

    Cette étude portant sur les violences sexuelles dans le Pool, ce département toujours secoué par les conflits politico-militaires, a été réalisée dans quatre districts tirés au sort parmi les treize du département: Kinkala, Boko, Mindouli et Kindamba. Le travail de terrain a duré un mois et a été relativement difficile, vu le manque relatif de sécurité et le mauvais état des voies de communication. Les données ont été collectées à l'aide de techniques quantitatives et qualitatives, à savoir l'enquête individuelle, avec un questionnaire semi-fermé, pour les filles et femmes dans les ménages, et les groupes focaux composés respectivement d'hommes ou de femmes, jeunes ou adultes, des quatre localités sélectionnées. Le croisement des deux types de données a permis de questionner les principaux stéréotypes liés aux violences sexuelles.

    Selon l'enquête, la violence sexuelle la plus citée est de loin le viol (358/398 cas). Cependant, les informants ont aussi cité les mutilations sexuelles (35/398 cas), les violences sexuelles conjugales (3/398 cas) et le harcèlement sexuel (2/398 cas). Contrairement aux deux premiers types de violences sexuelles, ces deux derniers types n'ont pas encore d'appellation locale propre, ce qui prouve le caractère récent de leur reconnaissance.

    Seize pour cent des femmes enquêtées (63/400 personnes) ont reconnu avoir été victimes de violences sexuelles. Ce pourcentage de victimes est probablement très sous-estimé par rapport à la réalité, car, d'une part, seuls le viol et la tentative de viol ont été reconnus comme agression; d'autre part, la honte qu'entraîne cette violence complètement tabou, et donc la nécessité de se protéger, a très probablement limité le nombre de victimes qui se sont dévoilées. D'ailleurs, 45% des femmes enquêtées (198/400 personnes) déclarent connaître une ou plusieurs victimes de violences sexuelles dans le Pool, ce qui nous amène à un effectif de 261 victimes signalées au cours de l'enquête pour le département, effectif probablement surestimé car certaines victimes ont pu être identifiées par plusieurs personnes à la fois. Les agressions sexuelles reconnues et déclarées ont été perpétrées, par ordre décroissant d'importance, dans les localités de Kinkala (dans 35% des cas), Mindouli (dans 27% des cas), Boko (dans 21% des cas) et Kindamba (dans 14% des cas).

    Toutes les filles sont à risques de devenir victimes de violences sexuelles, et pas seulement celles qui provoquent les hommes (habillement et attitudes provocantes, habitudes dangereuses telles que sortir la nuit, dans les bars, boire de l'alcool et utiliser des fétiches), comme le prétendent la plupart des gens. Cependant, le profil - robot des filles qui sont le plus souvent victimes de violences sexuelles est une jeune fille ou jeune femme, belle, célibataire et moyennement éduquée, qui vit sous la tutelle et dépendance économique familiales, dans une localité d'une certaine importance et peu enclavée, mais perturbée par les conflits armés. Sa principale activité quotidienne requiert qu'elle se déplace souvent par des chemins relativement isolés, travaille dans des endroits retirés (champs, brousse) ou désertés (domicile), ou encore fréquente l'école. Le profil des agresseurs sexuels questionne aussi les stéréotypes d'agresseurs comme des hommes en uniforme ou autres personnes en possession d'une arme à feu, ou encore comme des gens socialement marginaux (drogués, alcooliques, obsédés sexuels, sans travail, utilisant la magie). En fait, il s'agit souvent de ?gens comme tout le monde?, qui profitent des occasions, entraîné par un groupe ou en l'absence de la mère d'une fille ou femme vivant sous ou près de son toit. Le portrait robot d'un agresseur sexuel est celui d'un jeune adulte, appartenant à la société civile, verbalement agressif ou persuasif, et sensibles à l'effet de groupe. Il n'a pas souvent de liens sociaux avec sa victime, mais quand il en a, il s'agit surtout d'un voisin ou d'un parent, parfois d'un enseignant.

    La plupart des gens sont persuadés que la plupart des victimes de violences sexuelles gardent le silence, à cause de la honte provoquée par une telle agression. En fait, selon notre enquête, plus

    de 90% d'entre elles ont informé leur famille afin que celle-ci l'aide pour une justice directe contre l'agresseur (coups, jet de sort) ou pour un règlement à l'amiable avec l'agresseur et/ou sa famille. Les victimes qui n'informent pas leur famille sont généralement celles qui en sont les plus dépendantes socialement et financièrement, car elles risquent des représailles, telles que le divorce, le renvoi de la maison ou de l'école, la victimisation, les coups et/ou la coupure des vivres. Elles sont le plus souvent des petites filles ou vieilles femmes, qui ont de proches liens sociaux avec leur agresseur, vivent au domicile parental ou conjugal et sont dépendantes de leur famille pour leur scolarité, mariage et/ou subsistance.

    Moins d'une victime sur deux a eu recours à un service médical, et lorsqu'elle a cherché recours, c'est le plus souvent dans un hôpital qui lui a offert un examen médical, un certificat médical et un traitement curatif et préventif. Les facteurs qui expliquent qu'une victime n'ait pas recours à ce type de services sont, pour des raisons évidentes, liés, premièrement à l'existence, qualité et gratuité de ces services; deuxièmement, au niveau de risques de séquelles suite à l'agression; et troisièmement, au niveau de dépendance financière de la victime par rapport à sa famille. C'est ainsi que le profil de la victime qui recoure le moins à un service médical est une adolescente ou femme adulte, victime de tentative de viol, qui vit au domicile parental ou conjugal, en temps de conflits, dans une localité mal desservie par des services de prise en charge gratuits ou à prix réduit, mais de qualité.

    Environ une victime sur quatre recoure à un service judiciaire, le plus souvent à la gendarmerie, ensuite à la police et enfin à l'armée. Les victimes qui cherchent ce recours espèrent ainsi que l'agresseur soit emprisonné, leur verse une indemnisation et finance leur prise en charge médicale. Ces services le plus souvent offrent une médiation pour un règlement à l'amiable. Les victimes qui ne recourent pas à ce type de services sont celles qui ont le moins de chance que leur plainte aboutisse, à savoir: les femmes adultes de plus de 25 ans, qui ne jouissent pas d'un soutien conjugal, vivent en temps de durs conflits, dans une localité mal desservie par les infrastructures judiciaires et qui ont été victimes d'une tentative de viol collectif, par des jeunes adultes en uniforme ou alors armés, qu'ils soient ou non en uniforme.

    Finalement, bien que ces données soient surtout issues des groupes focaux et ne soient donc pas quantifiables, il semble que certaines victimes de violences sexuelles recourent aux services communautaires proposés par le chef de quartier ou de village (pour le règlement à l'amiable), l'église (pour la purification) ou le féticheur (pour le jet de sort). Ces différents types de services, qui tirent leur force de la tradition, permettent, symboliquement ou réellement, de préserver une certaine confidentialité et un équilibre social, de purifier la victime de sa honte et de limiter la récidive chez les agresseurs sexuels.

    Du point de vue programmatique, les résultats de cette étude nous offre une aide précieuse pour élaborer des programmes qui favorisent les changements de comportement par rapport aux violences sexuelles. En effet, au niveau de la prévention et de la sensibilisation, les variables du profil des victimes et de celui des agresseurs peuvent être utile, tant pour segmenter les audiences que pour élaborer le contenu de messages pertinents pour la communication. Au niveau des services de prise en charge des victimes de violences sexuelles, les variables expliquant la capacité des victimes de chercher recours nous donne des pistes sur ce qui motive les communautés à utiliser un service qu'il soit familial, médical, juridique/judiciaire ou communautaire.

Chapitre 1: Contexte et cadre méthodologique

    1.1. Contexte

    Le département du Pool, communément appelé ? le Pool ?, est situé au sud ouest du pays. Celui-ci est traversé par une crise politico - militaire qui dure déjà depuis plus d’une décennie. Bien

    qu’entrecoupées de périodes d'accalmie, ces vagues de violences armées ont eu de graves

    conséquences pour la région toute entière, comme pour le pays.

    Le Pool est une région fortement rurale qui longtemps a été le grenier du pays. Aujourd’hui, cette région peine à nourrir ses propres enfants. Les champs ont été désertés, et la chasse, en raison de la forte déforestation, est devenue une activité marginale. L’élevage bovin qui, naguère, faisait sa fierté, est aujourd’hui quasi réduit à néant, les conflits ayant décimé ces importants cheptels congolais. La pénurie alimentaire se fait maintenant sentir. En effet, les routes complètement défoncées et non entretenues, permettent difficilement de transporter le peu de production locale vers la ville. Aujourd'hui, ce problème est en voie de résolution car le (ré)aménagement des principales routes du Pool est en cours.

    D'autre part, selon Caritas (2004), 72% des infrastructures du Pool ont été détruites durant le conflit de 2002-2003 et de nombreux centres éducatifs et de santé sont restés fermés depuis 1998. Le Pool est donc aujourd'hui une région fortement enclavée et affaiblie.

    Cette région a aussi été et est toujours une région dans laquelle les violences sexuelles commises sur les filles et les femmes ont atteint une dimension particulière, du fait du désordre et de l’insécurité qui y règnent depuis à peu près une décennie.

    En effet, le Pool connaît ses premiers affrontements armés en 1998, lorsque le Pasteur Ntoumi, avec sa troupe de ?Ninja?, entre en rébellion contre le gouvernement et prend comme base le Pool. Après une année d’intenses affrontements, vient l’accalmie suite à plusieurs accords de "normalisation, pacification et réconciliation", à savoir: la signature des Accords de cessation des

    hostilités entre les parties en conflit (décembre 1999), le Dialogue national (mars 2001), la cérémonie de la "flamme de la paix" au cours de laquelle les "armes de la honte" sont brûlées et

    enfin les élections présidentielles (mars 2002).

Les populations qui avaient fui le Pool, commencent alors à y retourner. Malheureusement, peu

     après les présidentielles de 2002, le Poolbascule à nouveau dans un conflit, qui est, pour ce

    département, le plus long et le plus dévastateur et qui a causé le déplacement d'environ 147.000 personnes, soit toutes les familles des six districts les plus touchés (Caritas, 2004). Le Pool est

    alors coupé du reste du pays. Et bien qu'il ait 6 représentants sur 14 à l'Assemblée Nationale, il n’a pas de Conseil départemental, et donc pas de sénateurs.

    Les nouveaux accords de cessation des hostilités, signés le 17 mars 2003, entre le gouvernement et le pasteur Ntoumi, vont progressivement réduire les affrontements armés. Mais, ce processus de paix est de nouveau compromis en 2004, suite aux conditions requises par le leader de la rébellion pour le désarmement de ses troupes, conditions qui seront rejetées par le gouvernement. Le modus vivendi qui s’établit par la suite entre les militaires et les rebelles est si instable que la sécurité des populations ne peut être assurée.

Récemment, entre le 6 et le 8 juin 2007, s'est tenue à Kinkala une cérémonie de "Concertation

    citoyenne", au cours de laquelle les armes des rebelles ont été publiquement brûlées et un engagement pour la paix a été réaffirmé entre le Pasteur Ntoumi et le Gouvernement. Cependant, la situation sécuritaire est toujours fragile et le Pool reste en état d'urgence.

    Les violences sexuelles, qui se multiplient généralement en temps de conflit, semblent constituer un problème particulièrement sérieux dans le Pool. On a cependant très peu de données sur le sujet. Le seul rapport existant est celui réalisé en 2001 à Kinkala, dans le cadre d'une étude nationale sur les violences sexuelles au Congo en temps de conflits, étude sponsorisée par le Ministère de la Santé, de la Solidarité, de l'Aide Humanitaire et le FNUAP.

    C’est pour pallier à ce manque de connaissance que le Fonds des Nations unies pour l’Enfance (UNICEF), en partenariat avec l'Association Congolaise contre les Violences faites aux Femmes et aux Filles (ACOLVF), et sous le patronage du Ministère de la Promotion de la Femme et de l'Intégration de la Femme au Développement, a initié la présente étude. Cette recherche, qui s’inscrit dans le cadre du projet national de ?Lutte et protection des violences sexuelles au Congo?, a été réalisée pour identifier et d’explorer les variables majeures du phénomène des violences sexuelles dans ce département, et cela en vue d'élaborer des stratégies plus performantes pour la réduction de leur incidence.

    1.2. Cadre méthodologique

    1.2.1. Objectif de l'étude

    Cette étude, dont la population cible sont les filles et les femmes du Pool, a pour objectif général de faire un état des lieux de la situation des violences sexuelles dans le Pool. Spécifiquement, il s’agit de déterminer:

     le niveau de connaissance et d'expérience des violences sexuelles par les populations

    enquêtées

     le profil des victimes de violences sexuelles

     le profil des agresseurs sexuels

     la capacité des victimes de chercher certains types de recours après l'agression 1.2.2. Approche et techniques d’investigation.

    Cette recherche allie méthodologie qualitative et quantitative. Deux techniques de collecte des données ont été utilisées:

     l’enquête individuelle, directe, d'une part, avec des filles et femmes (minimum 13 ans)

    dans les ménages, et d'autre part, avec les coordinateurs des structures de prévention et de

    lutte contre les violences sexuelles,

     le groupe focal avec 4 groupes cibles: jeunes hommes, jeunes filles, femmes adultes,

    hommes adultes.

    Les données issues de ces sources primaires ont été complétées par celles issues de sources secondaires, c'est-à-dire les rapports provenant des structures intervenant dans la prévention et la lutte contre les violences sexuelles.

    1.2.3. Échantillonnage

    L’échantillonnage n'a pas été réalisé au hasard, car les données de base, indispensables pour un

    échantillonnage statistique fiable, sont inexistantes, à savoir:

    ; Un recensement récent de la population du Pool. Le dernier recensement complet, en date, est

    de 1996. Un nouveau recensement est cependant en cours.

    ; La prévalence des violences sexuelles dans le Pool. La seule étude existante pour la région est

    celle réalisée à Kinkala en 2001. Cependant, ses données ne sont pas représentatives du Pool,

    ni même de Kinkala, car de nouveau son échantillon n'est pas statistique.

    Il en résulte que, si cette enquête nous donne de précieuses indications sur les caractéristiques des violences sexuelles dans les quatre districts enquêtés, les résultats ne peuvent, en aucun cas, être considérés comme ?représentatifs? de l'ensemble du département du Pool, ni même des quatre localités enquêtées.

    Un échantillonnage non probabilistique a donc été réalisé aux trois niveaux suivants: les localités, les ménages et les participants aux groupes focaux. Pour chaque niveau, un quota a été déterminé afin d'avoir une bonne balance des unités d'études et des catégories relevantes.

    Pour les institutions de prévention et de lutte contre les violences sexuelles, il n'y a pas eu besoin d'échantillonnage, car celles-ci sont relativement peu nombreuses, si bien que l'équipe a pu avoir une entrevue avec un responsable de chacune de ces institutions.

    1.2.3.1. Les localités

    Il a été décidé d'enquêter dans quatre des treize districts que compte le département du Pool. Ces quatre districts ont été tirés au sort. Il s'agit de Kinkala, Mindouli, Boko et Kindamba, des districts qui couvrent relativement bien le centre et le sud du Pool. Aucun district du nord n'a été sélectionné par le fruit du hasard.

    1.2.3.2. Les ménages

    Pour la taille de l’échantillon des ménages, un choix raisonné de 200 ménages a été fait, à raison de 50 ménages par district. Dans chaque ménage, il a été décidé de réaliser une enquête avec deux femmes: l’épouse du chef de ménage ou la chef de ménage et une fille vivant dans le

    ménage ayant entre 13 et 20 ans. Cependant, si dans le ménage se trouvait une victime de violences sexuelles, qui a des liens avec ce ménage, mais qui n’est ni l’épouse ni l’un des enfants du ménage, elle a été prise automatiquement, en plus des deux filles/femmes ciblées.

    Les parcelles ont été enquêtées selon la méthode des itinéraires, à partir du domicile du chef de quartier, en progressant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, en excluant les deux parcelles venant immédiatement après la parcelle enquêtée.

    1.2.3.3. Les groupes focaux

    Les groupes sélectionnés pour les discussions focales l'ont été selon deux types de critères: ; le sexe: homme / femme

    ; l'âge: jeunes, entre 13 et 20 ans / adultes, entre 25 et 40 ans.

    Bien que ce soit les filles et femmes qui soient les principales victimes de violences sexuelles, il nous a semblé intéressant d'inclure les hommes dans les discussions focales, afin de pouvoir contraster leurs opinions avec celles des femmes, sur les caractéristiques des violences sexuelles dans leur localité.

    Dans chaque chef-lieu de district, 4 groupes focaux ont été réalisés, à savoir un avec chacun des groupes sélectionnés: un groupe de jeunes filles, un de jeunes hommes, un de femmes adultes et un d’hommes adultes. Chaque groupe comptait entre 6 et 12 personnes et a été modéré par un

    membre de l'équipe de recherche.

1.2.4. Supports d’enquête

    Trois supports d’enquête ont été utilisés pour la collecte des données. Il s’agit d' un questionnaire,

    semi-ouvert pour les ménages, d'un guide de discussion pour les groupes focaux et d'un guide d’entretien pour les structures de prévention et de lutte contre les violences sexuelles.

    Le questionnaire pour les ménages a été testé dans le Pool, à Nganga Lingolo, district de Goma Tsé-tsé, afin d’assurer une bonne compréhension et une terminologie appropriée des questions et des réponses fermées.

    Le guide de discussion pour les groupes focaux a lui aussi été testé, lors d'une pratique sur cette technique qualitative de collecte de données, à l'école Chaminade de Brazzaville, avec des groupes de jeunes garçons et jeunes filles, du niveau lycée.

    Ces deux supports de collecte de données, rédigés en français, sont présentés en annexe. Cependant, il est important de noter que, à la demande des informants, une grande partie des enquêtes et groupes focaux se sont tenus en ?lari?, la langue la plus répandue dans le Pool. 1.2.5. Traitement et analyse de données

    Le traitement des données s’est fait avec le logiciel SPSS, pour les résultats du questionnaire, et

    manuellement, pour les résultats des groupes focaux.

    1.2.6. Difficultés rencontrées sur le terrain

     Le travail sur le terrain a duré environ un mois, mais s'est révélé

    particulièrement ardu pour des raisons avant tout de logistique: difficultés de déplacements

    entre les localités, peu de disponibilité des personnes enquêtées en milieu rural (elles sortent

    tôt le matin pour ne revenir que le soir, s’occuper de leurs activités domestiques), faible

    qualité des agents enquêteurs, mauvaise tenue des archives des institutions et manque de

    collaboration avec certaines ONG internationales opérant dans le département.

Report this document

For any questions or suggestions please email
cust-service@docsford.com