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Fernand Grenier - Au pays de Staline

By Eleanor Olson,2014-08-29 13:25
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Fernand Grenier - Au pays de Staline

    VIVE LE

    MARXISME-LENINISME-MAOÏSME !

    _____________________________________

    FERNAND GRENIER

AU PAYS DE STALINE

    ? C'est au bord de la Neva, de la Vistule et de la Volga que se décide en ce

    moment le sort de l'Europe nouvelle et de l'humanité future... ?

    ? Nos pères de 89 ont enseigné à l'Europe la révolution bourgeoise et voici

    qu'en retour, les prolétaires russes nous donnent des leçons de révolution

    sociale. ? (Anatole France, 1905)

    ? Le cœur battant, je pénétrai dans ce monde nouveau, voulu par les

    travailleurs et façonné par eux. ? (Maurice Thorez, Fils du peuple.)

    Sommaire :

    Chapitre I Premier contact (p. 2)

    Chapitre II Rattraper et dépasser (p. 5)

    Chapitre III Le socialisme à la campagne (p. 12)

    Chapitre IV Le niveau de vie (p. 20)

    Chapitre V L'homme nouveau dans un monde nouveau (p. 28)

    Chapitre VI Deux géants de la pensée et de l'action (p. 31)

    Chapitre VII Du passé, faisons table rase (p. 45)

    Chapitre VIII Oui... mais la liberté ? (p. 53)

    Chapitre IX Le bastion de la paix (p. 60)

    Chapitre X L'U.R.S.S. et la France (p. 67)

    Chapitre XI L'antisoviétisme contre la France (p. 78)

    Chapitre XII Le devoir (p. 98)

    Chapitre XIII En manière de post-scriptum (p. 102)

    Chapitre I Premier contact

    C'était le 3 novembre 1933. Depuis près de quarante heures, le rapide nous emportait vers la Russie soviétique. Nous c'étaient des ouvriers et des paysans de France mandatés pour ? aller voir ce qui s'y passe ? et dont le voyage avait été payé, franc par franc, par d'autres ouvriers ou paysans. Nous étions vingt. Il y avait des métallos parisiens : un délégué de chez Lavalette (une usine de Saint-Ouen), intelligent mais râleur ; un deuxième, anarchiste, tourmenté, rêveur d'absolu, envoyé par les ouvriers de l'usine Hotchkiss de Saint-Denis ; un troisième de chez Citroën à Clichy, un peu hâbleur. Des gars du Nord : un docker de Dunkerque, infatigable joueur d'harmonica, un jeune de Boulogne-sur-Mer, insouciant et gamin au possible. Un ouvrier de la chaussure de Romans, au tempérament ? anar ?,

    lui aussi, trouvant toujours un malin plaisir à contredire, mais qui devait souscrire un mois plus tard, et le plus généreusement, à l'emprunt du second plan quinquennal. Un métallurgiste de Marseille au nom chantant de Paniate, mais qui, peu loquace, faisait mentir la tradition qui veut que le Marseillais soit conteur d'anecdotes et toujours boute-en-train. Un infirmier de Paris qui avait beaucoup lu et, surtout, beaucoup retenu. Et puis un magnifique groupe de paysans : un jeune ouvrier agricole du Loir-et-Cher, Robert Paumier, volontaire, ardent, qui devait devenir à son retour un des meilleurs propagandistes des ? Amis de l'U.R.S.S. ? ; le père Creuzier, de l'Allier, dont la barbe fleuve devait connaître un beau succès en U.R.S.S., surtout chez les kolkhoziens ; le Corrézien Paucard qui allait remplir de gros carnets de notes et qui s'en servirait au retour pour rédiger un gros livre ; un vigneron, maire d'une petite commune du Gard et le fameux Simon, un petit propriétaire de Carnoules, dans le Var, ? avé l'assent ?, son inénarrable bonnet de coton, ses économies placées dans un sachet dissimulé sur sa poitrine, sa lourde couverture, ses valises invraisemblables, ? comme s'il faisait un voyage autour

    du monde ? plaisantaient les autres. Pour compléter notre caravane, un grand géant aux moustaches

    de Gaulois et au nom de Moineau, originaire d'Epernay ; un délégué des coopératives, compatriote de Marcel Cachin ; un postier de Rouen ; un artisan de Cadenet, dans le Vaucluse, membre du Parti socialiste et un cheminot communiste de Lyon.

    Telle était la délégation qui, depuis deux jours et deux nuits, n'avait quitté les banquettes de bois des troisièmes classes que pour aller au wagon-restaurant, où nous faisions d'ailleurs scandale parmi les gros bourgeois allemands portant insigne à croix gammée ou les officiers polonais rutilants ; scandale parce que nos vêtements et nos allures dénotaient notre classe sociale ; scandale aussi parce que les Français, ça s'interpelle, ça raconte des histoires, ça fait toujours assez de bruit...

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    Nous avions traversé de bout en bout l'Allemagne et vu ses gares propres mais vides, ses cheminées éteintes, ses usines mortes, ses policiers nazis inquisiteurs et arrogants s une lourde atmosphère de chômage, de misère et de terreur, personne n'osant nous parler. Hitler régnait depuis près d'un an. De notre wagon, nous avions fait connaissance avec la Pologne, plaines vastes et pauvres, misérables masures des paysans groupées autour de l'écrasante église, seul bâtiment de pierres ou de briques, paysages gris et monotones. Nous arrivions enfin à la dernière gare polonaise : Stolpce. L'animation de nos compartiments s'était brusquement arrêtée : plus d'harmonica, ni de parties de belote, ni de discussions. Plus un seul d'entre nous ne ressentait encore la fatigue de deux nuits sans sommeil. Car la curiosité était également vive chez tous ces hommes qui, l'avant-veille, ne se connaissaient pas mais qu'avaient rapproché deux jours de voyage en commun. La curiosité et la joie d'arriver. Notre patience devait être mise à dure épreuve, une heure d'arrêt pour les diverses formalités de sortie du territoire polonais. Après soixante minutes d'attente, le train reprenait sa course, mais nous en avions encore pour un quart d'heure avant d'atteindre la frontière. De chaque côté de la voie, une forêt épaisse ; nous arrivions à l'extrême limite des deux pays. A nouveau un arrêt ça ne finirait donc jamais ? Les

    gendarmes polonais descendaient à même la voie, gardée de chaque côté par une sentinelle, baïonnette au canon. Nous apercevions, filant à l'horizon, à perte de vue, une double rangée de fils de fer barbelés. En face de nous, la fameuse porte d'entrée avec au fronton le drapeau rouge et les grandes lettres C.C.C.P. (U.R.S.S.). Le train enfin ! repartait lentement, et dès l'arc franchi, nous apercevions

    les premiers citoyens soviétiques : un groupe d'une douzaine de soldats vigoureux, bonnet mongol, longue capote grise et avec eux, autant de jeunes filles, dorées comme les champs d'Ukraine avant la moisson, nous souriant gentiment et nous faisant de la main un signe amical. Alors, il se passa ceci : spontanément, notre groupe entonna l'Internationale.

    Nous avions tous la gorge serrée et des larmes plein les yeux. Les soldats se mirent au garde-à-vous et, avant que nous eussions terminé, ils reprirent l'hymne, plus lentement, et leurs belles voix graves montèrent dans la nuit qui bleuissait déjà les choses et les gens.

    Le monde va changer de base...

    Nous ne sommes rien, soyons tout !

    L'émotion était à son comble. D'une voix puissante, l'un des soldats cria : ? Salut, frères! ? et nous-mêmes poussâmes un hourra retentissant... Quelques minutes plus tard, nous arrivions à Niégoréloïé : la population de la petite station frontière nous attendait avec ses pionniers, ses drapeaux, son orchestre. Le délégué des cheminots nous salua d'un vigoureux discours. ? Vous êtes ici chez vous ! ? Notre joie était telle que nous aurions embrassé tout le monde. Une heure plus tard, après un copieux repas, nous étions installés sur nos couchettes en route pour Moscou. Tel fut notre premier contact avec les bâtisseurs du monde nouveau. Cinq fois, j'ai repassé la frontière avec d'autres ouvriers, d'autres paysans. Une fois aussi avec des instituteurs et professeurs. Une autre fois encore avec des touristes. Je mentirais en disant que l'enthousiasme atteignait chez tous le même degré. Je n'ai cependant vu personne rester indifférent.

    Comment expliquer cet attrait de l'Union soviétique ? Pour les ouvriers, rien de plus simple. Ils ont le sentiment de la solidarité prolétarienne. Cette solidarité, ils l'ont apprise dès l'entrée à l'usine où il

    faut se serrer les coudes si l'on veut défendre les intérêts qui sont communs au voisin d'établi. Ils l'ont complétée dans les manifestations où l'on ne forme plus qu'un seul cœur, une seule volonté, une seule masse de combattants pour la même idée. Ce sentiment, ils l'ont ressenti souvent et profondément dans leur rude existence en versant leur obole pour les camarades en grève, en cessant le travail par solidarité pour une corporation en lutte, en se levant pour arracher au bagne les marins de la mer Noire, en allant collecter en 1920 de porte en porte pour les affamés de la Volga, en se levant pour

    protester contre l'exécution de Sacco et Vanzetti. Ce sentiment, ils l'éprouvaient intensément quand ils suivaient avec passion la lutte opiniâtre de Dimitrov contre les juges nazis de Leipzig, quand ils partaient combattre dans les brigades internationales à la fois pour la liberté du peuple espagnol et la sécurité de la France ou quand ils faisaient retentir la clameur : ? Des avions pour l'Espagne ! ?... Rien n'était plus naturel que leur enthousiasme éclatant dès leur entrée en U.R.S.S.... Ils ne s'inquiétaient pas de savoir s'ils trouveraient la perfection au pays du socialisme. Au cours de leur voyage, ils interrogeaient, ils posaient de nombreuses questions, ils critiquaient même. Mais à l'arrivée, leur premier sentiment était celui d'un frère venant rendre visite à un aîné qui s'était libéré. Ce dont ils avaient conscience à Niégoréloïé, c'est qu'ils étaient entrés dans un pays nouveau où ils ne

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    rencontreraient ni un banquier, ni un actionnaire des mines du Donetz, ni un hobereau sibérien, ni un chef de bande fasciste.

    Voilà pourquoi leur cœur battait plus vite lorsqu'ils abordaient la terre soviétique. Cette Internationale,

    ils la chantaient dans leur pays lorsqu'ils manifestaient en exigeant ? du travail ou du pain ?. Ici, ils la poussaient avec la conscience aiguë de se trouver dans la partie du globe où le monde avait changé de base. Ils se sentaient chez eux, pleinement.

    Mais j'ai vu aussi la joie gagner, dès leur arrivée sur la terre soviétique, des paysans, des intellectuels, des artisans, des employés. J'en ai vu plus d'un ne pas savoir maîtriser son émotion devant les premiers soldats rouges. C'est que nombreux étaient parmi eux les hommes épris de progrès, rêvant d'une société humaine et fraternelle. Même s'ils n'étaient pas entièrement d'accord avec le régime soviétique, ils comprenaient que le développement de l'U.R.S.S. était d'un intérêt vital pour l'humanité entière. Certains aussi, avant leur voyage, avaient étudié l'Union soviétique, ses méthodes, ses résultats et venaient sur place chercher une confirmation.

    Oui, beaucoup de ces honnêtes gens comprenaient que l'existence de l'U.R.S.S. avait changé la face du monde. Un État puissant, grand comme quarante fois la France, peuplé de cent soixante-dix millions d'hommes (avant 1939) et dont les travailleurs manuels et intellectuels avaient pris en main les destinées, demeurait un rempart, un allié solide pour tous les défenseurs du progrès social à travers le monde.

    Il y avait certes d'autres voyageurs qui se rendaient en U.R.S.S. Ceux qui y allaient pour pouvoir affirmer ? j'ai vu ? mais bien décidés, avant même leur départ, de dire le contraire de la vérité à leur retour. J'ai vu à Moscou de ces touristes qui se promenaient la nuit dans les rues de la capitale afin de découvrir à tout prix... une prostituée ! J'ai entendu dans une des plus belles maisons de repos de Crimée, véritable palais, un de ces ? pense-petit ? découvrir ce qu'il appelait une ? injustice sociale ?. Le directeur expliquait : ? Cette maison appartient au syndicat des métallurgistes de Leningrad. Chaque usine métallurgique de la ville dispose d'un nombre de places équivalentes à son effectif ? et son interlocuteur d'interroger : ? Mais si une usine dispose d'un contingent de 10 places et s'il y a 15 demandeurs, que fait-on ? ? Réponse du directeur : ? La priorité est accordée aux meilleurs ouvriers ?. L'autre : ? Ce n'est pas juste. Tout le monde doit pouvoir venir se reposer ici ! ? Le directeur : ? Les meilleurs ouvriers apportent plus à notre société que les autres ; il est juste que la société leur en soit reconnaissante. Un jour viendra où chacun pourra venir se reposer dans des maisons comme celle-ci. Mais en attendant qu'il y en ait pour tout le monde, faut-il fermer notre établissement ?... ?

    En août 1936, je rencontrais dans l'express Moscou-Leningrad une dame qui terminait son voyage et se rendait dans la ville de Pierre-le-Grand pour s'embarquer sur la Baltique à bord d'un navire soviétique à destination de Dunkerque. Une dame hargneuse, très collet monté, la méchanceté écrite sur son visage au teint bilieux. Elle maudissait tout : la lenteur du service à l'hôtel, le poulet mal cuit, le lavabo qui fonctionnait mal. Comme je n'acquiesçais pas, sa colère montait. A la fin, avec une joie mauvaise, elle trouva l'argument suprême : ? Quel pays, il n'y a même pas de chiens ! ? Ainsi, mon interlocutrice s'en retournait sans avoir prononcé un seul mot d'admiration, par exemple, devant les enfants des crèches ; elle n'avait pas été frappée par les tableaux émouvants que l'on rencontrait à chaque pas, témoignant de l'effort et de l'ascension continue d'un peuple vers le bien-être et la lumière...

    Seuls, les chiens la préoccupaient et les petites commodités que sa pauvre vie desséchée et égoïste

    n'avait pas rencontrées.

    Ces gens sans cœur étaient d'ailleurs une petite minorité. Ils faisaient illusion à leur retour, car la presse ouvrait largement ses colonnes à un témoignage tendancieux tandis qu'elle les fermait à cent

    témoins favorables.

    Ces cent dont le cœur battait à grands coups quand ils franchissaient l'arc d'accueil de Niégoréloïé...

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    Chapitre II Rattraper et dépasser

    Un jour, le conquérant tatar Genghis Khan, à la tête de ses féroces guerriers, parvint en vue d'une haute colline, près d'une petite rivière. Il décida d'y établir son camp.

    Alors que, harassés par une longue marche, ses hommes dormaient, Genghis Khan réfléchissait. Il se demandait s'il ne s'était pas trompé de chemin, s'il ne s'était pas éloigné des pistes habituellement suivies par les caravanes, s'il ne risquait pas d'être surpris par ses ennemis. Il décida donc de veiller et détacha de sa ceinture sa lourde épée. Comme il allait délicatement la poser à terre, l'épée s'échappa de sa main et se colla au sol comme si une force irrésistible l'attirait.

    A cet instant, le camp retentit d'une immense clameur. Genghis Khan vit alors tous ses hommes se débattre dans des efforts terribles, essayer vainement de se soulever et de se dégager de leurs armures de fer qui semblaient rivées au sol. Et il comprit alors que ses guerriers et lui s'étaient couchés sur cette ? montagne aimantée ? dont parlaient les vieux chefs les soirs de veillée. Il en perdit la raison... Telle est la légende qu'un soir de mai 1935, des jeunes communistes racontèrent à une douzaine de Français qui s'étaient rendus à plusieurs milliers de kilomètres de Moscou en pleine Sibérie, alors que fondaient les dernières neiges.

    Nos compatriotes n'avaient jamais entendu parler de cette fameuse ? montagne aimantée ? (Magnitnaïa) sur laquelle avait couché le féroce Genghis Khan et où des équipes de géologues soviétiques, des siècles plus tard, devaient déceler quatre cents millions de tonnes d'un minerai particulièrement riche en fer !

    A Moscou, on leur avait parlé d'une ville nouvelle surgie en moins de dix ans autour de la montagne aimantée, d'une ville de cent cinquante mille âmes : Magnitogorsk.

    Il fallait aller voir cela. Trois jours et trois nuits de chemin de fer. Qu'importe ! Et un matin, nous débarquâmes à Magnitogorsk. Nous devions y vivre trois jours d'un intérêt prodigieux.

    Il nous fallut presque une journée pour grimper au sommet de Magnitnaïa et traverser les chantiers d'extraction cependant qu'à intervalles rapprochés, les explosions de dynamite éventraient la montagne pour lui arracher sa richesse. Le panorama était d'une émouvante grandeur : soixante-dix mille kilomètres carrés plus de la moitié de la superficie de Paris! couverts de chantiers, de machines,

    d'ateliers géants, de hauts fourneaux en construction ou déjà en marche ; en arrière-plan, l'Oural ; au-delà, la steppe.

    Les jours suivants, nous devions étudier le processus de transformation du minerai en acier, depuis l'extraction et le transport par trains électriques jusqu'aux concasseurs de vingt mètres de hauteur qui engloutissaient des blocs pesant jusqu'à six mille kilos, qui les broyaient et les sortaient en morceaux gros comme le poing, à la cadence de cinq cent mille kilos à l'heure ! De là, le minerai était amené aux

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    hauts fourneaux géants dans des wagonnets tirés par des câbles. En 1935, lors de notre passage, quatre hauts fourneaux fournissaient chacun mille deux cents tonnes de fonte par vingt-quatre heures, deux autres, de force égale, étaient en construction. La fonte passait ensuite aux dix fours Martin qui la transformaient en acier (la construction de trente-sept autres fours était prévue). D'immenses ateliers de laminoirs s'emparaient enfin des blocs d'acier pour les réduire en lamelles de plus en plus fines. Trois jours ne nous suffirent point pour visiter ce combinat industriel qui occupait pour la fonte et l'acier, vingt mille ouvriers et sur les chantiers quarante mille gars du bâtiment ! Quelques chiffres donneront encore une idée des dimensions du géant. La station électrique qui l'alimentait possédait une puissance de 250.000 kW. La consommation quotidienne de coke par les hauts fourneaux était de 4.500 tonnes 4 millions 500.000 kilos par jour !

    Pour refroidir les hauts fourneaux, l'Oural était insuffisant. Il fallut creuser en soixante-dix jours et par des froids atteignant jusqu'à quarante degrés au-dessous de zéro, un lac artificiel de cinq kilomètres de longueur la consommation d'eau étant supérieure à celle de Moscou et Leningrad pris ensemble. Les investissements se montaient en 1936 à un milliard de roubles ; un second milliard était prévu pour l'ensemble des travaux à venir.

    Et quel héroïsme montrèrent les constructeurs accourus de toutes les régions de l'U.R.S.S. et pour la plupart jeunes volontaires des Jeunesses communistes ! Un fait entre mille. Les concasseurs étant américains, des spécialistes des Etats-Unis étaient venus pour les monter. Ils exigèrent des grues pour transporter les pièces détachées du concasseur. Il n'y en avait pas et le travail pressait. C'était l'époque où déjà, le Japon se livrait à ses provocations en Extrême-Orient. Les jeunes communistes se réunirent et décidèrent de monter les pièces à dos d'homme, ou avec des cordes, du bas de la montagne jusqu'à mi-flanc, ce qui fut fait !...

    eC'était en 1935. Depuis, Magnitogorsk a continué à s'agrandir. Pendant la guerre, on a mis à feu les 5, ee e6, 7et 8 hauts fourneaux. La montagne que nous avions escaladée ne domine plus le paysage. Elle est, déjà, en partie ? mangée ?. A sa place, des ateliers à perte de vue qui fournissent l'acier à plus de 10.000 usines, après avoir livré pendant la guerre tout le blindage nécessaire pour les chars de l'Armée rouge et 50 % du métal pour la fabrication des obus. Les baraquements où nous avions entendu des jeunes gens chanter de vieilles chansons sibériennes ont disparu ; à leur place s'élèvent des cités ouvrières, des palais de culture, des écoles de tous degrés, des théâtres et des cinémas. Quand nous sommes passés là, nous avions rencontré des Ouzbeks et des Ukrainiens, des Russes et des Tatars. La plupart étaient des jeunes, accourus volontairement pour édifier le géant, enthousiasmés par cette véritable épopée du travail moderne. Ces jeunes ont fait souche et on peut déjà parler d'une race nouvelle, ardente, habituée au travail dur et aux âpres conditions climatiques, imbue de ce que nous appellerions un très vif ? esprit de corps ?. ? Ceux de Magnitogorsk ? ont réalisé des prodiges pendant la guerre de libération nationale et ils sont fiers de la ville de 300.000 habitants poussée en vingt ans, là où s'étendait jadis la steppe.

    J'ai visité longuement d'autres entreprises de premier ordre l'usine d'autos Staline et l'usine de

    roulements à billes Kaganovitch à Moscou, l'usine de constructions mécaniques Ouralmach près de

    Sverdlovsk, où 15.000 ouvriers, spécialisés dans la production de l'outillage pour l'industrie lourde et pour l'équipement des hauts fourneaux et des fours Martin fabriquaient toutes sortes de machines ; l'immense usine de tracteurs lourds de Tchéliabinsk également dans l'Oural. Comme des centaines de mes compatriotes, j'ai admiré Dniéproguès, son barrage, sa centrale, qui produisait à elle seule plus d'électricité que l'ensemble des centrales réunies de l'ancienne Russie. J'ai vu Bakou et sa forêt de puits de pétrole sans cesse étendue. Au retour d'un dernier voyage en 1939, j'admirais de la fenêtre du wagon qui m'emportait de la frontière vers Moscou les nouvelles usines construites ou en construction sur les anciens terrains marécageux ou les emplacements des forêts de la Russie-Blanche... [Ce livre a eété écrit avant mon 8 voyage (octobre-novembre 1949).]

    Le premier cheminot soviétique, rencontré à Niégoréloïé avait raison : son pays était un immense chantier. Il l'est demeuré. C'est en 1927, que Staline lança le mot d'ordre : ? Rattraper et dépasser les pays capitalistes les plus avancés. ? Malgré les railleries des adversaires de l'U.R.S.S., l'œuvre s'est

    accomplie victorieusement. En 1940, l'industrie lourde de l'U.R.S.S. avait atteint une production globale de près de 12 fois supérieure (exactement 11,7) à celle de la Russie de 1913. La seule industrie des constructions mécaniques et de transformation des métaux avait augmenté de 41 fois sa production d'avant la révolution. Des industries inexistantes sous les tsars : celle des tracteurs, de l'automobile, de

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    l'aluminium, du magnésium, du caoutchouc étaient nées. Le nombre des ouvriers et employés était passé de 10.800.000 en 1928 à 31 millions en 1940. En moins d'un quart de siècle, avec ses seules forces et sans capitaux étrangers, la vieille Russie agraire s'était ainsi transformée en un grand pays industriel.

    Ce qui frappe d'ailleurs dans l'examen de ce développement économique à un rythme sans précédent dans l'histoire des nations, c'est la méthode suivie, le réalisme dont ont fait preuve Staline et le Comité central du Parti communiste (bolchevik) de l'U.R.S.S. Les usines ne se sont pas édifiées au hasard mais suivant des plans mûrement étudiés. Déjà, en pleine guerre civile, Lénine avait conçu un plan d'électrification du pays, mais ce ne fut qu'après la période de reconstruction (de 1921 à 1927) qu'il fut possible de passer à la réalisation méthodique d'un premier et grandiose plan de cinq ans dont le but n'était pas encore de fournir à la population tous les objets de consommation qu'elle désirait, mais de jeter les bases d'une industrie lourde sans lesquelles la production des marchandises, le développement du bien-être n'étaient pas plus possibles que la défense du pays.

    erC'est le 1 octobre 1928 que commença la réalisation du premier plan quinquennal. Ses objectifs ? Édifier deux mille quatre cents entreprises nouvelles, quadrupler la production industrielle, liquider le chômage ! Une émulation magnifique s'empara des ingénieurs comme des ouvriers. D'un bout à l'autre du pays, des millions d'hommes creusaient la terre, faisaient sauter les rochers, foraient les puits de mine, transportaient des millions de tonnes de minerai et de charbon, bâtissaient des usines et des centrales électriques, domptaient les fleuves, unissaient les mers, se ruaient dans les écoles et les laboratoires. De nouveaux bassins houillers surgissaient en Sibérie orientale et dans l'Extrême-Orient, de nouveaux puits de pétrole dans l'Oural et en Turkménie. Des marécages immenses aux environs de Moscou et de Leningrad se transformaient en vastes exploitations mécanisées d'extraction de la tourbe. Un grand chemin de fer reliait le Turkestan à la Sibérie, et, quelques années plus tard, un canal réunissait la mer Blanche à la Baltique. Cependant que, sur les bords du Dniepr, s'élevait le majestueux barrage du Dniéproguès.

    Ce premier plan réalisé, non en cinq ans, mais en quatre ans et trois mois, lançait hardiment le pays des Soviets sur les voies de la technique moderne.

    De 1933 à 1937, on passa au deuxième plan. Il s'agissait ici d'achever la reconstruction technique de l'industrie en remplaçant de fond en comble l'outillage des vieilles usines par des machines neuves. On encouragea systématiquement le rendement du travail, la recherche de méthodes de production rationnelle. C'est à cette époque que prit naissance le stakhanovisme.

    erLe 1 janvier 1938 commençait la réalisation du troisième plan quinquennal. Son but était de développer considérablement toute l'industrie lourde et notamment les constructions mécaniques, d'utiliser à plein les progrès les plus récents de la technique et de la science, de développer la qualité des cadres et d'assurer une haute productivité du travail, d'accumuler de grosses réserves d'État, d'industrialiser des régions nouvelles d'Extrême-Orient et de l'Asie centrale.

    L'accent cependant n'était plus porté sur les constructions géantes, mais sur les usines moyennes. La part réservée dans le pian à l'industrie légère et à l'industrie alimentaire était considérablement augmentée. Le troisième plan, d'autre part, décentralisait l'industrie en interdisant la construction de nouvelles usines à Moscou, Leningrad, Kharkov et en général, dans toutes les grandes villes de l'ouest du pays. L'orientation de l'industrialisation vers l'est du pays s'accentuait. C'était un plan qui devait permettre un développement inouï du standard de vie.

    L'agression hitlérienne du 22 juin 1941 arrêta brutalement la réalisation de ce nouveau bond en avant. Dans le second semestre de 1941, l'invasion allemande obligea le gouvernement soviétique à transférer vers l'Est le personnel et le matériel des usines d'Ukraine, de Biélorussie, des régions de Moscou et de Leningrad. Des millions d'hommes, des dizaines de milliers de machines-outils émigrèrent vers l'Oural, la Sibérie, le Kazakhstan. En trois mois, grâce à l'héroïsme des cheminots et du personnel des usines évacuées, 1.360 grandes entreprises furent ainsi mises hors d'atteinte de l'ennemi. Ce fut la période la plus tragique de la guerre l'Allemagne, maîtresse de presque toute l'Europe, disposant d'un

    immense potentiel industriel. Les entreprises évacuées vers l'Est avaient cessé toute production et n'étaient pas encore réinstallées dans les nouvelles régions de l'arrière. Or, les régions occupées par l'envahisseur fournissaient, au moment du conflit, 63 % du charbon consommé par l'Union soviétique, 68 % de la fonte, 60 % de l'aluminium, 58 % de l'acier. Privée de ces territoires, la production globale

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    de l'industrie soviétique baissa de plus de moitié. Plus une tonne de charbon ne parvint du Donetz occupé et plus une tonne de fer de Krivoï-Rog. Voznessenski, président de la Commission du plan d'Etat, a révélé (L'Économie de guerre de l'U.R.S.S.) qu'en décembre 41, à l'heure où les Allemands

    étaient aux portes de Moscou et de Leningrad, la production des laminés de métaux ferreux (base de l'industrie de guerre) avait diminué de trois fois ; celle des roulements à billes nécessaires à la econstruction des avions, des chars et de l'artillerie, n'était plus que la 20 partie de la production de

    1940. Tout autre régime politique se serait écroulé dans des conditions économiques aussi difficiles. Mais il y avait Staline qui dirigeait le Comité d'État pour la défense nationale, s'occupant à la fois du front et de l'arrière. Sa volonté inébranlable, sa maîtrise exceptionnelle, sa confiance en l'avenir servirent d'exemple à des millions de communistes et de sans-parti. A l'heure même où Hitler annonçait ? la fin de toute résistance à l'Est ?, Staline faisait adopter un vaste plan de construction de nouvelles usines sidérurgiques dans l'Oural et la Sibérie.

    Aussi, dès mars 1942, six mois après l'évacuation des usines des régions envahies, la production

    remontait rapidement. En particulier, la production de l'industrie de guerre dans les seules régions de l'Est atteignit ce mois-là le niveau qui était celui de toute l'Union soviétique au début de la guerre. Pendant les trois années 42, 43 et 44, 2.250 grandes entreprises industrielles nouvelles furent construites et mises en service dans les régions de l'Est. Tandis qu'on réinstallait les usines évacuées, des centaines de nouvelles usines, de centrales électriques, de mines étaient mises en fonction. Dans la région de la Volga s'élevèrent des usines d'aviation, de moteurs, de locomotives et la production de cette région doubla en quatre années. L'Oural, lui, fournit 40 % de toute la production militaire ; des usines de chars, d'automobiles, de motocyclettes, de machines-outils, etc. sortirent de terre et de nouvelles mines fournirent au pays 21 millions de tonnes de charbon. La Sibérie occidentale développa considérablement la production du zinc, de l'aluminium, de l'étain. L'Asie centrale et le Kazakhstan participèrent à l'effort de guerre par la mise en service d'installations pour l'extraction du minerai de plomb, du wolfram, tout en donnant asile à 250 usines évacuées d'Ukraine. Dans les transports, l'effort fut non moins méritoire. On construisit 10.000 kilomètres de nouvelles voies ferrées dans les nouvelles régions industrielles.

    Quelques chiffres significatifs pour finir sur ce chapitre. L'Armée rouge reçut de son industrie pendant la guerre 14 fois plus d'obus d'artillerie que n'en avait reçu l'armée russe sous les tsars. A la fin de la guerre contre l'Allemagne hitlérienne, l'armée soviétique comptait quatre fois plus de divisions, cinq fois plus d'artillerie, cinq fois plus d'avions, cinq fois plus de chars qu'au moment de l'agression du 22 juin.

    Avec l'écrasement de l'Allemagne hitlérienne s'est posée dans toute son ampleur la tâche de la reconstruction. Il convient ici de se rappeler que les territoires temporairement occupés représentaient 33 % de la production industrielle globale. La destruction totale ou partielle et le pillage atteignirent 31.850 usines ou installations industrielles. Malgré l'effort inouï d'évacuation des usines vers l'Est, il fut perdu dans les territoires occupés 175.000 machines-outils, 34.000 marteaux-pilons et presses, 2.700 haveuses, 15.000 marteaux-piqueurs, les installations de centrales électriques d'une puissance de 5 millions de kilowatts, 62 hauts fourneaux, 213 fours Martin ; 45.000 métiers à tisser furent détruits ou emportés par les occupants, 15.800 locomotives et 428.000 wagons enlevés, 4.280 bateaux à vapeur ou remorques et 4.029 péniches coulés, 13.000 ponts de chemin de fer détruits. On peut encore y ajouter, outre les pertes de l'agriculture dont nous parlerons plus loin, la moitié des habitations dans 2les villes occupées (1.209.000 maisons). L'ensemble des pertes subies représentait environ / de tout 3

    l'avoir national des territoires envahis. Jamais encore, aucune guerre n'avait produit des destructions aussi terribles.

    Le plan quinquennal, actuellement en cours, prévoit la reconstruction économique complète de ces régions. En outre, à la fin de ce plan, en 1950, la production industrielle dépassera de 48 % celle d'avant-guerre (de 15 % dans les régions dévastées).

    En 1948, la production de l'ensemble de l'Union soviétique a dépassé de 18 % le niveau de 1940. Tous les objets manufacturés sont revenus en vente libre depuis décembre 1947 et on assiste régulièrement à la baisse de leurs prix de vente. On peut donc prévoir que, comme ses devanciers, le plan quinquennal actuel sera réalisé avec un an d'avance sur le délai prévu.

    Encore quelques années et la production soviétique égalera celle des États-Unis.

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    Dans son grand discours du 9 février 46, J. Staline a fixé comme objectif des prochains quinquennaux la production annuelle de 50 millions de tonnes de fonte, 60 millions de tonnes d'acier, 500 millions de tonnes de charbon, 60 millions de tonnes de pétrole.

    C'est ainsi que sera résolu le problème de dépasser les principaux pays capitalistes au point de vue économique, non seulement en production totale, mais en production par tête d'habitant.

    Alors se posera le passage à la société communiste, les conditions préalables prévues par Marx dans le Manifeste communiste étant réalisées, à savoir le développement des forces productives et le

    développement harmonieux des individus.

    Ce stade supérieur de la société sera d'autant plus rapidement atteint que les grandes découvertes de la pensée humaine les ondes électromagnétiques, les moteurs à réaction, l'énergie nucléaire

    trouvent, en Union soviétique, un développement illimité non pas pour détruire la civilisation et exterminer les hommes, mais pour le plus grand bien de l'humanité.

    Nous avons vu plus haut les performances réalisées par l'industrie soviétique pendant la guerre ; nous voyons aujourd'hui la reconstruction se poursuivre à un rythme vertigineux et nous avons une vue claire des perspectives d'avenir.

    A quoi est dû cette supériorité du régime de production soviétique ?

    1? L'économie soviétique obéit à des plans de développement harmonieux, mobilisant toutes les ressources matérielles et humaines du pays pour leur réalisation. Seul un État où les moyens de production sont le bien du peuple tout entier, est capable d'une planification de telle envergure et d'une telle efficacité.

    2? Ces plans poursuivent un but unique : développer la richesse nationale, c'est-à-dire en définitive, le bien-être de tous. C'est pourquoi tous les citoyens sont intéressés à la réalisation des plans quinquennaux ; ils savent que leur prospérité est liée à celle du pays soviétique tout entier. L'intérêt individuel rejoint pleinement l'intérêt collectif.

    C'est ce qui explique l'ardeur avec laquelle les travailleurs cherchent à augmenter leur productivité (d'abord, dans le premier plan quinquennal, le mouvement des oudarniks ou travailleurs de choc), à

    mettre en pratique de nouvelles méthodes de travail mûrement étudiées par eux (deuxième et troisième plans : le mouvement stakhanoviste), à battre tous les records de production (proposition des ouvriers de Leningrad, de réaliser le quatrième plan quinquennal en quatre ans).

    La productivité du travail, écrivait Lénine en 1919, c'est, en dernière analyse, ce qu'il y a de plus

    important, d'essentiel pour la victoire du Nouvel ordre social... (V.I. Lénine : Œuvres choisies, t. II, p. 595,

    Editions en langues étrangères, Moscou, 1945.)

    Le communisme commence là où se manifeste la volonté pleine d'abnégation et susceptible de venir à

    bout d'un rude labeur qu'ont les simples ouvriers d'augmenter le rendement, d'assurer la garde de

    chaque poud de blé, de charbon, de fer et autres produits qui ne vont pas à ceux qui travaillent eux-

    mêmes... mais... à l'ensemble de la société. (Idem.)

    3? Les plans en régime soviétique excluent toute possibilité de crises économiques, la plaie du chômage étant liquidée pour toujours. Dans ce régime, plus il y a de marchandises, plus grandit le bien-être. Plus le bien-être se développe et plus il faut de nouvelles marchandises. Prenons, pour justifier cette affirmation, l'exemple du village. Des millions de paysans, il y a trente ans, étaient illettrés. Us ont appris à lire et à écrire, même ceux qui avaient passé l'âge d'aller à l'école. La conséquence en a été une augmentation considérable du tirage des journaux et des livres. Pour y faire face, la production de pâte à papier a dû être considérablement élevée, d'où un accroissement sans précédent du nombre des bûcherons et la nécessité de mécaniser l'industrie forestière pour qu'elle rende à plein. Mais les jeunes kolkhoziens réclament aujourd'hui bien plus qu'un quotidien : des revues spéciales pour l'agriculture, des postes de radio, le cinéma ambulant chaque semaine au village, des bicyclettes. Ils rêvent tous de voyages en avion. Les jeunes filles sont avides de belles robes et de beaux meubles. Tout cela pose devant l'industrie légère soviétique des exigences qu'elle est encore loin de satisfaire par rapport à la demande. Quand elle y parviendra, de nouvelles exigences se feront jour : le kolkhozien voudra sa salle de bains et sa femme rêvera d'avoir une cuisinière électrique et un frigidaire. Ainsi, des besoins nouveaux naissent constamment qui assurent des débouchés permanents à l'industrie en régime socialiste. C'est une chaîne sans fin. Elle est absolument inconnue dans notre

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    régime économique où les moyens de production (usines, machines) appartenant à une minorité capitaliste servent à assurer des bénéfices à leurs propriétaires et non pas à satisfaire les besoins de la masse.

    Il y a, de plus, chez nous, anarchie dans la production chaque industriel essayant de vendre ses

    marchandises sans s'occuper du voisin.

    Le système économique de l'U.R.S.S. donne, au contraire, l'image d'une très belle mécanique de précision, sans ces ? à coups ? économiques qui, dans nos pays, signifient la misère pour des millions de gens sans emploi.

    Certains, après avoir nié les possibilités de réaliser les plans quinquennaux, se rattrapaient ensuite en disant : ? Oui, mais sur la qualité des marchandises, il y aurait beaucoup à dire ! ? C'était la tarte à la

    crème des antisoviétiques de la période 1932 à 1939.

    Il est exact, qu'à cette époque, la qualification professionnelle de certains ingénieurs et ouvriers avait encore besoin de s'améliorer. Pour la raison très simple que la grande majorité des travailleurs industriels étaient venus des campagnes, de ces villages où, vingt ans auparavant, la population était totalement illettrée. C'était là un lourd handicap pour le pouvoir soviétique. N'empêche que le rendement du travailleur industriel progressait à pas de géant et que la qualité des marchandises, la qualité du travail s'amélioraient sans cesse. L'automobile ? Zis ? que je prenais en 1938 à Moscou ne le cédait en rien aux plus confortables automobiles de nos pays. Des ouvriers du bâtiment de chez nous, avec qui je visitais à Moscou la première et la seconde ligne du métro me faisaient remarquer combien la seconde ligne était supérieure du point de vue du ? fini ? à la première. Les nouveaux magasins, ouverts rue Gorki à la veille de la guerre, soutenaient la comparaison avec nos grands magasins parisiens. A chaque nouveau voyage en U.R.S.S., je constatais avec joie, non seulement que de nouvelles marchandises avaient fait leur apparition sur le marché, mais encore que la qualité des articles s'affinait toujours. Il en est encore ainsi aujourd'hui et c'est là l'essentiel : aller sans cesse de l'avant, se perfectionner chaque jour, accroître la quantité et la qualité. Nul observateur de bonne foi qui a visité l'U.R.S.S. à des époques différentes ne saurait le contester.

    En ce moment, la lutte pour la qualité bat son plein. Voici un exemple pris entre mille. Un contremaître d'une usine de tissage de Moscou, Alexandre Tchoutkikh, pensait depuis longtemps à améliorer la production de son usine. Le 27 janvier dernier les ouvriers et les ouvrières de son atelier sont rassemblés. Il prend la parole. Il est toujours très écouté car son usine l'a élu député au Soviet

    de Moscou. Il propose, non pas seulement de réaliser le plan, mais de fournir uniquement du tissu de première qualité. Sa proposition est longuement discutée puis approuvée.

    Des équipes dites ? d'excellence ? sont constituées. Trois mois plus tard, la production de l'atelier se révèle de première qualité à 99,5 %. Mais ces efforts pour la qualité ne serviraient à rien si la qualité du fil livré par d'autres usines laissait à désirer. C'est pourquoi Tchoutkikh a décidé d'entrer en contact avec les filatures afin d'améliorer la qualité de leur production. Ce souci de conserver sa valeur à la ? marque de fabrique ? se développe dans tout le pays (ce qui, soit dit en passant, répond avec éclat à ceux qui prétendent que, sans la propriété capitaliste, on ne peut obtenir de produits de bonne qualité). Voici une autre méthode qui a fait son apparition. Des ingénieurs ? parrainent ? des ouvriers. Après leur journée de travail, ils font profiter leurs ? filleuls ? de leurs connaissances techniques. L'initiative est partie de l'usine de locomotives de Gorki. En deux mois, 350 ingénieurs et techniciens avaient adopté chacun deux ouvriers avec qui ils examinaient leurs travaux, donnaient des conseils de dessin industriel, de technologie, etc.

    Depuis la fin de la guerre, on assiste à un développement général des compétitions entre usines, entre équipes, entre ouvriers pas seulement pour la réalisation du plan avant terme ou la qualité de la production, mais encore pour en diminuer le prix de revient en économisant les matières premières, les combustibles, l'énergie électrique. Certains adversaires de l'U.R.S.S. voient, dans cette émulation socialiste, je ne sais quelles mesures bureaucratiques, quelles décisions ? d'en haut ?. Si cela était vrai, comment expliquer qu'en une seule année (1947), plus d'un million d'inventions et de propositions de rationalisation aient surgi du sein même des entreprises et des chantiers ?

    L'explication est bien plus simple : c'est que, dans un État socialiste, tout essor de la production profite à l'ensemble de la population.

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