DOC

Fernand Grenier - Au pays de Staline

By Eleanor Olson,2014-08-29 13:25
10 views 0
Fernand Grenier - Au pays de Staline

    VIVE LE

    MARXISME-LENINISME-MAOÏSME !

    _____________________________________

    FERNAND GRENIER

AU PAYS DE STALINE

    ? C'est au bord de la Neva, de la Vistule et de la Volga que se décide en ce

    moment le sort de l'Europe nouvelle et de l'humanité future... ?

    ? Nos pères de 89 ont enseigné à l'Europe la révolution bourgeoise et voici

    qu'en retour, les prolétaires russes nous donnent des leçons de révolution

    sociale. ? (Anatole France, 1905)

    ? Le cœur battant, je pénétrai dans ce monde nouveau, voulu par les

    travailleurs et façonné par eux. ? (Maurice Thorez, Fils du peuple.)

    Sommaire :

    Chapitre I Premier contact (p. 2)

    Chapitre II Rattraper et dépasser (p. 5)

    Chapitre III Le socialisme à la campagne (p. 12)

    Chapitre IV Le niveau de vie (p. 20)

    Chapitre V L'homme nouveau dans un monde nouveau (p. 28)

    Chapitre VI Deux géants de la pensée et de l'action (p. 31)

    Chapitre VII Du passé, faisons table rase (p. 45)

    Chapitre VIII Oui... mais la liberté ? (p. 53)

    Chapitre IX Le bastion de la paix (p. 60)

    Chapitre X L'U.R.S.S. et la France (p. 67)

    Chapitre XI L'antisoviétisme contre la France (p. 78)

    Chapitre XII Le devoir (p. 98)

    Chapitre XIII En manière de post-scriptum (p. 102)

    Chapitre I Premier contact

    C'était le 3 novembre 1933. Depuis près de quarante heures, le rapide nous emportait vers la Russie soviétique. Nous c'étaient des ouvriers et des paysans de France mandatés pour ? aller voir ce qui s'y passe ? et dont le voyage avait été payé, franc par franc, par d'autres ouvriers ou paysans. Nous étions vingt. Il y avait des métallos parisiens : un délégué de chez Lavalette (une usine de Saint-Ouen), intelligent mais râleur ; un deuxième, anarchiste, tourmenté, rêveur d'absolu, envoyé par les ouvriers de l'usine Hotchkiss de Saint-Denis ; un troisième de chez Citroën à Clichy, un peu hâbleur. Des gars du Nord : un docker de Dunkerque, infatigable joueur d'harmonica, un jeune de Boulogne-sur-Mer, insouciant et gamin au possible. Un ouvrier de la chaussure de Romans, au tempérament ? anar ?,

    lui aussi, trouvant toujours un malin plaisir à contredire, mais qui devait souscrire un mois plus tard, et le plus généreusement, à l'emprunt du second plan quinquennal. Un métallurgiste de Marseille au nom chantant de Paniate, mais qui, peu loquace, faisait mentir la tradition qui veut que le Marseillais soit conteur d'anecdotes et toujours boute-en-train. Un infirmier de Paris qui avait beaucoup lu et, surtout, beaucoup retenu. Et puis un magnifique groupe de paysans : un jeune ouvrier agricole du Loir-et-Cher, Robert Paumier, volontaire, ardent, qui devait devenir à son retour un des meilleurs propagandistes des ? Amis de l'U.R.S.S. ? ; le père Creuzier, de l'Allier, dont la barbe fleuve devait connaître un beau succès en U.R.S.S., surtout chez les kolkhoziens ; le Corrézien Paucard qui allait remplir de gros carnets de notes et qui s'en servirait au retour pour rédiger un gros livre ; un vigneron, maire d'une petite commune du Gard et le fameux Simon, un petit propriétaire de Carnoules, dans le Var, ? avé l'assent ?, son inénarrable bonnet de coton, ses économies placées dans un sachet dissimulé sur sa poitrine, sa lourde couverture, ses valises invraisemblables, ? comme s'il faisait un voyage autour

    du monde ? plaisantaient les autres. Pour compléter notre caravane, un grand géant aux moustaches

    de Gaulois et au nom de Moineau, originaire d'Epernay ; un délégué des coopératives, compatriote de Marcel Cachin ; un postier de Rouen ; un artisan de Cadenet, dans le Vaucluse, membre du Parti socialiste et un cheminot communiste de Lyon.

    Telle était la délégation qui, depuis deux jours et deux nuits, n'avait quitté les banquettes de bois des troisièmes classes que pour aller au wagon-restaurant, où nous faisions d'ailleurs scandale parmi les gros bourgeois allemands portant insigne à croix gammée ou les officiers polonais rutilants ; scandale parce que nos vêtements et nos allures dénotaient notre classe sociale ; scandale aussi parce que les Français, ça s'interpelle, ça raconte des histoires, ça fait toujours assez de bruit...

     2

    Nous avions traversé de bout en bout l'Allemagne et vu ses gares propres mais vides, ses cheminées éteintes, ses usines mortes, ses policiers nazis inquisiteurs et arrogants s une lourde atmosphère de chômage, de misère et de terreur, personne n'osant nous parler. Hitler régnait depuis près d'un an. De notre wagon, nous avions fait connaissance avec la Pologne, plaines vastes et pauvres, misérables masures des paysans groupées autour de l'écrasante église, seul bâtiment de pierres ou de briques, paysages gris et monotones. Nous arrivions enfin à la dernière gare polonaise : Stolpce. L'animation de nos compartiments s'était brusquement arrêtée : plus d'harmonica, ni de parties de belote, ni de discussions. Plus un seul d'entre nous ne ressentait encore la fatigue de deux nuits sans sommeil. Car la curiosité était également vive chez tous ces hommes qui, l'avant-veille, ne se connaissaient pas mais qu'avaient rapproché deux jours de voyage en commun. La curiosité et la joie d'arriver. Notre patience devait être mise à dure épreuve, une heure d'arrêt pour les diverses formalités de sortie du territoire polonais. Après soixante minutes d'attente, le train reprenait sa course, mais nous en avions encore pour un quart d'heure avant d'atteindre la frontière. De chaque côté de la voie, une forêt épaisse ; nous arrivions à l'extrême limite des deux pays. A nouveau un arrêt ça ne finirait donc jamais ? Les

    gendarmes polonais descendaient à même la voie, gardée de chaque côté par une sentinelle, baïonnette au canon. Nous apercevions, filant à l'horizon, à perte de vue, une double rangée de fils de fer barbelés. En face de nous, la fameuse porte d'entrée avec au fronton le drapeau rouge et les grandes lettres C.C.C.P. (U.R.S.S.). Le train enfin ! repartait lentement, et dès l'arc franchi, nous apercevions

    les premiers citoyens soviétiques : un groupe d'une douzaine de soldats vigoureux, bonnet mongol, longue capote grise et avec eux, autant de jeunes filles, dorées comme les champs d'Ukraine avant la moisson, nous souriant gentiment et nous faisant de la main un signe amical. Alors, il se passa ceci : spontanément, notre groupe entonna l'Internationale.

    Nous avions tous la gorge serrée et des larmes plein les yeux. Les soldats se mirent au garde-à-vous et, avant que nous eussions terminé, ils reprirent l'hymne, plus lentement, et leurs belles voix graves montèrent dans la nuit qui bleuissait déjà les choses et les gens.

    Le monde va changer de base...

    Nous ne sommes rien, soyons tout !

    L'émotion était à son comble. D'une voix puissante, l'un des soldats cria : ? Salut, frères! ? et nous-mêmes poussâmes un hourra retentissant... Quelques minutes plus tard, nous arrivions à Niégoréloïé : la population de la petite station frontière nous attendait avec ses pionniers, ses drapeaux, son orchestre. Le délégué des cheminots nous salua d'un vigoureux discours. ? Vous êtes ici chez vous ! ? Notre joie était telle que nous aurions embrassé tout le monde. Une heure plus tard, après un copieux repas, nous étions installés sur nos couchettes en route pour Moscou. Tel fut notre premier contact avec les bâtisseurs du monde nouveau. Cinq fois, j'ai repassé la frontière avec d'autres ouvriers, d'autres paysans. Une fois aussi avec des instituteurs et professeurs. Une autre fois encore avec des touristes. Je mentirais en disant que l'enthousiasme atteignait chez tous le même degré. Je n'ai cependant vu personne rester indifférent.

    Comment expliquer cet attrait de l'Union soviétique ? Pour les ouvriers, rien de plus simple. Ils ont le sentiment de la solidarité prolétarienne. Cette solidarité, ils l'ont apprise dès l'entrée à l'usine où il

    faut se serrer les coudes si l'on veut défendre les intérêts qui sont communs au voisin d'établi. Ils l'ont complétée dans les manifestations où l'on ne forme plus qu'un seul cœur, une seule volonté, une seule masse de combattants pour la même idée. Ce sentiment, ils l'ont ressenti souvent et profondément dans leur rude existence en versant leur obole pour les camarades en grève, en cessant le travail par solidarité pour une corporation en lutte, en se levant pour arracher au bagne les marins de la mer Noire, en allant collecter en 1920 de porte en porte pour les affamés de la Volga, en se levant pour

    protester contre l'exécution de Sacco et Vanzetti. Ce sentiment, ils l'éprouvaient intensément quand ils suivaient avec passion la lutte opiniâtre de Dimitrov contre les juges nazis de Leipzig, quand ils partaient combattre dans les brigades internationales à la fois pour la liberté du peuple espagnol et la sécurité de la France ou quand ils faisaient retentir la clameur : ? Des avions pour l'Espagne ! ?... Rien n'était plus naturel que leur enthousiasme éclatant dès leur entrée en U.R.S.S.... Ils ne s'inquiétaient pas de savoir s'ils trouveraient la perfection au pays du socialisme. Au cours de leur voyage, ils interrogeaient, ils posaient de nombreuses questions, ils critiquaient même. Mais à l'arrivée, leur premier sentiment était celui d'un frère venant rendre visite à un aîné qui s'était libéré. Ce dont ils avaient conscience à Niégoréloïé, c'est qu'ils étaient entrés dans un pays nouveau où ils ne

     3

    rencontreraient ni un banquier, ni un actionnaire des mines du Donetz, ni un hobereau sibérien, ni un chef de bande fasciste.

    Voilà pourquoi leur cœur battait plus vite lorsqu'ils abordaient la terre soviétique. Cette Internationale,

    ils la chantaient dans leur pays lorsqu'ils manifestaient en exigeant ? du travail ou du pain ?. Ici, ils la poussaient avec la conscience aiguë de se trouver dans la partie du globe où le monde avait changé de base. Ils se sentaient chez eux, pleinement.

    Mais j'ai vu aussi la joie gagner, dès leur arrivée sur la terre soviétique, des paysans, des intellectuels, des artisans, des employés. J'en ai vu plus d'un ne pas savoir maîtriser son émotion devant les premiers soldats rouges. C'est que nombreux étaient parmi eux les hommes épris de progrès, rêvant d'une société humaine et fraternelle. Même s'ils n'étaient pas entièrement d'accord avec le régime soviétique, ils comprenaient que le développement de l'U.R.S.S. était d'un intérêt vital pour l'humanité entière. Certains aussi, avant leur voyage, avaient étudié l'Union soviétique, ses méthodes, ses résultats et venaient sur place chercher une confirmation.

    Oui, beaucoup de ces honnêtes gens comprenaient que l'existence de l'U.R.S.S. avait changé la face du monde. Un État puissant, grand comme quarante fois la France, peuplé de cent soixante-dix millions d'hommes (avant 1939) et dont les travailleurs manuels et intellectuels avaient pris en main les destinées, demeurait un rempart, un allié solide pour tous les défenseurs du progrès social à travers le monde.

    Il y avait certes d'autres voyageurs qui se rendaient en U.R.S.S. Ceux qui y allaient pour pouvoir affirmer ? j'ai vu ? mais bien décidés, avant même leur départ, de dire le contraire de la vérité à leur retour. J'ai vu à Moscou de ces touristes qui se promenaient la nuit dans les rues de la capitale afin de découvrir à tout prix... une prostituée ! J'ai entendu dans une des plus belles maisons de repos de Crimée, véritable palais, un de ces ? pense-petit ? découvrir ce qu'il appelait une ? injustice sociale ?. Le directeur expliquait : ? Cette maison appartient au syndicat des métallurgistes de Leningrad. Chaque usine métallurgique de la ville dispose d'un nombre de places équivalentes à son effectif ? et son interlocuteur d'interroger : ? Mais si une usine dispose d'un contingent de 10 places et s'il y a 15 demandeurs, que fait-on ? ? Réponse du directeur : ? La priorité est accordée aux meilleurs ouvriers ?. L'autre : ? Ce n'est pas juste. Tout le monde doit pouvoir venir se reposer ici ! ? Le directeur : ? Les meilleurs ouvriers apportent plus à notre société que les autres ; il est juste que la société leur en soit reconnaissante. Un jour viendra où chacun pourra venir se reposer dans des maisons comme celle-ci. Mais en attendant qu'il y en ait pour tout le monde, faut-il fermer notre établissement ?... ?

    En août 1936, je rencontrais dans l'express Moscou-Leningrad une dame qui terminait son voyage et se rendait dans la ville de Pierre-le-Grand pour s'embarquer sur la Baltique à bord d'un navire soviétique à destination de Dunkerque. Une dame hargneuse, très collet monté, la méchanceté écrite sur son visage au teint bilieux. Elle maudissait tout : la lenteur du service à l'hôtel, le poulet mal cuit, le lavabo qui fonctionnait mal. Comme je n'acquiesçais pas, sa colère montait. A la fin, avec une joie mauvaise, elle trouva l'argument suprême : ? Quel pays, il n'y a même pas de chiens ! ? Ainsi, mon interlocutrice s'en retournait sans avoir prononcé un seul mot d'admiration, par exemple, devant les enfants des crèches ; elle n'avait pas été frappée par les tableaux émouvants que l'on rencontrait à chaque pas, témoignant de l'effort et de l'ascension continue d'un peuple vers le bien-être et la lumière...

    Seuls, les chiens la préoccupaient et les petites commodités que sa pauvre vie desséchée et égoïste

    n'avait pas rencontrées.

    Ces gens sans cœur étaient d'ailleurs une petite minorité. Ils faisaient illusion à leur retour, car la presse ouvrait largement ses colonnes à un témoignage tendancieux tandis qu'elle les fermait à cent

    témoins favorables.

    Ces cent dont le cœur battait à grands coups quand ils franchissaient l'arc d'accueil de Niégoréloïé...

     4

    Chapitre II Rattraper et dépasser

    Un jour, le conquérant tatar Genghis Khan, à la tête de ses féroces guerriers, parvint en vue d'une haute colline, près d'une petite rivière. Il décida d'y établir son camp.

    Alors que, harassés par une longue marche, ses hommes dormaient, Genghis Khan réfléchissait. Il se demandait s'il ne s'était pas trompé de chemin, s'il ne s'était pas éloigné des pistes habituellement suivies par les caravanes, s'il ne risquait pas d'être surpris par ses ennemis. Il décida donc de veiller et détacha de sa ceinture sa lourde épée. Comme il allait délicatement la poser à terre, l'épée s'échappa de sa main et se colla au sol comme si une force irrési