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Famille de Weck

By Craig Warren,2014-08-29 13:20
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Famille de Weck

    Historique

    Famille de Weck

     ?Ce sont les hommes qui font l’histoire

     mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font.?

     Raymond Aron

    Si une généalogie cherche à dresser la liste exhaustive d’une suite d’ancêtres dont on peut établir la filiation, un historique, qui n’est pas destiné en priorité aux membres de la famille, vise à présenter ses caractéristiques et ses spécificités au public, ainsi qu’aux chercheurs,

    amateurs ou universitaires. Faire l’historique d’une famille implique une rigoureuse sélection des membres qui vont être évoqués, une opération qui est fonction de critères comme la

    notoriété, l’apport à la société de l’époque, l’influence politique, économique, scientifique,

    sociale ou culturelle. Des données statistiques, voire une approche prosopographique peuvent

    également donner des renseignements utiles concernant une famille.

     1Google: nombre de mentions sur Internet (21 février 2005)

    Prénom Nombre

    Roger 10204

    Claudia 1031

    Alain 850

    Pierre 669

    René 436

    Olivier 391

    Christine 339

    Hervé 318

    Vérène Nicollier-de Weck 273

    Geneviève 264

    Philippe (1929), 245

    Philippe (1973)

    Antoinette 146

    Jean-Baptiste 116

    Martine Morard-de Weck 64

    Sophie 61

    Christophe 44

    Thierry 44

    Anne-Marie 24

Comment faire l’historique d’une famille sans s’appuyer sur le travail de fourmi, de

    bénédictin ou de bénédictine de ceux et celles que l’on appelle les archivistes de la famille?

    Thobie de Raemy, archiviste d’Etat de 1909 à 1934 et époux de Geneviève de Weck (1864-

     1 Sur le moteur de recherche Google.fr en tapant, par exemple, ?de-Weck-Alain?, Alain-de-Weck ?, ?Al-de-

    Weck?, ?A-de-Weck?. Les individus en activité après 1990, particulièrement dans la politique, le journalisme et

    la publicité ont évidemment un certain avantage. Ne sont indiqués ici que ceux dont le nombre de références

    dépasse 15.

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    1923), a effectué un gros travail de généalogie. Marie-Madeleine (1899-1981), puis Hélène-

    Alix (*1939), épouse d’Albéric, ont pris la relève et l’on peut disposer aujourd’hui du

    document ?Généalogie de la famille de Weck?, une référence en la matière.

    On pourrait dire, paraphrasant Fustel de Coulanges: faire un historique n’est pas un art, c'est une science pure. Il ne consiste pas à raconter avec agrément ou à disserter avec profondeur. Il consiste, comme toute science, à constater les faits, à les analyser, à les rapprocher, à en marquer le lien et à le tenir à jour.

    Pour faire l’histoire d’une famille au sens large, il faut disposer d’une généalogie, ainsi que d’une recension aussi complète que possible des ouvrages, des articles, des travaux scientifiques, des réalisations des ingénieurs et des architectes, des œuvres des artistes, quel que soit leur moyen d’expression. L’historique de la famille ne sera jamais qu’un résumé et un synthèse de ces documents. Généalogie, bibliographie-recension des oeuvres et historique forment donc un ensemble indissociable.

Selon le Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, les de Weck sont une

    ?ancienne famille patricienne fribourgeoise, originaire du Borgeat, hameau de la commune de Cerniat, dont elle prit le nom. Citée dès 1375. Uldriset dou Borjat 1401; Pierre ( ?-1520),

    son petit-fils, porta le nom de dou Borjat alias Cugnyet, ainsi que le fils de ce dernier, Pierre,

    qui vint s'établir à Fribourg à la fin du XVe siècle (…).? Les de Weck deviennent une famille

    patricienne, dans laquelle le sens des affaires publiques est marqué, en même temps que le goût des armes: beaucoup de magistrats et d’officiers au service étranger, parfois les deux

    successivement. Plusieurs membres de la famille entrent dans les ordres, notamment chez les Jésuites et chez les Ursulines. Marguerite, fille de Caspar I et veuve sans enfant de Noble-

    Pierre Zimmermann, achète à Fribourg pour les Dames Ursulines, spécialisées dans l’éducation des jeunes filles, l’auberge de la Cigogne, près de la tour Jaquemart, le bâtiment

    dans lequel elles s’établissent en 1638.

    Illustration 01: Armoirie de Weck

Armoiries de Weck

    De sable à une étoile d’or posée à dextre en chef entre deux bandes du même. Cimier: une étoile d’or posée entre deux demi-vols adossés, coupés l’un de sable et d’or, l’autre d’or et de sable. Devise: ?Cave ne incidas in originem tuam?, dont quelques membres de la famille ont fait ?Cave ne cadas?.

Almanach généalogique suisse

    1. Des origines en Gruyère

En 1504, Pierre Cugniet ou Gugniet, le premier ancêtre connu des de Weck, Guillemette, sa

    femme, et Frantz, leur fils, achètent au boursier Reyff une maison à Fribourg, située en haut du Stalden. Pierre Cugniet se rattacherait à une famille gruérienne, les Dou Borjat, ainsi nommés, depuis le XIVe siècle, du nom du hameau du Borgeat près de Cerniat. Entre 1435 et 1451, la famille s'établit à Charmey. C'est de cette manière que s’expliquerait l'existence dans

    cette localité, à partir de 1450, de deux familles Dou Borjat, l'une représentée par Marmetus Dou Borjat, l'autre par Petrus Dou Borjat. Pour bien distinguer ces deux petits-cousins, on

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    désigne le premier sous le nom de Marmetus Dou Borjat alias Pillivuit (très probablement du nom de la maison qu'il habite), tandis que l'autre est appelé Petrus Dou Borjat alias Cugnyet.

D'après l’acte de vente de 1504, Pierre aurait porté le nom de Dubordard et le surnom de

    Cugniet. L’acte ayant disparu, il faut s'en tenir au nom de Gugniet, sous lequel Pierre est désigné dans la réception à la bourgeoisie. Aucun document n'indique avec précision le lieu d'origine de cette famille. Cugniet exerce la profession de tailleur et assume la fonction de messager à pied de l'Etat. En 1507, il est reçu bourgeois et il assigne sa bourgeoisie sur sa maison à la Grand-Rue. Jusqu’à sa mort, il est constamment appelé Gugniet; le nom Weck,

    forme germanisée de Cugniet, étant porté pour la première fois par ses trois enfants, François

    ( ?-1552), Jean (*vers 1526) et Nesti.

    Selon une tradition, forcément incertaine, le nom de Cugniet désignerait une pièce de boulangerie, une sorte de petit pain, qu'on appelle en allemand Weck. Cette hypothèse ne

    satisfait guère les philologues. La forme Weck se rapproche des formes Weho, De Wecko ou

    De Wecken, qu'on trouve dès le XIVe et au début du XVe siècle. Cugniet provient-il du latin CUNEU + ITTU, ou du prénom germanique CHUNIKO + ITTU? Toujours est-il qu'il existe

    au XVe siècle à Fribourg un mot cugniet désignant un outil, un coin, et qu’on traduit cugniet

    par le mot patois allemand correspondant Weck. On trouve également dans les comptes de la

    châtelaine de Montsalvens en 1398 l’expression ?Palottes ou cugniets de beurre?

    Pourquoi cette germanisation du nom de famille? L’allemand prédomine à Fribourg et devient langue officielle après 1481. Des considérations d'opportunité dictent des mesures de réduction, puis de suppression des écoles françaises, des sermons en français. La politique de l'avoyer Falk, un ami du cardinal Schinner, y aurait largement contribué. Au XVIe siècle, de nombreuses familles fribourgeoises germanisent leur patronyme pour montrer que la République de Fribourg est un Etat fidèle de la vieille Eydgenossenschaft helvétique. Les

    Tournier deviennent les Dreher, les Dupasquier les von der Weid, les Bourquenet les Burgknecht refrancisés plus tard en Bourgknecht, les Gendre les Techtermann, les Veillart les Alt, les Cugniet les Weck. Les noms intraduisibles s’adaptent à la langue allemande: Avry devient Affry, Bovet Poffet, Chosso Zosso, Bosson Boschung.

Des quatre enfants de Pierre Cugniet, c'est François qui prolonge la lignée. Exerçant comme

    son père le métier de tailleur, il occupe diverses charges publiques. Son frère Jean ou Hans

    s'établit à Berne vers 1540 et embrasse probablement la Réforme. Selon la Correspondance des Réformateurs, un Hans Weck, notaire et sous-secrétaire du Conseil de Berne, tient le journal des commissaires bernois envoyés dans le pays de Vaud et à Thoune en 1537. Hans

    Weck est membre du Grand Conseil en 1541, secrétaire français du Conseil. La branche bernoise des Weck s'éteint au XVIIe siècle.

    2. A l’époque du patriciat:

    des magistrats, des officiers et des fonctionnaires

    François reconnaît la bourgeoisie de son père en 1522 et l'assigne sur sa maison de la Grand-Rue, au haut du Stalden. On assigne souvent sa bourgeoisie sur une maison. En 1520, il devient membre des Deux-Cents, en 1524 des Soixante, en 1525 du Conseil secret. Sa situation matérielle est prospère, car il achète en 1535 une maison du Gouvernement. Il meurt en 1552, père de sept enfants.

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    Pour acquérir la bourgeoisie aux XVe et XVIe siècles, il faut remplir plusieurs conditions: posséder un immeuble, avoir séjourné à Fribourg entre dix et trente ans, payer des taxes élevées. Le fait d’appartenir à une ancienne lignée, la fortune et l’instruction permettent à

    certaines familles de dominer la bourgeoisie de la ville-capitale et de gouverner: c’est le

    patriciat. Le Conseil secret se recrute lui-même, il prépare les candidatures aux autres conseils et aux fonctions les plus importantes, propose les lois et s’occupe de toutes les questions

    politiques.

Très tôt, les Weck jouent un rôle politique et à font partie de l’oligarchie qui se met en place à

    Fribourg. Depuis le début du XVIe siècle, ils ne cessent de fournir à la République des magistrats et des officiers. L'un des fils de François, Jean ou Hans ( ?-1564) fait partie des

    Deux-Cents dès 1551 et devient bailli de Corbières en 1558. Un autre fils, Gaspard (1535-

    1587) achète des terres à Blumensperg et, en 1584, une ?grange avec pré et champ sis devant

    la porte des Etangs, lieu dit aux Bonnes Fontaines ou Chamblod [aujourd’hui Chambioux]

    dans la paroisse de Givisiez (…).? Il est membre des Deux-Cents, puis des Soixante, grand

    sautier, bailli de Schwarzenburg, banneret du quartier des Places, membre du Conseil secret en 1583. Seules les cinquante-six familles ?secrètes? peuvent faire élire leurs membres à certaines charges publiques importantes. Gaspard figure en 1585 parmi les troupes fournies

    par les Cantons catholiques à Henri III, roi de France, et à la Ligue. Incorporé dans le régiment de Jean de Lanthen, il prend part à l'expédition dite de Gascogne, dirigée contre Henri de Navarre.

Rodolphe ( ?-1655), fils de Gaspard, fait une carrière militaire au service de la République

    de Gènes, puis au service de France. Il occupe nombre de charges civiles à Fribourg: membre des Deux-Cents, grand sautier, membre des Soixante et du Conseil secret, banneret, conseiller, directeur de l'arsenal et de la douane, bourgmestre, lieutenant d'avoyer, enfin avoyer depuis 1648 jusqu'à sa mort en 1655. Il fait partie de la députation envoyée au Roi de France par la Diète de Baden (décembre 1649), pour réclamer le paiement de sommes considérables dues aux troupes suisses. En 1652, il participe à Turin aux négociations en vue de renouveler l’alliance entre les Cantons catholiques et la Savoie.

    Nicolas (1729-1803), mort sans enfants, joue un grand rôle militaire. Il est capitaine dans les troupes de Louis XV, participe au siège de Maestrich, est blessé à Sondershausen en 1758, prend part au combat de Bergen et est fait prisonnier à Dillenbourg, en 1760, par le duc de Brunswick. Créé chevalier de Saint-Louis en 1772, il reçoit son brevet de major en 1773, celui de lieutenant-colonel en 1780. Il rentre à Fribourg, après avoir, durant quarante-deux ans, servi avec distinction le roi de France. Il est promu colonel commandant du régiment du bailliage commun de Schwarzenburg, major-général à Fribourg, en 1781, pendant le soulèvement dirigé par Chenaux. En 1797, il est désigné comme banneret. Le général Dumouriez, ministre de Louis XVI, lui écrit pour le prier d'user de son influence en faveur des rapports entre la Suisse et la France. Lors de l'occupation française en 1798, Nicolas compte

    parmi les otages pris en garantie de paiement de la contribution de guerre. Emprisonné au couvent des Cordeliers, il est transféré à Chillon. Il construit la maison de la Grand-Rue 44, qui demeurera propriété de la famille jusqu’au XXe siècle et sera vendue à l'Etat de Fribourg,

    qui y installera la Préfecture de la Sarine.

    Depuis le Moyen Age, un lent processus se produit au sein de la communauté bourgeoise de la ville de Fribourg, qui engendre le Conseil des Deux-Cents, organe politique suprême d’où sort les Soixante, conseil restreint, au

    sein duquel se forme la Chambre secrète. Elle compte 28 membres, soit 24 sénateurs et les 4 bannerets et devient toute puissante : elle se recrute par cooptation, délibère en secret, désigne, confirme ou destitue les membres des

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    Deux-Cents, présente aux conseils toute proposition qui lui semble bonne. Fait capital, les nobles en sont exclus;

    de même, ils ne peuvent revêtir l’importante charge de banneret. En revanche, l’avoyer peut être noble.

     En 1781, soixante-sept familles dirigent le canton de Fribourg en maîtres absolus. La convention passée le 17 juillet 1782 a pour but de rétablir la paix entre les nobles, les familles anoblies pour services rendus par quelque

    souverain étranger, et les patriciens. Elle donne aux uns et aux autres le droit de se faire appeler nobles et de

    mettre la particule devant leur nom de famille. En 1830, le Gouvernement fribourgeois abolit le port de la particule. Jusque dans les années 1960, il y a officiellement une famille Weck, Diesbach, Reynold etc. Et gare au jeune garçon qui, au Collège Saint-Michel écrit ?de Weck? sur la feuille de son épreuve d’arithmétique! On lui rappelle immédiatement qu’on vit ?en démocratie?. L’usage de la particule est aujourd’hui admis dans le Canton,

    mais rien n’indique que la décision de 1830 ait été officiellement abrogée…

    3. Un seul de Weck a de la descendance!

    Charles-François (1694-1750), propriétaire du domaine de Villars-sur-Marly, qui a accompli une période au service de France dans le régiment Wittmer, accède au Conseil des Soixante et au Conseil secret en 1781, siège dans tous les conseils de la République. Il a quatre filles et six fils: Nicolas (1729-1803), Charles (1735-1796), qui est le premier Weck à porter la

    particule à la suite de la convention passée en 1782 entre nobles et bourgeois patriciens,

    Antoine (1737-1766), Albert (1742-1799), Rodolphe (1738-1758), Louis (1746-1833). Ils

    font tous partie du Conseil des Deux-Cents, sauf Rodolphe parti au service de France dans le

    régiment de Waldner. Cinq d’entre eux meurent sans descendance.

Charles-François est l’ancêtre commun de tous les de Weck jusqu’à nos jours. Ses fils sont

    les souches des quatre branches de la famille:

    Illustration 02: Rodolphe (1784-1858)

    - Rodolphe (1784-1858), dit ?l’avoyer?, de la branche de Villars-d’en-Bas. Archiviste

    de l'Etat, préfet, conseiller d’Etat, puis avoyer, il doit s’expatrier en 1847. C’est un des

     la maison promoteurs de la construction du grand pont suspendu à Fribourg. Il habite

    de la Grand-Rue héritée de son père. Il fait construire par l’architecte Joseph de

    Raemy la maison de campagne de Villars-sur-Marly, à l’origine du terme ?Branche de

    Villars-d’en-Bas?. Lieutenant colonel, il commande en 1831 les cinq compagnies

    fribourgeoises envoyées à Neuchâtel par la Diète à la suite de troubles politiques; en

    1832, il commande la troupe chargée de réprimer le soulèvement de Domdidier.

    Pendant la guerre du Sonderbund, il commande la redoute de Torry.

    Illustration 03: François de Weck-Fontaine (1785-1862)

    Merci à Nicolas von der Weid de nous avoir autorisé à reproduire certains portraits de sa collection

    informatisée, qui en compte plus de trois mille!

    - François (1785-1862) de la branche des Bonnes-Fontaines. C’est le père de Louis

    Weck-Reynold (1823-1880). Député au Grand Conseil, préfet de Morat, président du

    Tribunal d'appel, commandant de la place de Fribourg lors du Sonderbund, il doit

    s’enfuir après la capitulation de la ville et se réfugier à Saint-Julien, puis à Berne. Il

    revient dans sa ville en 1850 où le régime radical lui impose le paiement d’une

    contribution de cent mille francs. Il est le propriétaire du domaine des Bonnes-

    Fontaines d’une vingtaine d’hectares d’un seul tenant, aux portes de Fribourg sur la

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    paroisse de Givisiez. Le château est construit en 1830, œuvre de l’architecte Joseph de

    Raemy, qui construit également la nouvelle maison du Windig, transmise à la famille

    Esseiva par Albertine (1915-1993), descendante d’Albert.

    - Albert (1791-1850) de la branche de Villars-d’en-Haut. Il hérite de son frère

    Rodolphe l’ancienne maison de famille de Villars-sur-Marly, achetée vers 1750 par

    Madame Charles Weck-Montenach. On peut supposer que François, plus âgé que lui,

    n’en a pas voulu, puisqu’il possède les Bonnes-Fontaines

    - Louis (1794-1882) de la branche d’Onnens. En 1783, il hérite de son père du grand

    domaine d’Onnens, qui comprend la Fin Davaud, et du château que celui-ci a acquis.

    Louis joue un rôle important lors de la guerre du Sonderbund et de la troisième

    insurrection conservatrice de Carrard contre le Gouvernement radical en 1853. Au

    cours de sa formation militaire à Thoune, il a comme camarade le futur empereur des

    Français, Napoléon III. Son talent de peintre est connu.

    Illustration 04: Château des Bonnes-Fontaines.

    Illustration 05: Château d’Onnens.

    Illustration 06: Villars-sur-Marly, château de François de Weck.

    Illustration 07: Marly, château de Weck.

    Illustration 08: Grandes-sur-Marly/Pierrafortscha, château de Pierre de Gottrau.

    Illustration 09: Fribourg, Grand-Rue 44, la Préfecture, anciennement maison de

    Nicolas de Weck (1729-1803)..

Les Bonnes-Fontaines : le château et le domaine

?Mon grand-père, écrit Maurice (1867-1950) dans ses souvenirs restés inédits, avait fait construire le château

    (…). Il porte sur son fronton les armes de Weck et Fontaine et a grande allure, avec sa grande terrasse, son péristyle et son parc, où mon grand-père avait planté des arbres, qui sont devenus superbes. Le château domine la route de Payerne et l’on y arrive par une belle allée de platanes et d’ormes. Le château comprend, au rez-de-

    chaussée, le salon, le petit salon et la salle à manger, trois belles pièces donnant sur un vaste corridor. Du côté de la terrasse, le rez-de-chaussée est surélevé et l’on accède au salon depuis la terrasse par un escalier monumental en pierre de la molière. Il y a encore au rez-de-chaussée la cuisine et une grande chambre qui servait autrefois de salle à manger pour les domestiques. Le premier étage comprend neuf pièces, dont trois chambres à coucher et un bureau. Il y a un vaste galetas, avec des chambres de domestiques, et de très belles caves.

     2Le domaine a une superficie de 60 poses et s’étend de la route de Payerne jusqu’au sommet de la colline de

    Torry, d’où l’on jouit d’une vue superbe sur les Alpes et le Jura. Les bâtiments servant à l’exploitation du domaine sont au nord du château. Il y a la ferme, comprenant le logement du fermier et un joli appartement que nous occupions avant la mort de ma grand-mère. Il y a encore deux vastes bâtiments, comprenant granges, écuries, manège, remises, plus un grenier et une porcherie. Ce domaine (…) était une des plus belles propriétés des environs de Fribourg. Outre les bâtiments, il y avait encore la serre, le chenil, la basse-cour, le four, la buanderie et les bûchers. Un grand jardin potager se trouvait à l’ouest du château. La terrasse était au Sud et

    l’entrée principale au Nord. Quelques marronniers, entourant une fontaine, séparaient le château des bâtiments de la ferme. Des massifs de fleurs, devant le péristyle et sur la terrasse, offraient en été un coup d’oeil charmant.

    (…).? A la fin des années 1880, un court de tennis est aménagé à proximité du château, au moment où ce jeu commence à être pratiqué à Fribourg. Frédéric (1849-1942), fils de Louis Weck-Reynold (1823-1880), se

    trouve forcé en 1938 de vendre les Bonnes-Fontaines à la Commune de Fribourg, qui ne tarde pas à céder le château à une congrégation religieuse allemande.

     2 En ancien français, ?pose? signifie ?repos?. La pose serait donc originellement la surface que l’on peut labourer en un jour. La pose fribourgeoise valant 3600 mètres carrés, le domaine a une surface de 21,6 hectares.

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    Onnens: le ?Château d’en haut? est une école primaire...

    Le Château d’en haut, devenu en 1950 habitation des instituteurs, est une maison de campagne cossue. Elle date du dernier quart du XVIIIe siècle. Maison de campagne serait l’expression la plus convenable pour ces édifices

    qui n’étaient souvent occupés qu’en été par les patriciens de Fribourg. A Onnens comme en maints autres

    endroits, c’était de riches propriétaires terriens. Les villageois appelaient châteaux ces résidences, parfois les

    seules maisons totalement en pierre de la localité. Le patricien François Pierre Brunisholz, ancien bailli de Saint-Aubin, fait construire le Château d’en haut. Il décède le 26 février 1783, dernier représentant de cette famille. Le bâtiment reste en mains patriciennes: les de Weck d’Onnens au XIXe et au XXe, puis la famille de Marcel von

    der Weid et le beau-frère de ce dernier, Pierre Aeby, dont une rue de Fribourg porte le nom. Lorsqu’elle a des

    problèmes pécuniaires, une commune a souvent recours à ses châtelains pour des emprunts. En 1950, devenu

    propriété du Cercle scolaire, le Château d’en haut abrite des salles de classe dans une annexe qui remplace la

    galerie qui jouxtait le bâtiment. Le magnifique parc arborisé a disparu lors de la transformation. Léon Genoud,

    dans un ouvrage de 1894 intitulé Géographie locale, appelle le Château d’en haut ?Château de Weck? et celui

    d’en bas ?Château d’Affry?.

Les épouses des fondateurs des quatre branches

    Prénom Date du mariage Prénom et nom de l’épouse

    Rodolphe (1784-1858) 13.01.1812 Madeleine d’Odet (27.09.1781-26.09.1812)

    22.10.1817 Emilie Marchant de Grandmaison (?-11.08.1819)

    12.05.1823 Louise de Maillardoz (?-19.06.1829)

    François (1785-1862) 02.09.1822 Pauline Fontaine (10.02.1802-17.03.1875)

    Albert (1791-1850) 27.11.1837 Henriette d’Amman (08.11.1809-14.09.1875)

    Louis (1794-1882) 25.08.1833 Fanchette d’Appenthel (22.08.1801-18.02.1870)

    4. 1815-1880: des fonctions importantes aux niveau cantonal et fédéral

    Dans plusieurs familles fribourgeoises, il existe une institution qui remonte au Moyen-Age, qu’on appelle majorat, substitution ou fidéicommis. Depuis 1704, la famille Weck dispose

    d’une substitution, établie par Nicolas (1661-1707), comprenant le domaine de Blumisberg,

    autrefois Blumensperg. C’est en général le premier-né qui en est le bénéficiaire. En 1827,

    Louis (1746-1833), resté sans descendance, s’entend avec ses quatre neveux, fils de Charles,

    pour restreindre le mode de jouissance fixé par l’acte de substitution, afin de créer une caisse destinée à pourvoir aux frais d’entretien du domaine de Blumisberg et une seconde, dont les revenus devront être utilisés pour l’éducation des membres les moins aisés de la famille. Le 10 mars 1827, ils passent une convention qui pose les bases de l’actuelle Fondation de la famille de Weck.

    En 1830, quinze ans après le retour au pouvoir du patriciat dans certains Cantons, une aspiration à de véritables droits démocratiques (droits de l’homme, liberté de presse, de commerce et d’industrie) se développe à Fribourg, qui les inscrit dans sa Constitution. Cela n’empêche pas Rodolphe d’être réélu au Grand Conseil en 1834 où il a déjà siégé de 1814 à

    1831, puis de devenir conseiller d’Etat en 1838 et avoyer en 1839. Son frère François (1785-

    1862), préfet de Morat en 1828, devient député au Grand Conseil en 1837. Il est commandant de la place de Fribourg lors de la guerre du Sonderbund.

     ?Sauf mon cousin Georges de Montenach, la famille de Weck presque dans son ensemble et quelques enfants perdus en quête d’une place, écrit Gonzague de Reynold dans ses Mémoires,

    la société aristocratique boudait le régime et le régime affectait de l’ignorer. Elle perdait de

    l’argent à vivre au-dessus de ses moyens à ne rien faire, ou pas grand-chose?, c’est-à-dire à

    vivre de ses rentes. Cette affirmation se rapporte à la seconde moitié du XIXe siècle. Les membres de la Société se laissent souvent aller aux plaisirs malsains du dénigrement, une

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    habitude qui trouve son origine dans le manque d’intellectualité, voire de curiosité d’esprit, de ces messieurs et de ces dames qui se trouvent en état d’infériorité en face d’une bourgeoisie qui les dépasse en culture et en fortune.

    Quoi qu’il en soit, trois de Weck occupent à cette époque des fonctions politiques importantes aux niveaux cantonal et fédéral.

    - Rodolphe Weck-Vevey (1826-1861), membre du Grand Conseil depuis 1856, date du retour au pouvoir des conservateurs après un régime radical imposé à la fin de la guerre du Sonderbund, accède au Conseil d’Etat en 1857 et y siège jusqu’à sa mort, à trente-six ans.

- Son frère Louis Weck-Reynold (1823-1880), qui a fait son droit à l’Université de Fribourg,

    est un gentleman-farmer qui gère son domaine des Bonnes-Fontaines. S’il s’intéresse à la

    politique, il n’y participe pas activement. A la mort de Rodolphe, il devient conseiller d’Etat,

    responsable des finances, et siège au Gouvernement jusqu’à sa mort en 1880. Il préside le

    Conseil d’Etat en 1872, 1874, 1876, 1877, 1879 et 1880. Il se distingue au Conseil des Etats en 1863 lors du débat sur la ligne du Gothard, sauve le projet en proposant un compromis qui peut satisfaire les cantons non directement concernés.

- Charles Weck-Buman (1837-1931) est député au Grand Conseil et, de 1881 à 1906,

    membre du Conseil d’Etat. Il succède à Louis Weck-Reynold et prend le Département de la

    justice et des cultes. Pas très orateur, il a en revanche belle prestance, particulièrement lors des cérémonies. Les radicaux le surnomment ?Don Pomados?! De 1900 à 1906, il siège au Gouvernement avec son cousin Philippe, d’abord directeur de la police, puis de la justice et des cultes, qui se retire en 1912. Commandant du bataillon 39, il s’était trouvé avec ses

    hommes aux Verrières, lors de l’internement de l’armée Bourbaki en 1871.

    - François Weck-Surbeck (1827-1895) siège au Grand Conseil de 1861 à 1871 et occupe la syndicature de Pierrafortscha de 1881 jusqu’à sa mort.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on pourrait penser qu’il existe une sorte de loby de

    Weck. Rodolphe, l’oncle de Louis Weck-Reynold siège au Conseil d’Etat, puis son frère

    Rodolphe et son beau-frère de Gendre. Au Grand Conseil, il a un autre beau-frère, Charles-Eugène de Buman, le mari de sa soeur Louise. Au pouvoir judiciaire, on trouve deux juges

    cantonaux, de Buman et Frédéric de Gendre (son épouse est une Reynold), auxquels il faut ajouter le commandant de la police, Eugène de Buman, le mari de Pauline, sœur de Louis.

Membres de la famille ayant exercé

    des fonctions publiques (1500-1945)

    Assemblée/fonction Nombre

    Conseil des Deux-Cents 17

    Conseil des Soixante 11

    Conseil secret 9

    Grand Conseil 10

    Conseil secret (vers 1800) 2

    Conseil d’Etat 5

    Conseil national 1

    Conseil des Etats 3

    Bailli/préfet 13

    Juge/procureur 8

     9

    Syndic 6

Officiers au service étranger

    Caspar 1535-1587

    Rodolphe ?-1655

    Nicolas 1613-1692

    Daniel 1629-1653

    Rodolphe ?-1710

    Charles 1694-1750

    Rodolphe 1701-1784

    Nicolas 1729-1803

    Charles ?-1796

    Rodolphe 1742-1799

    Ernest 1869-1899

    Dans les années 1850, la population, toutes sensibilités politiques confondues, réclame le chemin de fer pour le canton de Fribourg. Avant qu’il ne perde le pouvoir en 1856, le régime

    radical de Fribourg remporte une victoire ferroviaire: le passage de la ligne Genève Berne

    par Lausanne Romont - Fribourg, non par Payerne et Morat. C’est dans ce contexte que

    Rodolphe Weck-Vevey, frère de cadet de Louis Weck-Reynold, est élu député de la Singine

    en 1857 et, la même année, conseiller d’Etat, directeur des finances. En 1858, il obtient à Bâle

    un emprunt 16 millions de francs, décrété le 18 juin 1860, pour sauver de la faillite la compagnie d’Oron et assurer la construction de la ligne Lausanne – Romont Fribourg

    Berne. Selon les Etrennes fribourgeoises de 1882, ?l’emprunt se heurtait à des difficultés

    paraissant insurmontables et, après de réels services rendus dans ce poste ingrat et dans toutes la limite de son bon vouloir et de ses facultés, M. Rodolphe de Weck succomba aux

    fatigues et aux soucis de tout genre de son entreprise, le 17 septembre 1861 (…). Il ne suffisait pas de pleurer la perte irréparable que le Canton venait de faire. Il fallait trouver un homme capable de succéder à M. Rodolphe de Weck et de mener à terme l’immense tâche

    entreprise. Ce fut son frère Louis que choisit le Grand Conseil (2 octobre 1861) avec un tact qui fait honneur à cette assemblée.?

    Illustration 10: Louis Weck-Reynold

    Illustration 11: Ottile, femme de Louis Weck-Reynold. De gauche à droite, Ottile, Anna,

    Georges de Montenach.

    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Léon Savary, écrit au début d’une biographie restée inachevée et inédite: ?Louis Weck-Reynold, né en 1823, conseiller d'Etat de 1861 à

    1880, fut le chef incontesté du Gouvernement fribourgeois durant les dix-neuf ans de sa magistrature. Ce ne fut nullement un politicien au sens péjoratif du terme, mais un véritable homme d'Etat; ce qui revient à dire qu'il ne fit pas de la politique pour satisfaire une ambition ou des intérêts personnels, mais pour répondre à l'appel de ses concitoyens et pour se dévouer à la République, au service de laquelle il mit les dons supérieurs de son intelligence, de son caractère, de son cœur.

    C'était un aristocrate, un représentant des anciennes familles patriciennes, de cette bourgeoisie secrète qui avait pris le pouvoir dès le XVIe siècle et l'avait conservé, sauf durant la époque révolutionnaire et napoléonienne, jusqu'en 1830. S'il avait vécu plus tôt, il eût accédé aux charges publiques en vertu d'un droit exercé par ses pairs. C'est chose d'autant

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    plus remarquable que, sous un régime autrement démocratique, il ait été choisi, élu, toujours réélu, par les représentants du peuple et en vertu des lois mêmes qui avaient aboli l'oligarchie.

    Ce seul fait, déjà, plaide pour lui. Et d'ailleurs, plus attentivement l'on scrute cette physionomie morale, plus on y reconnaît les traits du vrai magistrat démocratique: un respect exemplaire de la loi, un souci scrupuleux de la justice, la tolérance à l'égard des opinions d'autrui, la bienveillance envers ses administrés, le souci constant du bien commun, le dévouement aux affaires publiques, un labeur soutenu et désintéressé; à quoi il faut ajouter l'horreur des procédés tortueux, de ce qu'on appelle aujourd'hui, d’un mot aussi laid que la chose, les combines, le culte de la franchise et de la loyauté.

    Toujours ferme sur le terrain des principes, Weck-Reynold fut bon et pacifique pour les hommes, fidèle à ses amis, généreux pour ses ennemis, équitable et magnanime en maintes occurrences, mais surtout dans celles où l'équilibre des esprits était troublé par la violence des passions. D'un naturel prompt, plutôt colérique, il eut le mérite de se dominer constamment, de prendre le temps de la réflexion afin d'éviter des décisions précipitées, d'écouter les avis et de les peser avant de se déterminer. Mais ce qu'il y a peut-être de plus émouvant, dans le cas de ce gentilhomme, qui pouvait vivre heureux, entouré des siens, à l'écart des luttes acharnées, dont sa famille n'avait que trop souffert déjà, c'est le parfait oubli de soi dont il fit preuve, d'abord en acceptant la lourde charge de membre du Gouvernement, puis en lui consacrant sa vie, en usant ses forces au service du pays.

    Le peuple fribourgeois a compris ce qu'il y a de grand dans cet exemple. Et la popularité quasi sans égale dont jouit, durant sa carrière politique, Louis Weck-Reynold, la

    reconnaissance que l'on voue encore à sa mémoire, ont leur source, précisément, dans cette certitude qu'il voulait, par-dessus tout, servir au plus haut sens du mot, et qu'il a réalisé son dessein.?

Trois anecdotes vont dans le sens des affirmations de Léon Savary. Après l’insurrection

    conservatrice manquée de 1848, conduite par son frère Rodolphe, Louis Weck-Reynold, avec

    d’autres prisonniers politiques, est enfermé quelques jours aux Augustins par les radicaux fribourgeois qui ont pris le pouvoir dans le Canton, à la suite de la victoire de leurs coreligionnaires à la guerre du Sonderbund. En 1856, les conservateurs fribourgeois gagnent

    les élections. En 1861, Louis, dont les proches craignent les accès momentanés de colère (les célèbres zimperlés Weck), devient conseiller d’Etat. Il refuse de congédier les fonctionnaires de la Chancellerie qui sont tous radicaux, mais il ne peut pas, raconte sa fille Anna, liquider

    l’ensemble de sa correspondance au bureau, surtout lorsqu’elle touche des ?questions

    politiques délicates?. Ce genre de lettres, il les dicte à sa fille dans la bibliothèque du château

    des Bonnes-Fontaines. Comme directeur des finances, il lui appartient également de signer à la main les billets de banque, ce qu’il fait le soir au château, après le dîner!

    Illustration 12: Scène marine par Louis Weck-Reynold

    Illustration 13: Château d’Estavayer par Louis Weck-Reynold

En décembre 1878, Louis Weck-Reynold se présente comme conseiller fédéral. C’est la

    première fois qu’il y a une candidature d’un conservateur-catholique: à l’époque, les sept

    sages sont radicaux… A l’Assemblée fédérale, il obtient 53 voix contre 108 à son rival

    libéral Simeon Bavier de Coire. Peu après, une énorme brioche, dont l’expéditeur est inconnu, arrive aux Bonnes-Fontaines. Le paquet est ouvert avec circonspection: on craint qu’il ne soit explosif! La brioche n’est-elle pas empoisonnée? Finalement, les enfants dévorent sans

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