DOC

De l'homme (1936)

By Tracy Daniels,2014-08-29 11:17
16 views 0
De l'homme (1936)

    Raph LINTON (1936)

    DE L’HOMME

    (Traduction et présentation d’Yvette Delsaut)

    Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay,

    professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

    Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca

    Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"

    Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

    Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

    Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 2

    Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :

Ralph Linton (1893-1953)

De l’homme (1936)

    Une édition électronique réalisée à partir du livre de Ralph Linton, De l’homme. Traduction de l’Anglais et présentation d’Yvette Delsaut. Paris : Éditions de Minuit, 1968, 536 pages. Collection : Le sens commun.

Polices de caractères utilisée :

    Pour le texte: Times, 12 points.

    Pour les citations : Times 10 points.

    Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    Édition électronique réalisée avec le traitement de textes

    Microsoft Word 2001 pour Macintosh.

    Mise en page sur papier format

    LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 3

Table des matières

Note concernant la traduction

    Présentation

    Avant-propos

    Introduction

CHAPITRE 1. Les origines de l'homme

    CHAPITRE 2. La notion de race

    CHAPITRE 3. La signification des différences raciales CHAPITRE 4. Les fondements de l'entendement humain CHAPITRE 5. Les fondements de la culture CHAPITRE 6. Les aspects particuliers de la culture CHAPITRE 7. La socié

    CHAPITRE 8. Le rôle et le statut

    CHAPITRE 9. Les matières premières de la société CHAPITRE 10. La famille

    CHAPITRE 11. Le mariage

    CHAPITRE 12. Les unités sociales déterminées par la parenté CHAPITRE 13. Le groupe local

    CHAPITRE 14. La tribu et l'État

    CHAPITRE 15. Les systèmes sociaux

    CHAPITRE 16. La participation à la culture CHAPITRE 17. Le problème des propriétés de la culture CHAPITRE 18. L'invention et la découverte CHAPITRE 19. La diffusion

    CHAPITRE 20. L'intégration

    CHAPITRE 21. Les reconstructions historiques CHAPITRE 22. Les classifications

    CHAPITRE 23. La fonction

    CHAPITRE 24. Les intérêts

    CHAPITRE 25. Les orientations de la culture CHAPITRE 26. La culture et la personnalité

Conclusion

    Bibliographie des travaux de l'auteur

Ralph Linton (1936), De l’homme. 4

À la civilisation à venir.

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 5

    NOTE CONCERNANT

    LA TRADUCTION

    Nous avons pensé servir l'auteur en supprimant quelques redites, surtout dans les conclusions ou les intro-

    ductions de chapitre et dans les transitions, et en nous conformant dans l'ordre de la rhétorique à la règle de la transposition que nous avons suivie au niveau du voca-

    bulaire et de la syntaxe.

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 6

    1Présentation

Retour à la table des matières

    La sociologie de la connaissance rappelle qu'il n'est pas d'œuvre qui ne soit oeuvre de circonstance, non pour contester, comme on le croit souvent, la prétention de travaux nécessairement situés et datés à valoir pour tous les temps, mais pour inciter à une lecture à la fois compréhensive et vigilante. S'il est vrai que The Study of Man doit à son époque un certain nombre de ses options fondamentales - en particu-lier une représentation optimiste de l'ordre social - il reste que c'est surtout par sa for-me et par son destin ultérieur au sein de la communauté scientifique que cette œuvre est justiciable de l'analyse sociologique.

    Sans doute la position occupée par Linton dans le monde savant a-t-elle pu l'inci-

    2ter à entreprendre une œuvre de synthèse telle que The Study of Man : qui, sinon

    une célébrité universitaire - les deux termes ont leur importance - aurait explicitement osé entreprendre de ? résumer les résultats auxquels l'anthropologie est déjà parvenue

     1 Toutes les informations d'ordre biographique contenues dans cette présentation sont tirées de la

    biographie de Ralph Linton (1893-1953) qu'a publiée Clyde Kluckhohn dans Biographical

    Memoirs, vol. XXXI, New York, Columbia University Press, 1958. 2 Depuis 1928 en effet, Linton a abandonné l'administration du Field Museum of Natural History de

    Chicago pour occuper un poste de professeur adjoint à l'université de Wisconsin, puis de

    professeur d'anthropologie à Madison (de 1929 à 1937), avant de reprendre à Columbia la chaire

    laissée vacante par Boas en 1938. En 1946 enfin, il devient Sterling Professor d'anthropologie à

    Yale. Parallèlement à ces activités d'enseignement, il dirige les revues American Anthropologist

    de 1939 à 1944 et Viking Fund Publications in Anthropology de 1947 à 1951. Il reçoit, vers la fin

    de sa vie, de nombreuses distinctions officielles : élu à la National Academy of Sciences en 1945,

    il en préside la section d'anthropologie de 1948 à 1950, et reçoit le prix d'anthropologie générale

    pour 1951.

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 7

    et de poser les problèmes essentiels qu'elle n'a su encore résoudre ? ? Conciliant deux ordres d'exigences, contradictoires sous certains rapports, celles qui s'imposent au conférencier s'adressant à des profanes et celles que s'impose le savant écrivant pour des pairs, l'ouvrage présente l'originalité d'allier à une rigueur toute scientifique un style totalement exempt de fausses virtuosités techniques qui, comme l'observe Kluckhohn, peut atteindre et retenir l'humaniste autant que le savant. Il fallait à Linton toute l'autorité que lui conféraient sa notoriété et son autorité scientifique pour pouvoir abdiquer aussi complètement les protections d'une scientificité ostentatoire et pour entreprendre de livrer un bilan des acquis, des problèmes et des difficultés de la science anthropologique aussi rigoureusement honnête et aussi complètement dé-

    3pouillé d'artifices . Il convient pourtant de ne pas se laisser abuser par la facilité du style et la familiarité du ton qui semblent en appeler à l'opinion des lecteurs, même profanes ou novices, et s'offrir aux réinterprétations réductrices du sens commun : sous les apparences modestes d'une simple mise en ordre scolaire des connaissances établies, Linton propose en fait une reformulation originale et une réorganisation complète des problèmes et des concepts fondamentaux de l'anthropologie. S'il fait une part très faible au débat philosophique sur la spécificité des sciences humaines, c'est sans doute que ce problème, si important dans la tradition européenne, n'entre pas dans les préoccupations théoriques de l'anthropologie américaine et que Linton, archéologue de formation, entend constituer la science anthropologique en se référant

    4directement aux sciences de la nature .

    C'est aussi le style de l'homme qui donne à l'œuvre sa facture particulière. Ainsi,

    si Linton écrivait comme on parle, il parlait, disent ceux qui l'ont entendu, comme on écrit : alors que ses livres ont l'apparente facilité du discours spontané et familier, son enseignement avait d'emblée, et en quelque sorte naturellement, la rigueur et la perfection du texte écrit. C'est encore cette alliance toute particulière de désinvolture apparente et de rigueur profonde qui caractérisait les rapports, empreints à la fois de

    5bienveillance et de fermeté, que Linton entretenait avec ses élèves et ses disciples .

    S'il en est ainsi, c'est que, dans son activité pédagogique comme dans son œuvre, cette

    3 C'est par référence à une image du savant et de son rôle dans la société qui nous est peu familière

    qu'il faut comprendre l'intention même de Linton. Humaniste soucieux de n'exclure aucun

    auditoire et de jouer dans tous les registres de l'activité intellectuelle, il publia des poèmes et

    assura la critique théâtrale dans des revues littéraires; il écrivit, en collaboration avec sa femme, un

    grand nombre d'ouvrages et d'articles de vulgarisation (cf. bibliographie nos 57, 66, 68, 76 entre

    autres) et participa à des spectacles télévisés. 4 Linton s'oriente très tôt vers l'archéologie. En 1915, au moment où il est diplômé au collège de

    Swarthmore, il est déjà engagé dans cette voie et a même acquis quelque expérience sur le terrain :

    pendant l'été de 1912, il a participé à des travaux archéologiques au Nouveau-Mexique et au

    Colorado du Sud, puis au Guatemala. Durant l'été qui suit l'obtention de son diplôme, il procède à

    des fouilles importantes dans le New Jersey (cf. bibl. nos 1, 2, 3). Il continue jusqu'en 1919 ses

    travaux d'archéologie sur le terrain, interrompus pendant deux ans par le service militaire. Il

    reprend ses recherches archéologiques en 1924, dans l'Ohio, et autour des années 30 il consacre

    plusieurs étés à des fouilles archéologiques dans le Wisconsin, sous les auspices du Musée de

    Milwaukee et de l'université de Wisconsin. 5 On raconte qu'au cours des expéditions ethnologiques Linton se chargeait lui-même de tous les

    entretiens avec les informateurs, ne laissant guère à ses étudiants l'initiative des questions à poser.

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 8

    sorte de familiarité accueillante dont Linton fait preuve repose toujours sur une

    6grande autorité, elle-même fondée sur une immense culture : en témoignent, entre

    autres, l'abondance, la diversité et la précision des exemples qui illustrent The Study of Man. C'est la même assurance qu'atteste le dédain de Linton pour l'érudition ostentatoire. On a pu voir dans le respect littéral de l'autorité des maîtres du passé que trahit certaine accumulation des références bibliographiques et des citations, l'une des

    7caractéristiques spécifiques de l'état préscientifique du savoir : accomplissant une

    œuvre de science et prétendant conférer à ses théories une autorité rationnelle, Linton se refuse à les légitimer par un recours scolaire à la tradition scientifique. Ainsi, la rareté des références, l'imprécision et la pauvreté de la bibliographie accompagnant l'édition américaine de The Study of Man procèdent moins d'une intention de vulga-risation que d'un projet scientifique, au sens le plus ascétique du terme. Linton ne succombe pas plus au culte positiviste du petit fait vrai : c'est parce que, dans un do-maine en apparence aussi positif que l'anthropologie physique, il se refuse à dissocier les faits des procédures théoriques dont ils sont les produits que, sous apparence de compiler les découvertes déjà faites, il peut émettre des hypothèses nouvelles - d'ailleurs vérifiées par la suite - en même temps qu'échapper aux conclusions précipi-

    8tées que les savants de son temps tiraient de certaines découvertes récentes . De

    même, dans le domaine de l'anthropologie culturelle, loin de se borner à ordonner, par référence à la tradition théorique existante, les faits ethnologiques qu'il a pu recueillir

    9sur le terrain au cours d'une expérience longue et multiforme d'ethnologue , il

    entreprend d'élaborer une construction théorique qui soit capable de synthétiser cet ensemble d'observations éparses, tout en s'appuyant sur les principes fondamentaux qui lui ont été révélés par sa pratique d'ethnologue : on peut supposer en effet que la nécessité de traiter la société comme système complexe de relations lui fut imposée et sans cesse rappelée par l'expérience de ces totalités concrètes que sont les petites sociétés closes et fortement intégrées, telles que les Tanala et les Comanches; et, de même, sa théorie des différences qui séparent les domaines de l'activité humaine selon leur degré d'institutionnalisation et, du même coup, d'uniformité et d'univer-

     6 Kluckhohn rapporte que, comme il venait de présenter à Linton un étudiant qui analysait ? l'image

    de la société à travers les sagas islandaises ?, celui-ci en discuta sur-le-champ à grand renfort

    d'arguments techniques. 7 Cf. G. Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Paris, J. Vrin, 1965, p. 27. 8 On n'en prendra pour preuve que la façon prudente dont Linton traite, dans son ouvrage, de

    l'Eoanthropus qui s'est finalement révélé être une mystification et de l' ? homme ? d'Heidelberg,

    en réalité un pithécanthropien. 9 Linton commence son apprentissage d'ethnologue au cours des années 1920-1922, qu'il passe aux

    îles Marquises à la faveur d'une expédition pour le Bernice P. Museum de Honolulu (cf. bibl. nos

    8, 14, 15). Déçu par la rareté des vestiges archéologiques mais stimulé par l'intérêt que présente

    pour lui la culture marquisienne contemporaine, Linton, qui avait pourtant été engagé dans cette

    expédition en tant qu'archéologue, s'oriente alors vers l'ethnologie. En 1925, il part en expédition à

    Madagascar où il passe deux ans et demi à recueillir des observations ethnologiques sur un certain

    nombre de tribus indigènes, en particulier les Tanala et les Bestiléos (cf. bibl. nos 20, 28, etc.).

    Durant l'été de 1934, il dirige une expédition chez les Indiens Comanches en Oklahoma (cf. bibl.

    nº 29) : ce sera là son dernier travail important sur le terrain. Il écrit The Study of Man aussitôt

    après, en 1936.

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 9

    10salité doit sans doute quelque chose à la familiarité, née d'une longue fréquentation, qui peut seule, dans une société apparemment homogène, découvrir les singularités sous les régularités. Il n'est pas de meilleur indice de la valeur et de la réussite de sa tentative (à peu près unique et en tout cas exemplaire dans la tradition ethnologique) pour définir, à partir de connaissances empiriques, les problèmes et les concepts fon-damentaux de toute théorie de la connaissance du social, que les innombrables emprunts, souvent inconscients ou inavoués, que lui ont faits et lui font encore ethno-logues et sociologues. Linton tenait The Study of Man pour son œuvre la plus importante et Clyde Kluckhohn, son biographe et disciple, observe en 1958 que ? l'on peut encore tenir pour la meilleure introduction à l'anthropologie générale ce livre écrit de façon claire et intelligente, habilement composé, riche en idées nouvelles et en exemples judicieux. Tout en faisant la synthèse des différents domaines de l'an-thropologie, l'auteur distingue parfaitement ce qui est propre à la sociologie, la biologie, la psychologie, la géographie, etc. Il présente simplement, mais avec préci-sion, la nature de l'homme en tant qu'animal et sa place dans le monde naturel. Il lait preuve d'une extraordinaire aptitude à juger des données de façon pertinente et à les synthétiser avec fermeté et audace, mais sans leur faire subir de distorsion. Souvent pittoresques, sans être jamais exploités à la manière journalistique, les exemples concrets qu'il choisit touchent l'imagination du lecteur et indiquent les points théori-

    11ques les plus significatifs ? . Si l'on ne peut nier l'influence qu'a pu exercer sur

    Linton la pensée de certains de ses professeurs - comme S. Trotter au collège de

    1213Swarthmore et F. Boas à l'université de Columbia , de certains de ses collègues à

    Madison, Kimball Young par exemple, et surtout de Radcliffe-Brown qui enseigna à l'université de Chicago en 1929 et dont la conception de l'anthropologie sociale com-me science naturelle, dotée d'un corps de concepts théoriques comparables à celui des autres sciences, ne pouvait que combler les attentes de Linton - sa démarche n'en reste pas moins profondément originale et autonome. Il a voulu fournir à l'anthropologie de son temps, qui se développait par accumulation plutôt que de façon cumulative, le corps de concepts et de schèmes de pensée qui lui permettrait de se constituer comme une science unifiée en s'organisant autour d'un petit nombre de principes fondamen-taux. Ce projet l'a conduit à élaborer une problématique nouvelle en faisant la synthè-se de problématiques qui, avant lui, restaient attachées à des traditions séparées. C'est ainsi qu'il rajeunit en le reformulant l'ancien débat sur les rapports entre l'individu et la culture, dans lequel il importe certains des concepts essentiels de la psychologie sociale, mais réinterprétés selon la logique propre de l'ethnologie et réinsérés dans la théorie de la culture comme système; de même, il pose en des termes nouveaux la

     10 Cf. dans le livre la distinction entre les universaux, les spécialités et les options. 11 Cf. Kluckhohn, loc. cit. 12 Élève peu brillant au collège de Swarthmore, il advint même que Linton se vît menacé d'exclusion

    temporaire pour résultats médiocres; il ne dut sa grâce qu'à l'intervention de l'un de ses professeurs,

    Spencer Trotter, qui convainquit les autorités du collège d'adoucir la règle en invoquant la réussite

    particulière de son élève en sciences naturelles. 13 La petite histoire veut qu'ils ne se soient jamais beaucoup liés et que Linton ait même été exclu du

    cours de Boas pour s'y être présenté en uniforme. Linton faisait bien son service militaire à cette

    date (1917-1919).

     Ralph Linton (1936), De l’homme. 10

    question de l'unité de l'anthropologie et de l'application des concepts et des méthodes de l'ethnologie aux sociétés modernes, ou encore, par exemple, celle de l'acculturation

    14et du changement social . Analysant les processus de diffusion culturelle, Linton

    rompt avec le postulat commun aux diffusionnistes et aux évolutionnistes qui s'accor-daient pour considérer le devenir de traits culturels isolés de leur contexte. Et tout se passe comme si, théoricien de l'emprunt culturel, il n'échappait pas, dans son effort de synthèse, à ces lois de la diffusion qu'il a lui-même énoncées et qui veulent que tout emprunt à un système culturel étranger, mais aussi au système conceptuel d'une autre science, se lasse au prix de réinterprétations créatrices et constitue en fin de compte une invention.

    Ainsi, c'est parce qu'il ne se contente pas de transposer à l'ethnologie les concep-tions fondamentales déjà préparées par The Study of Man et élaborées au cours de sa

    15collaboration avec le psychanalyste Abram Kardiner , mais qu'il les intègre à

    l'intérieur d'une problématique proprement sociologique, que Linton peut échapper aux faux problèmes dans lesquels est très vite tombée la recherche des relations entre la culture et la personnalité et prendre ses distances à l'égard des utilisations naïves ou caricaturales de la notion de ? personnalité de base ?. Conscient de l'hétérogénéité des conditionnements, même dans des sociétés homogènes et a fortiori dans des sociétés stratifiées, estimant qu'il est ? dangereux de supposer que l'un quelconque des fac-teurs agissant sur la personnalité exerce une influence dominante dans tous les cas ?, Linton restitue à une notion qui a connu tant d'utilisations métaphysiques ou mysti-ques sa véritable signification sociologique et il lui donne des dimensions nouvelles en la monnayant dans les deux concepts de ? personnalité statutaire ? et, plus tard, de ? personnalité statutaire liée à la classe ? (class-linked status personnality) qui prennent en compte les diversités de formation liées aux différentes classes sociales (cf. bibl. nº 73). Loin de se satisfaire d'une conception monolithique de la culture et de la représentation mécanique du rapport entre individu et société qu'enferme impli-citement l'utilisation de termes comme ceux de ? modelage ? ou d' ? intériorisation ?, Linton entreprend d'analyser les degrés d'universalité et d'institutionnalisation des modèles culturels et les différents niveaux de participation individuelle à la culture globale. C'est donc toujours avec la plus grande vigilance qu'il opère les transferts de schèmes de pensée ethnologiques aux sociétés stratifiées. Si le travail de réinter-prétation qui accompagne ces transferts peut paraître parfois inachevé, c'est sans doute que l'expérience de Linton est avant tout ethnologique; c'est peut-être aussi que sa réflexion n'échappe pas totalement à la philosophie optimiste de l'ordre social dans laquelle baigne toute la pensée sociale américaine et en particulier la sociologie structuro-fonctionnaliste qui lui doit nombre de ses concepts fondamentaux. Ayant toujours étudié des sociétés traditionnelles, fortement intégrées, Linton garde la

     14 Plus tard, Linton raffinera et précisera encore sa théorie de l'acculturation en proposant une

    typologie des formes et des conditions du contact culturel: contact direct (first hand contact) ou

    médiat (non first hand contact), continu ou discontinu (cf. bibl. nº 40). De la même façon, par le

    biais d'une typologie des mouvements nativistes, Linton systématisera davantage encore l'analyse

    du processus de désintégration et de réintégration d'une société (cf. bibl. nº 53). 15 Linton commencera à collaborer avec Kardiner à Columbia en 1938.

Report this document

For any questions or suggestions please email
cust-service@docsford.com