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SYNDICALISMEdoc - SYNDICALISME DE COMBAT ET PARTI REVOLUTIONNAIRE

By Kimberly Miller,2014-12-13 13:00
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SYNDICALISMEdoc - SYNDICALISME DE COMBAT ET PARTI REVOLUTIONNAIRE

    SYNDICALISME DE COMBAT ET PARTI REVOLUTIONNAIRE

    ; Par André Henry

    Préface

    Le petit livre que voici constitue un témoignage exceptionnel à un double titre. Un dirigeant ouvrier sorti du rang à force de militantisme et d'intelligence rend compte des combats auxquels il a participé. Ceux-ci ont permis aux travailleurs du verre de Charleroi de remporter une des rares victoires de la classe ouvrière wallonne, belge et européenne devant l'offensive systématique contre l'emploi déclenchée au cours des dernières années par le patronat (dans ce cas précis: la multinationale B.S.N.). Il explique les conditions de cette victoire: unité ouvrière conquise grâce au un respect jaloux de la démocratie ouvrière et syndicale; syndicalisme de combat s'opposant aux pratiques de collaboration de classe; constitution progressive d'un fort courant de gauche syndicale, permettant d'animer l'auto-organisation de la classe ouvrière.

    Ce même dirigeant ouvrier généralise son expérience et dégage de ces combats quelques règles valables pour la lutte ouvrière dans son ensemble, dans tous les pays capitalistes industrialisés d'aujourd'hui. Il explique les obstacles que la bureaucratie syndicale place sur la route des syndicalistes de combat, ainsi que les origines de cette bureaucratie. Il souligne la nécessité pour les travailleurs d'avant-garde, et les révolutionnaires en particulier, de combattre pour le renforcement et non pour l'affaiblissement de l'organisation syndicale (ce qu'il a d'ailleurs réussi avec éclat dans son entreprise, qui est maintenant syndiquée à 100%). Il met en lumière les rapports réciproques entre l'action syndicale et l'action politique dans le long combat pour l'émancipation de la classe ouvrière. Il justifie de même l'action réciproque des comités de grève et des délégations syndicales d'une part, celle du syndicat (et de la gauche syndicale) et du parti révolutionnaire d'autre part.

    Petit-à-petit, et presque sans que le lecteur s'en aperçoive, c'est toute une stratégie socialiste-révolutionnaire, fondée sur les revendications transitoires, sur l'auto-organisation de la classe ouvrière, sur la grève générale débouchant sur la dualité du pouvoir, sur le socialisme auto-gestionnaire fondé sur les conseils ouvriers, qui est développée.

    Tout cela est écrit dans un style clair et simple, sans grands mots ni phrases enflées, accessible au militant syndical moyen. C'est son sens de classe qui explique l'extraordinaire portée pédagogique de ce livre. Ce que notre camarade André Henry expose, c'est l'essence même de la conscience de classe des travailleurs: refuser tout ce qui divise, fragmente, morcelle, désoriente, démobilise les travailleurs, tout ce qui les maintient passifs, apathiques, dépendants d'autrui; stimuler tout ce qui mène à leur unité, à leur cohésion, à leur mobilisation, à une plus grande lucidité politique, à la confiance majeure en leurs propres forces.

    On pourrait lire en filigrane de chaque page de ce livre la vieille devise du mouvement ouvrier, qui conserve aujourd'hui plus d'actualité et plus de vérité que jamais: l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes. Ajoutons-y deux commentaires lapidaires: le socialisme sera l'oeuvre de la masse des travailleurs ou il ne sera pas; la civilisation sera sauvée par l'émancipation des travailleurs fondée sur la solidarité universelle ou elle sera détruite par le Capital, son égoïsme et la concurrence aveugles, son irrationalité croissante et son inhumanité.

    Ce livre qui honore la Ligue Révolutionnaire des Travailleurs et la IVe Internationale devra être diffusé dans toutes les entreprises, dans toutes les organisations syndicales. Il mérite d'être lu et médité par tous les militants de la FGTB et de la CSC, par tous les socialistes, communistes et révolutionnaires qui cherchent la voie vers l'émancipation du Travail et vers le socialisme dans notre pays.

    Que chacun qui le lit comprenne bien que la théorie qu'il expose car c'est un livre théorique au sens le plus profond du terme; il n'est pas issu de spéculations d'intellectuels, mais est formulée par un militant ouvrier éminemment pratique, dont l'action a contribué à des conquêtes réelles pour tout un secteur de notre classe ouvrière.

    Cette théorie-là est un produit pur de l'expérience et de la vie. C'est ce qui fait toute sa valeur. C'est ce qui lui assure un avenir certain.

    Ernest Mandel

    Avant-propos

    Ce petit ouvrage n'a pas la prétention d'analyser tous les aspects de l'action syndicale et politique du monde du Travail. Il ne traite que des points essentiels à la création d'un syndicalisme de combat et démocratique axé sur

    l'auto-organisation des luttes par les travailleurs. Il n'aborde que brièvement la question du Parti révolutionnaire, instrument indispensable au renversement du capitalisme.

    Notre préoccupation principale est d'aider les syndicalistes d'avant-garde à résoudre deux problèmes centraux auxquels ils sont quotidiennement confrontés:

    ; quelle position adopter vis-à-vis des organisations syndicales et de la bureaucratie qui les contrôle?

    ; comment organiser les travailleurs dans la lutte de tous les jours contre l'exploitation capitaliste pour les

    amener à adopter une stratégie révolutionnaire débouchant sur la construction du socialisme?

    Car l'idée centrale que les militants d'avant-garde doivent garder en permanence à l'esprit est que la crise capitaliste met plus que jamais à l'ordre du jour la construction de l'autogestion socialiste. Elle exige du mouvement ouvrier, s'il veut sortir des ornières du réformisme, qu'il relance la lutte pour des revendications transitoires, remettant en cause la logique même de l'exploitation capitaliste. Parmi celles-ci, le contrôle ouvrier et les nationalisations sans indemnités ni rachat sont des objectifs absolument irremplaçables. Il faut les lier à des formes de lutte efficaces qui préparent les travailleurs à prendre en mains leur propre destinée et celle de la société, qui préparent le pouvoir économique des conseils ouvriers.

    Le syndicalisme de combat qui est seul à même de tracer cette voie dépend avant tout de la conscience de l'avant-garde ouvrière et de la détermination qu'elle met, dans les combats quotidiens, à unifier les luttes des travailleurs. C'est pourquoi cette brochure consacre une large place à l'expérience concrète des combats ouvriers.

    Il paraîtra peut-être douteux à certains que cette brochure ait été rédigée par un travailleur manuel n'ayant jamais dépassé le stade de l'enseignement primaire. Si j'aborde cette question ici, c'est uniquement parce qu'elle présente en elle-même un certain intérêt politique. C'est la société bourgeoise qui est responsable de cet état de fait; et il est certain que l'auteur n'a pas appris sur les bancs de l'école bourgeoise ce qu'il a rassemblé dans cet ouvrage. Ma formation politique je la dois en premier lieu à mon père, ancien militant trotskiste, qui m'a permis de progresser rapidement dans la bonne voie, ainsi qu'à mon adhésion à la Quatrième Internationale et à sa section belge, la LRT.

    Ce dernier point n'est pas sans importance: tout parti qui se déclare révolutionnaire n'est pas pour autant capable de fournir à un ouvrier une formation politique marxiste révolutionnaire. Il faut pour cela un parti où règne la démocratie la plus large, où le sectarisme est éliminé, un parti qui s'appuie sur l'expérience historique du mouvement ouvrier international et est capable d'en tirer les leçons sans dogmatisme. C'est tout cela que l'auteur de cette brochure a trouvé en s'affiliant à la Quatrième Internationale.

    Je terminerai cet avant-propos en remerciant le camarade Alain Tondeur pour la collaboration précieuse qu'il m'a apportée dans la rédaction de cet ouvrage. C'est une preuve de plus que l'harmonisation entre travailleurs manuels et intellectuels n'est pas un vain mot mais une réalité concrète de l'organisation révolutionnaire.

    André Henry

    Gilly, le 27 avril 1977

    I. Les difficultés rencontrées par l'avant-garde syndicale

    Depuis des décennies, la politique réformiste des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier trahit les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière. Pour ouvrir une brèche dans l'édifice capitaliste et marcher sur la voie du socialisme, l'avant-garde ouvrière consciente et révolutionnaire doit sortir le mouvement ouvrier des sentiers battus du réformisme. Pour cela, il est indispensable qu'elle se structure et coordonne son action dans un esprit d'unité, avant tout dans la pratique syndicale de tous les jours. En effet, les organisations syndicales regroupent plus de 70% des travailleurs de notre pays. Elles sont les seules à pouvoir mobiliser des dizaines de milliers de travailleurs. La manifestation de la FGTB du 13 mars 1976 avec ses 100.000 participants, est là pour le confirmer. Ce sont aussi les seules organisations du mouvement ouvrier où luttent au coude à coude tous les travailleurs, quelle que soit leur appartenance politique, et où se retrouvent les militants les plus conscients du mouvement ouvrier. Malheureusement, l'avant-garde ouvrière et syndicale qui est seule à même de briser le train-train réformiste n'a pas réussi encore à travailler de façon coordonnée.

    Pourquoi cet état de fait incontestable? Il y a évidemment plusieurs raisons dont les principales sont:

    1. un manque de démocratie dans les organisations syndicales elles-mêmes;

    2. le cloisonnement des centrales professionnelles et le manque de contacts, au sein d'un secteur, entre les

    militants des différentes régions;

    3. un manque de compréhension de la part de l'avant-garde de la nature réelle de la bureaucratie syndicale,

    qui entraîne un manque de perspectives politiques sur la manière de la contrer;

    4. les divergences politiques au sein de l'avant-garde;

    5. l'incompréhension ou la fausse conception du travail de gauche syndicale dans certaines organisations

    politiques de l'avant-garde (surtout les groupes maoïstes).

    La non-cohésion de l'avant-garde syndicale n'a pas seulement comme effet d'empêcher le changement des rapports de force entre la base et le sommet. Elle explique aussi que l'avant-garde ouvrière ait si difficile à tirer les leçons des expériences, victoires, défaites, de ces dernières années. En l'absence d'une structuration, chacun fait dans sa propre entreprise son analyse particulière, et les sectaires qui croient être les seuls à avoir la ? juste ligne ? embrouillent tout en traitant tout le monde de traître et de capitulard... Pourtant les travailleurs ont démontré à maintes reprises qu'ils n'ont pas besoin d'individus jouant les grands penseurs aux phrases pompeuses, encore moins de sectaires. Ils s'en détournent et demandent des militants honnêtes, sérieux, sachant prendre leurs responsabilités et les conduire vers de véritables victoires.

    Beaucoup de militants, délégués, voire même permanents, veulent se battre aujourd'hui pour un syndicalisme de combat. Mais le poids énorme des appareils syndicaux ainsi que le rôle de frein qu'ils jouent dans les luttes font reculer ou hésiter beaucoup de travailleurs. D'autre part, la dispersion de l'avant-garde est elle-même un facteur de découragement. C'est une raison supplémentaire pour structurer au plus vite la gauche syndicale, en commençant par l'échange d'expériences vécues, et en s'organisant sur un minimum de revendications. Il est de plus en plus urgent de démontrer dans la pratique ce que doit être le syndicalisme de combat et démocratique et sa supériorité sur la concertation et la collaboration de classe.

    II. La bureaucratie syndicale

    Toutes les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier sont bureaucratisées, aussi bien les partis politiques que les organisations syndicales. Et la bureaucratie qu'on y rencontre est analogue à celle qui est au pouvoir dans les États ouvriers dégénérés, que ce soit la Chine ou les Pays de l'Est. Tous les appareils bureaucratiques ont une caractéristique commune, qui peut servir de définition: ils ne donneront jamais l'initiative organisationnelle à la classe ouvrière et s'opposeront toujours à une véritable démocratie s'exerçant à tous les niveaux. La raison en est que la bureaucratie est une caste privilégiée, qui historiquement dès sa naissance, a usurpé les droits et le pouvoir de l'ensemble des travailleurs qu'elle prétend représenter. Ces privilèges, la bureaucratie les étendit progressivement au cours du développement des organisations ouvrières. En même temps elle se créait un nouveau mode de vie, supérieur à celui de la moyenne de ses affiliés, et proche du mode de vie petit-bourgeois. En même temps, elle mettait au point ses propres méthodes de travail et de lutte au sein même de l'organisation, afin de lui permettre de maintenir et de développer ces privilèges.

    La bureaucratie est donc une couche sociale, issue de la classe ouvrière et rattachée à celle-ci par mille liens. Sa situation de couche privilégiée, tirant des avantages de son rôle de représentant des travailleurs au sein du système capitaliste lui-même, explique que la bureaucratie ait intérêt au maintient du régime dans lequel elle vit. C'est pourquoi elle veille jalousement à ce que le programme revendicatif de l'organisation qu'elle représente ne mette jamais en cause les fondements du système capitaliste et de l'économie de profit. Sa ligne politique sera plutôt faite de réformes destinées à modérer les excès du système, sans viser à le détruire. Ainsi donc, la bureaucratie est une base du réformisme; on n'a jamais vu dans l'histoire du mouvement ouvrier d'organisation réformiste subsistant sans bureaucratie. Et ceci pour une raison bien simple, à savoir que la démocratie prolétarienne est par essence même révolutionnaire. Il n'est donc pas exagéré de dire que la bureaucratie, qu'elle naisse d'une organisation ou d'un État ouvrier, est un frein à l'émancipation de la classe ouvrière et vit au détriment des intérêts fondamentaux de celle-ci.

    C'est donc bien sur deux fronts que doivent combattre les syndicalistes de combat: contre le capitalisme et contre la bureaucratie. Mais ceci ne veut pas dire que ces deux adversaires se trouvent sur le même pied, comme le prétendent les ultra-gauches qui dénoncent sans cesse les ?agents de la bourgeoisie dans la classe ouvrière ? et vont jusqu'à traiter les bureaucrates réformistes de ?social-fascistes?. Il faut à ce sujet faire plusieurs remarques. La première est que le bureaucratie fait partie du mouvement ouvrier; la preuve en est qu'elle est également réprimée lorsque tout le mouvement ouvrier est écrasé, c'est-à-dire en cas de victoire du fascisme.

    La seconde est que cette bureaucratie réformiste est aujourd'hui hégémonique dans le mouvement ouvrier, dont elle a la direction. Et les travailleurs ne sont pas prêts à renier une direction simplement parce qu'on leur explique qu'elle ne défend par leurs intérêts véritables: il leur faut une direction de rechange crédible, d'autant plus que la politique réformiste correspond à un premier niveau de prise de conscience chez les travailleurs, qui n'acquièrent par directement des positions révolutionnaires.

    La troisième est que la bureaucratie, et notamment la bureaucratie syndicale, n'est pas politiquement homogène. L'expérience montre que tout permanent syndical n'est pas forcément un bureaucrate. D'autre part il existe au sein de la bureaucratie syndicale différentes lignes politiques et méthodes d'action. C'est ainsi qu'on a connu des phénomènes aussi différents que la bureaucratie renardiste et le reste de l'appareil de la FGTB, ou le SETCa et la Centrale des Métallurgistes, ou encore cette dernière et l'UBOT. Il en est de même de la CSC, où les fédérations wallonnes et flamandes ont des positions forts différentes, tandis que la CSC du Brabant wallon se trouve encore beaucoup plus à gauche que les autres régionales wallonnes, etc...

    Donc le militant qui travaille dans l'esprit de constitution d'un syndicalisme de combat devra toujours partir des intérêts objectifs des travailleurs, et non de grands principes et dénonciations verbales. Il devra mettre en avant les formes organisationnelles les plus adéquates pour la lutte, c'est-à-dire les organes de démocratie ouvrière, qui sont aussi le cadre unitaire dans lequel la masse des travailleurs peut, sur base d'une expérience concrète, juger les différents courants politiques du mouvement ouvrier. Dans ces conditions, les travailleurs ne seront pas démunis au moment où le choix entre deux lignes d'action s'offrent à eux, parce qu'ils ont une alternative à la politique bureaucratique. Dans cette politique, le militant combatif doit savoir tenir compte des différenciations au sein des appareils bureaucratiques selon les régions, ou les sections professionnelles pour faire percer une ligne de gauche. C'est pourquoi la création d'une gauche syndicale ne peut se faire sur base d'un programme établi unilatéralement, du moins en dehors des revendications immédiates: la constitution d'une gauche syndicale est au moins autant un problème tactique qu'une question programmatique.

    III. Comment doit agit un syndicaliste de combat?

    Malgré le poids étouffant de l'appareil bureaucratique, les militants d'avant-garde ou les militants révolutionnaire commettraient une lourde erreur en quittant l'organisation syndicale sous prétexte qu'elle paralyse l'action directe, voire la sabote. Leur première tâche est au contraire de s'accrocher dans l'organisation syndicale, quelles que soient les difficultés, et de tout faire pour la renforcer. Ils doivent s'y montrer les meilleurs militants, tout en travaillant à changer les rapports de force entre la base et la bureaucratie. Le but des syndicalistes de combat doit être de nettoyer l'organisation syndicale de la gangrène bureaucratique, en y introduisant sans relâche la démocratie ouvrière la plus large, à partir des entreprises.

    Les militants combatifs, et spécialement les révolutionnaires, doivent comprendre qu'en intégrant l'organisation syndicale il leur faut avant tout faire leur preuve en tant que syndicalistes. Pour cela, tout sectarisme, tout ultra-gauchisme, même vis-à-vis de la bureaucratie syndicale doit être banni. Les travailleurs ont soif de démocratie et d'unité, et ils se détourneront de ceux qui répandent dans l'organisation syndicale les insultes et les procédés malhonnêtes. La lutte entre un bureaucrate malhonnête et un militant combatif se terminera toujours à l'avantage du premier si le second ne montre pas qu'il est le plus ferme partisan de l'unité et de la démocratie dans les rangs ouvriers. Ceci est malheureusement souvent incompris, non seulement par les organisations maoïstes sectaires et manipulatrices (AMADA-TPO, UCMLB, PCMLB,...) mais aussi chez certains militants de base de l'avant-garde ouvrière, qui ne comprennent pas la tactique syndicale.

    Il y a une autre raison en faveur de ce comportement, qu'il sera plus facile de comprendre à partir d'un exemple. Si demain un permanent syndical, même droitier, était attaqué et conduit au tribunal par la bourgeoisie, ne serait-il pas du devoir des militants syndicaux, et surtout de ceux qui ont opté pour un syndicalisme de combat, de se battre pour sa défense? C'est évidemment impossible si pendant des années on a couvert d'insultes le permanent en question. Or les syndicalistes combatifs devront être les meilleurs défenseurs de ce camarade, et ce pour plusieurs raisons;

    1. aucun syndicaliste ne peut tolérer que la bourgeoisie s'immisce dans les affaires du monde du travail, et

    prenne des sanctions contre les militants de ses organisations.

    2. une telle attaque serait à considérer comme une offensive contre l'ensemble des organisations ouvrières,

    et contre l'ensemble du mouvement ouvrier.

    3. Le mouvement ouvrier règle lui-même ses problèmes internes; la critique des actions entreprises par les

    militants ne regarde personne en dehors du mouvement ouvrier et doit être réglée par un débat

    démocratique au sein des organisations ouvrières.

    Les militants qui ne comprendraient pas une telle ligne de conduite feraient en définitive le jeu de l'ennemi de classe, mais aussi celui de la bureaucratie. Car en défendant des militants et responsables syndicaux, quels qu'ils soient, contre la justice bourgeoise, on coupe court à toutes les calomnies et faux-bruits répandus par les appareils sur les ? gauchistes anti-syndicalistes ?, ? diviseurs ?, qui ? font du tort au syndicalisme ?. On prouve le contraire devant tous les travailleurs, et on a la possibilité, à cette occasion, de développer un débat instructif sur la manière dont doit conçu le syndicalisme non seulement en régime capitaliste, mais aussi dans la société socialiste de demain.

    Les organisations syndicales sont les outils du combat de la classe ouvrière contre l'exploitation capitaliste. C'est pourquoi, malgré toutes les imperfections, nous devons les défendre et les renforcer; ce doit être notre préoccupation majeure.

    Comme il a déjà été dit plus haut, le militant combatif doit se défendre contre deux dangers: le patronat et la bureaucratie syndicale. C'est pourquoi il doit être extrêmement vigilant et attentif aux moindres réactions et attaques venant de ses adversaires. Sa force sera précisément de savoir prévoir à temps les manoeuvres contre lui et de s'organiser en conséquence en faisant appel aux travailleurs et en s'appuyant sur leur mobilisation. Il n'y a pour cela ni recette ni boule de cristal. Seule l'expérience personnelle et les leçons historiques apportent une aide. Encore faut-il être capable de reconnaître ses erreurs et de faire son autocritique quand la situation l'exige. C'est pourquoi le militant combatif doit s'armer d'une grande patience, apprendre à ne pas brûler les étapes, ne pas se laisser décourager par ses échecs, et surtout tenir compte en permanence du rapport des forces en présence. S'il est attaqué d'un côté ou de l'autre, il doit tout mettre en oeuvre pour changer ce rapport de forces en sa faveur, en partant de son entreprise, en se basant sur les travailleurs et en s'abstenant de prendre des positions en flèche ou de faire des déclarations tapageuses. L'audace seule et les grandes envolées ne rapportent rien; seule la compréhension, la clairvoyance et l'organisation adéquate des travailleurs à la base sont efficaces et peuvent mettre en échec l'adversaire, quel qu'il soit.

    Le militant syndical combatif doit se montrer le meilleur syndicaliste, toujours prêt à renforcer l'organisation syndicale. Il doit être le plus sincère partisan de l'unité et de la démocratie ouvrière sans exclusives au sein de son entreprise aussi bien qu'à l'extérieur. Il doit être le meilleur défenseur des travailleurs, être présent à chaque assemblée ou réunion, y intervenir d'une façon concrète, en répondant aux problèmes concrets de ses camarades et en sachant prendre ses responsabilités. Il doit être toujours attentif et compréhensif pour les innombrables problèmes humains qui se posent dans son entreprise.

    IV. La ligne politique générale du syndicalisme de combat et démocratique

    Si le syndicat est l'organisation qui a pour tâche la défense des intérêts immédiats des travailleurs tout en luttant contre l'exploitation capitaliste, il n'est pas inutile de se demander quelle est la méthode la plus efficace pour parvenir à ce but: politique de