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OFFICE FEDERAL DES ARMES DE COMBAT

By Todd Woods,2014-12-13 12:45
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OFFICE FEDERAL DES ARMES DE COMBAT

La vraie révolution de l'infanterie l'instruction

Lt col Alain Baeriswyl

    L'origine de la tactique et de la technique de l'infanterie moderne est à rechercher dans les combats de tranchée de la Première Guerre mondiale. L'apparition du barbelé et de la mitrailleuse sonne le glas des techniques de combat basé sur l'ordre serré. Certes, des prémices peuvent êtres trouvés dans la guerre russo-japonaise de 1905, ainsi que dans la guerre des Boers de 1899, mais ce n'est que vers 1917, avec la mise au point des techniques des Stosstruppen allemandes, que l'infanterie commence une révolution en profondeur.

    Cependant, ce travail de fond ne va durer que deux générations. Si la Deuxième Guerre mondiale voit la consécration de l'infanterie légère (commandos, parachutistes, grenadiers), c'est avec la dernière grande guerre d'infanterie, la guerre de Corée, que le déclin s'amorce. Depuis les années 1950, l'infanterie légère est en voie de disparition. Preuve en soit le fait qu’il

    y a trente ou quarante ans, des missions confiées aujourd'hui aux forces spéciales l'étaient à des compagnies d'infanterie,.

    C'est que l'infanterie occidentale est tentée par deux démons. L'un est de vouloir singer les troupes blindées, avec la lente migration des véhicules de transport de troupe vers les véhicules de combat d'infanterie (le paradoxe ne fait rire personne!). Or, pour l'infanterie, le véhicule est au service du groupe, et non l'inverse. L'autre est la tentation de la haute technologie, avec la mouvance des fusils à visée déportée, de l'affichage holographique sur la visière du casque, etc.

    Certes, progrès il y a eu. Les uniformes et les chaussures modernes sont plus légers et plus confortables. Les cartouchières ont cédé la place à des brelages, voire à des vestes de combat, pour les engagements de protection. Les grenades à main sont plus sûres. L'armement antichar performant. Mais la technologie des armes légères est en phase plateau actuellement.

    L'amélioration des systèmes d'aide à la visée n'est pas forcément la panacée, comme le découvrent les fantassins américains et français dans leurs engagements les plus récents. Où se trouve donc la voie?

    Avec l’Armée XXI, l'infanterie fait un bond en avant doctrinal considérable. Outre un changement de structure et d'armement, elle revoit la manière d'instruire les techniques de base. Ces changements ne sont pas spectaculaires mais vont influencer le développement des fantassins pour une génération au moins. Les expériences les plus récentes à l'engagement démontrent que c'est la qualité de l'instruction qui fait souvent la différence, en permettant de livrer à l'engagement des troupes soudées et ayant l'habitude de travailler ensemble. Cet article vise à présenter brièvement quelques-unes des nouveautés.

Depuis une dizaine d'année, l'infanterie suisse est au top de l'instruction du tir en Occident.

    L'adoption de la Nouvelle technique de tir de combat (NTTC), et son évolution en Instruction

    du tir (IT) ont fait école, puisque les armées de Terre et de l'Air française, ainsi que les armées 1belges et luxembourgeoises en ont fait de même.

Principes d'engagements (ROE généraux)

    Face à un soldat ennemi, le port de l'uniforme suffit à identifier le combattant, et les règles d'engagements sont celles du droit de la guerre. De plus en plus, le soldat peut être confronté à de la population civile, des bandes armées, des guérillas, des neutres plus ou moins ambivalents.

     1 Pour plus d'information, consulter www.nttc.ch

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    Autrement dit, le soldat moderne est confronté à des problèmes, des menaces et de l'ennemi. Par problème, on entend généralement la population civile, au mieux favorable, normalement indifférente, au pire hostile. Par menace, on entend les groupes extrémistes, les manifestants, tous les acteurs usant de violence verbale ou physique, mais sans risque de blessures graves. Est considéré comme ennemi celui qui utilise contre la troupe ou des personnes qu'elle protège, une arme blanche, une arme à feu ou des explosifs.

    Pour systématiser la façon de travailler, faciliter l'instruction et agir avec proportionnalité, la troupe utilise les principes d'engagement suivants: Contact - Contrôle - Arrestation Combat

    (CCAC)

    En contrôle d'accès, en check point, en Principe

    patrouille d'engagement

    ?Bonjour Monsieur, est-ce que je peux vous Contact

    aider??

    ?Est-ce que vous pouvez me présenter une Contrôle

    pièce d'identité, s'il vous plaît??

    ?Halte! Écartez les bras! Demi-tour! À Arrestation

    genou! A plat ventre!? ?Halte ou je tire!?

    Engagement de l'arme Combat

    Les principes d'engagement présentent l'avantage de systématiser des réactions face à des personnes et des règles simples pour la préparation des engagements. Ainsi, un contrôle de personne peut être organisé comme suit:

    Description Principe

    d'engagement Un planton à côté d'une barrière Contact

     Une barrière fermée, deux hommes engagés Contrôle

    Toute l'équipe / groupes engagés, chemin de Arrestation

    fuite couvert. Renforcement du terrain, protection balistique, Combat armes automatiques, charges dirigées.

    Communiquer, bouger, tirer

Les comportements de base du soldat sont communiquer, bouger, tirer (CBT). Ces

    comportements de base sont applicables avec les quatre principes d'engagement. Par communication, on entend une communication tridimensionnelle: "horizontale", "latérale" et "verticale". Ce système d'instruction est utilisé pour la fixation des buts de l'individu, en travail

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    isolé comme dans le cadre de sa formation. La critique des performances, notamment, s'en trouve simplifiée.

Communication

     verticale Horizontale latérale

Les cinq savoir-faire ?Fantassin? (OOPRODO)

    Par cet acronyme barbare, on entend les cinq techniques que tout fantassin doit connaître et adapter à sa mission, à l'arme ou à l’appareil qu'il dessert. On a ainsi le tronc commun qui

    permet une collaboration efficace aux petits échelons.

    s'orienter Se situer dans le terrain, lire la carte, utiliser la boussole O

    observer Trouver l'adversaire, ou des signes de sa présence O

    se protéger Des vues et des feux de l'ennemi PRO

    déterminer une distance Sur la carte, par estimation, mesure, etc. D

    désigner un objectif A la voix ou avec un moyen auxiliaires balles D

    lumineuses

    Suivant sa fonction, le fantassin développera le savoir-faire correspondant.

De nouvelles formations de combat

    Les formations de combat proposées sont au nombre de cinq, au lieu de trois actuellement. Elles comportent la colonne par un, le Y, le L à gauche et à droite, la ligne statique et mobile, le hérisson. Elles sont applicables à n'importe quelle formation comprenant entre quatre et douze hommes. Le groupe d'infanterie A XXI est articulé en 2 équipes de 4 hommes équipées de manière identique. L'emplacement des armes dans le groupe n'est pas lié au secteur de responsabilité tactique.

    Les expériences réalisées pendant des cours de troupe, dans deux contingent SWISSCOY et aux cours du Centre d'instruction de l'infanterie démontrent qu'elles sont plus simple à instruire, plus faciles à mémoriser et plus flexibles. De plus, on peut aussi affirmer qu'elles sont plus logiques et plus sûres. Dans l'instruction de base générale, elles devraient donc remplacer les formations de combat actuelles, car elles sont applicables à toutes les troupes. Le besoin en instruction est d'environ une demi-journée.

Intermède historique

L’origine moderne des Techniques d’action immédiate (TAI) remonte à l’engagement du Régiment SAS

    britannique dans la crise malaise (1948-1960). Principalement chargés du recueil de renseignements et de la mise en place d’embuscades en jungle, les SAS standardisent l’emploi de cellules composées de quatre opérateurs comme unité de base de leurs actions. Ces équipes qui, vu leur faiblesse numérique, n’engagent le

    combat que si elles y sont obligées, développent des techniques spécifiques de désengagement en cas de contact avec l’ennemi.

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Constamment améliorées et adaptées aux conditions d’engagement du Régiment, ces tactiques sont intégrées

    aux Standard Operating Procédures (SOP) des SAS sous le nom générique et familier de Shoot and Scoot

    (littéralement ?Tirer et déguerpir?). Si une rencontre inopinée survient, l’homme de pointe engage l’adversaire

    formellement identifié par une série de Double taps, déclenchant ainsi le décrochage de l’équipe,

    individuellement ou en binômes, vers le premier d’une série de points de rendez-vous préalablement déterminés.

    Malgré ses imperfections, notamment l’abandon systématique des sacs lors du décrochage et surtout la situation précaire de l’homme de pointe en cas de blessure au moment du contact, la tactique du Shoot and Scoot est

    systématiquement utilisée lors de la ?confrontation? de Bornéo (1960-1963), et transmise à cette occasion aux SAS australiens et néo-zélandais venus épauler leurs camarades britanniques.

    Les SAS australiens utilisent cette technique au cours de leur déploiement au Vietnam, en y apportant cependant certaines modifications liées aux particularités locales du conflit et à l’évolution de l’armement individuel. D’une part les Australiens portent le nombre d’opérateurs de la cellule de base à 5 éléments, ce qui

    assure à l’équipe une plus grande flexibilité, d’autre part ils privilégient en cas de contact la tactique dite de la

    Boule de feu. Celle-ci, ne devant pas excéder trente secondes, est destinée à gagner du temps en vue du décrochage de l’équipe jusqu’à son point de recueil ou d’extraction. Ce décrochage s’effectuant en tiroir,

    chaque élément couvrant successivement le repli des autres, en laissant si possible des éléments retardateurs (pose de charges dirigées, etc.) sur l’itinéraire. Certaines unités spéciales américaines, particulièrement celles

    issues du MACV-SOG, adoptent ces techniques sous le nom de Immédiate Action Drill (IAD), en travaillant

    généralement avec des équipes plus nombreuses.

En France, les techniques d’actions immédiates sont développées par plusieurs membres des forces spéciales

    déçus du peu d’efficacité des techniques du combat d’infanterie, surtout dans les premières minutes d’un

    contact avec l’ennemi. Ils partent des bases anglaises et américaines pour y intégrer un système de réflexion et

    de décision tactique. En outre, ils utilisent ces techniques comme moyen de perfectionnement au tir. Finalement, ils cherchent à utiliser ces techniques dans tous les environnements.

    Aujourd'hui, le combat TAI est le prolongement direct de la méthode de tir, simple, rapide et efficace. Il constitue le complément parfait du combat d’infanterie et s’applique dans tous les types de conflits grâce à la

    diversité et à la polyvalence des réactions qui le constituent.

    Les techniques TAI ont été adoptées par l'infanterie suisse, comme moyen d'aide au commandement et pour faciliter l'instruction de combat.

Les Techniques d'action immédiate

    Les Techniques d'action immédiate (TAI) sont des mécaniques et des réactions connues et répétées par tous les membres d'un groupe. Elles permettent de répondre immédiatement et efficacement à des situations de contact imprévues avec l'ennemi, sans avoir besoin de donner d'ordres particuliers pendant l’action. Elles complètent les techniques du combat d'infanterie et

    se basent sur les cinq formations décrites ci-dessus. Les TAI accroissent la sécurité de l'équipe dans deux domaines: l'observation et le tir sont assurés de façon omnidirectionnelle quels que soient l’effectif, la formation et l’environnement.

    L’efficacité des TAI repose sur la brutalité du feu, la continuité du feu, la rapidité de décision du chef de groupe, la rapidité d'exécution du groupe.

     Définitions

    Feu brutal en ligne ouvert par surprise, après une brève Le feu de surprise frontal

    préparation, par toutes les armes de l'équipe sur un élément

    ennemi en déplacement sur l'itinéraire de progression.

    Réaction à un contact latéral avec l'ennemi s'exécutant sous la Le tube latéral

    forme d'un repli individuel successif jusqu'au premier couvert, en

    maintenant la formation en colonne.

    Réaction à un contact frontal avec l'ennemi s'exécutant sous la Le tube arrière

    forme d'un repli individuel successif jusqu'au premier couvert, en

    maintenant la formation en colonne.

    Mise à couvert d'un équipier blessé sous le feu par un élément de Le relevé de blessé

    récupération, sous appui d'un élément de feu.

    Assaut individuel répétitif à partir de la formation en colonne, Le tube avant

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    permettant de franchir rapidement un point de passage obligé ou

    de réduire la distance avec l'ennemi. Le tube avant est utilisé pour

    gagner un couvert ou prendre une base d'assaut.

    Ces techniques n'ont pas vocation de remplacer les techniques d'infanterie classique mais de les

    compléter. Elles permettent notamment de passer du travail individuel aux armes au travail

    collectif en équipe. Elles ont été introduites pour permettre aux jeunes officiers et sous-

    officiers de ne pas perdre de temps et surtout de ne pas perdre des hommes inutilement par

    manque de préparation au combat. La structure des TAI a été pensée pour répondre à un 2public très large, chacun trouvant ce dont il a besoin en fonction de ses missions.

Les formations de combat

    La colonneColonne Utilisation

    ; Formation de base normale pour le Jmouvement;

    ; le long d'une route ou d'un sentier; V; pour progresser rapidement.

    R

    B

     La ligneLigne Utilisation

    ; pour disposer de toute la puissance de RVJBfeu sur l'avant;

    ; pour franchir des coupures de terrain;

     ; peut être utilisée pour les arrêts de

    marche.

    Le Y Utilisation

    ; pour augmenter la sécurité avant; JR; pour assurer le passage des carrefours.

    V

    B

     Hérisson Utilisation

    Lssaim

    ; en situation peu claire; J; peut être utilisée pour les arrêts de VBmarche. R

     L à gauche Utilisation

     2 Des renseignements complémentaires sont disponibles sous www.nttc.ch/tecbt

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    Le ??gauche

    ; passage d'angles sur la droite en milieu JR

    bâti;

    ; pour surveiller les hauts sur le flanc droit

    de l'équipe. V

    B

     Le ??droiteLigne à droite Utilisation

    ; passage d'angles sur la gauche en milieu JRbâti;

    ; pour surveiller les hauts sur le flanc

    gauche de l'équipe. V

    B

Les échelons de conduite

    Par ce terme fleurant bon le français fédéral, on désigne les successeurs des anciens soldats radios, téléphone et renseignement. Ils sont incorporés dans les compagnies d'état-major des bataillons d'infanterie, où ils alimentent les trois sections ?Poste de commandement mobile?, ?Echelon de conduite? et ?Transmissions?. Depuis le début 2004, les hommes recrutés comme soldats ?Echelons de conduite? de l'infanterie commencent leur école de recrue par une instruction de base générale de six semaines, afin de leur donner les bases élémentaires du métier de fantassin. Les six semaines suivantes sont consacrées à la formation de la spécialité, sur les matières suivantes, notamment:

    - connaissance et emploi des appareils radios, emploi de la centrale de téléphone;

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- tenue à jour des cartes de conduite;

    - conduite des cartes de renseignement au moyen du logiciel KADAS;

    - construction de lignes téléphoniques sur de courtes distances;

    - établissement et exploitation de relais de transmission radio en équipes de 4 hommes; - raccordement au réseau téléphonique civil;

    - montage d'un PC mobile de campagne avec les véhicules blindés à roues de l'état-major de bataillon;

    - utilisation des lampes Petromax comme système d'éclairage en mode dégradé.

    La réflexion qui a mené à cette unification des trois fonctions est la volonté de disposer d'une grande flexibilité au niveau de la section de PC mobile. Celle-ci monte et exploite le PC du commandant de bataillon. Cette solution facilite les tournus, la gestion du personnel, et la mobilité du PC. Elle est possible grâce à l'allongement de la durée de l'école de recrues.

    Les soldats d'échelon de conduite mettent en pratique leur savoir-faire dans la deuxième partie de l'école de recrues, dans le cadre du bataillon ?Instruction en formation? (IFO). Ils sont engagés lors des exercices de compagnie ou de bataillon. Ils doivent comprendre le fonctionnement d'un état-major et travailler avec initiative et flexibilité pour éviter les frictions préjudiciables à l'ensemble du bataillon.

    Pour développer cette flexibilité, on intègre, lors de l'IFO, les officiers de l'état-major de bataillon. Il n'est en effet pas toujours possible de respecter strictement le principe ?Un chef, un secteur, une mission?. Le PC mobile est monté par détachement, puis exploité par un autre. Les sections sont donc subordonnées à différents chefs, suivant les phases d'engagement. Dans les phases de déplacement, par exemple, le commandant de la compagnie d'état-major effectue les reconnaissances, puis la troupe passe sous la responsabilité des officiers de l'état-major de bataillon.

    JBRV

    V

    R

     7

    B

    Ces savoir-faire sont finalement testés durant l'exercice interarmes de la 19e semaine d'école de recrues, qui se déroule dans le secteur Constance - St-Gall. A cette occasion, les échelons de conduite sont intégrés au réseau de conduite d'une formation d'engagement du niveau brigade. Cet exercice est conduit par l'IFO télématique 61 et intègre le bataillon dans un Réseau intégré

    de télécommunication militaire (RITM). Des éléments de l'artillerie, des Forces aériennes, des

    blindés et de l'aide au commandement y participent également. A cette occasion, une section de pionniers ?Ondes dirigées? est intégrée parmi les verts (surnom des fantassins) pour faire

    interface avec le RITM. Ce genre d'exercice met en évidence les besoins du tuilage de

    l'instruction. La sur-spécialisation est décidément une voie du passé.

Le souci principal des teams d'instruction des unités est, comme partout, de disposer de

    suffisamment de personnel militaire qualifié pour dispenser la quinzaine de matières spécifiques. L'importance des cours de cadre internes aux écoles est évidente. Les militaires contractuels, qui assurent le gros de l'instruction, sont ainsi formés "sur le tas". Avant tout, les gens des échelons de conduite doivent être des soldats, avec ce que cela implique de volonté de remplir la mission à tout prix.

Les tireurs d'élite

    Le premier cours pour tireurs d'élite de l'infanterie a commencé au début février 2005 au Centre d'instruction de l'infanterie. Vingt recrues, provenant de toutes les écoles d'infanterie, ont gagné l'accès au cours au terme d'une sélection-marathon. Elles se sont annoncées à leur commandant d'unité, elles ont suivi une journée d'instruction préalable, de triage. Elles ont accédé au cours ?Tireur fusil d'assaut à lunette? (TIFLU) d'une semaine, où elles ont tiré jusqu'à six cents mètres, avec leur arme personnelle et la lunette réglementaire. Puis nouvelle sélection, sous les ordres de l'adjudant ?Tireur d’élite? (TE) d'école et, enfin, accès au cours.

    Le parcours est ardu!

    Dans un premier temps, il convient de donner aux stagiaires une bonne connaissance du type de mission qu'ils seront appelés à remplir. Ces missions sont argumentées par une bonne connaissance de l'historique des TE. Une instruction soignée au service de l'arme et à sa maintenance est complétée par la connaissance et la mise en oeuvre des moyens radios et d'observation dont le tireur d'élite dispose. Ensuite, l'instruction se porte sur trois matières principales, les piliers de la spécialité.

    - Estimation des distances par mesure sur la carte et à l'aide du réticule Mil-Dot Tir

    - ABC de la balistique

    - Compréhension des effets aérologiques

    - Emploi du fusil à toutes les distances et dans toutes les positions, de jour et de

    nuit

    - Emploi du pistolet à courte distance

    - Lecture de carte Topographie

    - Croquis d'itinéraire

    - Mémorisation d'un itinéraire

    - Interprétation des photos aériennes

    - Navigation avec et sans GPS

    - Observation en vue de localiser l'adversaire pour le détruire ou pour renseigner

    - Soi-même et son armement / équipement en vue de se soustraire à l'observation Camouflage

    de l'adversaire

    - Confection des moyens de camouflage

    - Approche d’un poste d'observation / de tir

    La formation des tireurs d'élite est complétée par la technique de combat à l'échelon de l'équipe, qui permet de faire face aux contacts imprévus avec l'adversaire ou la population civile dans les déplacements comme dans les

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    stationnements. Une instruction tactique est également dispensée pour les chefs d'équipe, afin qu'ils soient à même d'engager leurs moyens, en fonction de l'intention du commandant de compagnie / bataillon.

    Les futurs TE travaillent quatre soir par semaine et sacrifient la sortie hebdomadaire pour préparer les équipements. C'est qu'ils sont des privilégiés, et ils le savent. L'encadrement est de qualité. Le chef tireur d'élite de l'infanterie, l'adj EM Steffen, a préparé le cours durant deux ans, en collaboration étroite avec le sergent Perotti, un ancien tireur d'élite des Forces spéciales française, qui travaille depuis trois ans comme enseignant spécialisé au profit de l'état-major de la Formation d’application de l’infanterie. Le ratio de sous-officiers de carrière dans ce cours

    est d'un pour quatre recrues. Ce n'est pas du luxe, mais une nécessité. Ces jeunes adjudants apprennent le métier sur le tas. Pour cela, il faut du temps.

     Buts du stage

    Niveau individuel Niveau collectif

    - Toucher des objectifs de la taille d’un homme - Travailler en petite équipe de manière isolée en

    jusqu’à 600 mètres vue de faciliter les actions du chef d'élément

    - Harceler l'adversaire jusqu'à 1000 mètres - Localiser et pister les éléments de renseignement

    - Améliorer la condition physique et mentale et d'observation de l'adversaire pour les détruire

    e Equipe de tireurs d'élite en position (Extrait de "De un à mille", Philippe Perotti, www.nds-ch.org, avec la permission de l'auteur)

    Trois stages sont organisés par année, un à chaque départ d'école de recrue. Des spécialistes des grenadiers et de la police militaire seront intégrés dès le deuxième départ 2005. Au niveau de l'armée, cette instruction est à ses débuts. Dans une première phase, il s'agit de dispenser rapidement une capacité technique de très bonne qualité à la troupe, du soldat au chef de section. Le vrai challenge, cependant, est l'instruction des commandants d'unité et de bataillon, qui devra être développée ces prochaines années. En effet, il ne sert à rien de disposer d'un outil supplémentaire si ceux qui doivent l'utiliser ne sont pas au fait des capacités de leurs hommes.

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Nouveauté dans l'instruction du combat en localité

    La place prépondérante du combat en localité dans les conflits du XXIe siècle est un truisme. Pourtant, le premier conflit de type nouveau a été, dès 1975, la guerre du Liban. De nombreux enseignements qui en avaient été tirés à l'époque sont redécouverts, une génération après. e Division parachutiste du général Massu en Auparavant, la bataille d'Alger, gagnée par la 10

    1957, avait montré qu'il est possible d'engager efficacement de l'infanterie dans un contexte qui se situe au-dessous du seuil de la guerre. Le colonel Trinquier, dans La Guerre moderne,

    théorise la doctrine d'emploi de l'infanterie légère dans ce type de conflits.

    Depuis toujours, l'infanterie suisse s'est préparée au combat en zone bâtie. Par exemple, les fortifications édifiées dans la ville de Zürich, au début de la Deuxième Guerre mondiale, sont encore visibles aujourd'hui. Dès les années 60, un ambitieux programme de construction a mis à disposition de toutes les places d'arme de l'infanterie un petit module pour le combat dans des maisons. Les célèbres maisons de Paschga gauche, B3 à Isone et la Luzisteig ont survécu au tir de milliers de grenades et projectiles de tous calibres. La composante ?Combat? est donc connue de l'infanterie suisse depuis des générations.

    Cependant, une autre voie s'est dessinée dès l'apparition de l'infanterie territoriale voici une décennie. Il faut être capable d'engager des fantassins en milieu urbain, autrement que dans le cadre d'un conflit classique de haute intensité. Le chef de groupe de fusiliers ou de grenadiers devra fréquemment adapter le principe d'engagement (Contact Contrôle Arrestation -

    Combat) en cours d'action, suivant la mission, l'adversaire, la configuration des lieux, le niveau d'instruction et d'entraînement de sa troupe et le temps à disposition.

    Comme lors d'un engagement en campagne, il convient donc de développer le sens de la conduite pour l'engagement en zone urbaine et, dans la mesure du possible, d'utiliser des techniques similaires. C'est dans cette optique que, depuis plusieurs années, des investissements considérables ont été consentis pour bâtir différents villages d'instruction, notamment Nalé, sur la place d'armes de Bure, Aeuli, à Walenstadt, ainsi qu'a St-Luzisteig. Les installations existantes ont été entretenues et rénovées. Les villages d'engagement ressemblent ainsi plus à des villages réels et moins à des champs de ruines de type ?Stalingrad?.

    Les expériences des deux premières sections d'infanterie mécanisée dans le cadre de SWISSCOY ont montré l'importance de la préparation mentale et du choix du mode opératoire. La section de fusiliers mécanisés est engagée en milieu urbain dans plus de 50% des cas. Elle doit y conduire des patrouilles, y établir des check-point, des contrôles d'accès, des

    bouclages de zone. Pour l'instant, elle n'est pas encore appelée à conduire des fouilles de bâtiments, ceci restant l'affaire de la police militaire de la KFOR. Par contre, de l'aveu unanime des chefs des deux derniers détachements de PM, une instruction à la fouille de bâtiments et à l'arrestation en milieu clos est une nécessité absolue dans ce type d'engagements. L'utilisation de la même équipe de quatre hommes qu'à l'extérieur permet de répartir les fonctions des équipes de contrôle et d'arrestation de manière très simple. Ces prochaines années, les grenades à main seront complétées par des pétards de diversion, afin de limiter les dommages collatéraux.

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