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02avril2012

By Jay Mason,2014-09-18 21:58
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02avril2012

02 avril 2012

    Qui gouverne à Bamako ?

    Dimanche, à Bamako, la classe politique essaye d'avaler la nouvelle. La junte du CNRDRE (Conseil national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat) est-elle en train de rendre le pouvoir aux civils ? Il est tentant de le penser puisque le capitaine Sanogo, son chef, a annoncé le matin même au camp de Kati, sa mini-capitale à quinze kilomètres de Bamako, le retour à "l'ordre constitutionnel".

    Ce qui implique que le chef renversé de l'Etat, Amadou Toumani Touré, serait réinstallé, démissionnerait dans la foulée (il a dit plusieurs fois souhaiter sortir du jeu), laissant le président de l'Assemblée nationale, dans ce cas, assurer l'intérim du pouvoir. Alors que serait constitué un organe chargé de mener le pays vers des élections auxquelles la junte ne participerait pas.

    Chaque étape de ce processus est soumis à discussion. D'abord, le capitaine Sanogo n'a pas dit qu'il abandonnait le pouvoir. Au contraire, dans une interview à l'Agence France-Presse accordée quelques heures plus tard, il précise que le CNRDRE est toujours aux commandes et "n'est pas dissous". Plus tard dans la journée, il dira aussi

    qu'il compte bien voir des noms de militaires sur la liste du futur gouvernement chargé de préparer des élections, à une date indéterminée. En résumé, il joue sur les mots, mais conserve le pouvoir jusqu'à nouvel ordre.

    Lundi, en marge de la prestation de serment, au Sénégal, de Macky Sall, le président élu, un nouveau sommet de la Cédéao va examiner la situation pour déterminer la marche à suivre. L'organisation des pays de la région ouest-africaine menaçait le Mali de sanctions sévères si la junte restait au pouvoir. Il y a tout lieu de penser que les chefs d'Etat ne se laisseront pas abuser par les joutes verbales d'Amadou Sanogo. A Bamako, Djibril Bassolé, ministre des affaires étrangères du Burkina Faso et

    homme de confiance du président Blaise Compaoré , nommé médiateur pour la crise

    malienne, est à l'oeuvre pour faire avancer les négociations en vue d'un abandon du pouvoir par la junte.

    Il a, sur la table, des propositions pour rendre effectif le "retour à l'ordre

    constitutionnel".

    D'abord, si la personne du président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré (en exil pour l'instant) s'avère un problème insurmontable, d'autres solutions sont à l'étude. De plus, une formule d'amnistie est prévue pour garantir qu'aucune poursuite ne soit engagée contre les participants au putsch s'ils devaient remettre le pouvoir aux civils. Ces civils, justement. Au sein de la classe politique malienne règne la plus grande effervescence. Le temps est à la redistribution des cartes. A de rares exceptions près (Oumar Maricko), les responsables politiques de poids ont dénoncé le coup d'Etat. Ce

    qui n'a pas empêché certaines passerelles de s'établir, tandis que des conseils se donnaient dans la discrétion. Après tout, il était tentant de considérer que les "jeunes gens" qui ont pris le pouvoir en profitant d'une occasion en or étaient trop inexpérimentés pour l'exercer, ou tout simplement pour le conserver.

    Ceci n'a pas empêché l'écrasante majorité des partis politiques maliens (ils pullulent) de se réunir dans un Front du refus (FDR) antiputsch, avec l'appui de dizaines et de dizaines d'organisations de la société civile.

    Dimanche, le FDR était en réunion pour décider aussi de la marche à suivre. Dans les locaux d'une association de femmes, l'APDF (Association pour le progrès et la défense des droits des femmes), des responsables du mouvement essayent de se mettre d'accord sur un communiqué en réponse à l'annonce du capitaine Sanogo, le matin même.

    C'est un moment crucial. Les débats sont difficiles. Il y a là un responsable d'ONG qui redoute que le Sahara soit utilisé pour enterrer des déchets nucléaires, et on a toutes les peines du monde à lui faire comprendre que ce n'est peut-être pas le moment de se pencher sur cette question. Hama Cissé parcourt l'assemblée en vrillant son index dans les épaules pour faire valoir son point de vue musclé : devant l'avancée des rebelles touaregs, il appelle à réorganiser les milices Ganda Koy (qui recrutent parmi les Songhaïs, l'un des groupes les plus importants du Nord-Mali) et à faire couler le sang.

    Les autres responsables politiques sont accaparés par une lutte plus verbale : faut-il voir la déclaration du capitaine Sanogo comme l'amorce d'un mouvement irréversible vers le retour à la normalité, ou un simple jeu de passe-passe ?

    Tiébilé Dramé (président du Parena), une des figures les plus marquantes du monde politique malien, penche pour cette seconde hypothèse. Dans un débat animé, il met en garde ses pairs : "Ils [la junte] viennent juste de vous jeter un os. C'est un acte

    dilatoire, rien de plus. Ils veulent diriger la transition !"

    Les autres participants préfèrent croire en la bonne foi du capitaine, et s'accrochent à sa promesse de revenir à "l'ordre constitutionnel" comme à une formule magique qui

    aurait la grâce de faire revenir les civils aux commandes de l'Etat. "Le capitaine n'a

    pas de rôle constitutionnel, affirme Kassoum Tapo, porte-parole du FDR, s'il veut

    entrer dans l'histoire, il faut qu'il aille jusqu'au bout."

    Il y a peu de chances que la Cédéao accepte les atermoiements de la junte, et écoute sans réagir les déclarations du capitaine Sanogo, qui rappelle que le CNRDRE "n'est

    pas dissous" (toujours dans cette même interview, excellente, accordée à l'AFP). Est-il besoin de débats pour comprendre que l'heure est gravissime ?

    Pendant tout le week-end, tout est allé très vite. les rebelles ont pris le contrôle de tout le nord du Mali. Les premiers effets des pressions de la Cédéao se sont fait sentir à Bamako. A présent, chacun va devoir consolider ses positions. Sauf que le temps presse. L'armée vient de vivre une débâcle, les différentes composantes de la rébellion ont devant elles un boulevard si elles poursuivent leur avance vers des villes voisines du Nord.

    A Bamako, les acteurs du drame malien en ont-ils bien conscience ?

    1 avril 2012

    Une nouvelle idée pour détecter les extraterrestres

"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie", écrivait Blaise Pascal face au

    cosmos. Une manière moderne de réinterpréter cette phrase célèbre consiste à la rapprocher de l'échec qui, jusqu'à présent, a sanctionné toutes les tentatives des astronomes pour découvrir les signes d'une vie extraterrestre. E.T. se tait et son silence obstiné nous fait nous demander, encore et toujours, si nous sommes seuls dans l'Univers. Nous sommes d'autant plus impatients de détecter d'autres civilisations que cette possibilité ne nous a jamais paru aussi proche. Depuis 1995, date de la découverte de la première planète extra-solaire, nous avons mis la main sur des centaines d'autres mondes (763 à la seconde où j'écris ces lignes) et les exobiologistes

    ne peuvent s'empêcher d'imaginer les meilleures manières de détecter des

    biomarqueurs sur des exoplanètes. D'autres scientifiques, depuis plus d'un demi-siècle, écoutent le cosmos avec différents programmes SETI (Search for Extra-Terrestrial

    Intelligence), en espérant y capter des signaux radio d'origine artificielle émis par des civilisations technologiques vivant sur des exoplanètes en orbite autour d'étoiles proches. Mais ces signaux radio ne sont pas les seuls indices technologiques que nous pourrions chercher. Ainsi, fin 2011, il a été proposé d'observer la partie non-éclairée

    des exoplanètes (donc l'hémisphère de ces astres plongé dans la nuit) pour essayer d'y voir les traces d'un éclairage artificiel, tout comme nos grands centres urbains illuminent le ciel et servent de repères aux locataires de la Station spatiale

    internationale.

    Aujourd'hui, dans un article paru sur le site de pré-publications arXiv, deux

    chercheurs espagnols soumettent à la communauté scientifique une nouvelle idée. Pourquoi ne pas essayer de détecter un autre aspect d'une civilisation extraterrestre hautement technologique, à savoir ses croiseurs interstellaires ? Le concept avait déjà été évoqué en 1994 par l'ingénieur américain Robert Zubrin, insatiable promoteur des odyssées de l'espace et fondateur, en 1998, de la Mars Society. A l'époque, Zubrin cherchait à observer les rayons gamma que ne manqueraient pas de laisser d'immenses vaisseaux spatiaux fonctionnant soit avec de l'antimatière, soit avec une propulsion nucléaire. Nos deux Espagnols ont, eux, exploré un chemin différent en proposant de détecter la lumière stellaire réfléchie par les astronefs.

Ils sont partis de l'hypothèse selon laquelle une civilisation avancée serait capable

    d'explorer d'autres systèmes solaires que le sien, soit pour la science, soit pour exploiter leurs ressources, soit pour s'éloigner de son étoile en fin de vie avant qu'elle n'explose. Effectuer un tel voyage interstellaire c'est-à-dire parcourir plusieurs

    années-lumière implique de disposer d'une source d'énergie considérable (fusion nucléaire, antimatière, trou noir, pour aller du plus "simple" au plus exotique) afin de pouvoir avancer à une fraction non négligeable de la vitesse de la lumière, sans quoi il y a fort à parier que l'aventure, en s'éternisant, se solderait par un échec. Pour donner un exemple, l'étoile la plus proche de nous, Proxima du Centaure, se situe à 4,2 années-lumière, ce qui signifie que lorsque nous l'observons dans un télescope, nous voyons la lumière qu'elle a émise 4,2 années auparavant. Si nous souhaitions nous y rendre à la vitesse des missions Apollo (11 kilomètres par seconde), plus de 110 000 ans seraient nécessaires. En admettant que nous soyons un jour capables d'y aller à une vitesse moyenne de 30 000 kilomètres par seconde (soit un dixième de la vitesse de la lumière, ce qui est énorme), il nous faudrait tout de même 42 ans pour y parvenir. Long, mais plus jouable.

    De la vitesse donc, et aussi un énorme vaisseau contenant la colonie qui se lancera dans l'aventure, et tout le chargement nécessaire pour la nourrir, l'habiller, l'équiper, etc. Si d'éventuels extraterrestres ont suivi le même raisonnement, ils se promènent dans des engins plus ou moins analogues aux destroyers spatiaux que l'on voit dans Star Wars (voir la photo au début de ce billet). Ces engins peuvent aussi ressembler au vaisseau du projet Icare lancé par la Tau Zero Foundation et la British

    Interplanetary Society. Comme on peut le remarquer sur la vue d'artiste ci-contre, signée Adrian Mann et qui met Icare à côté de l'Empire State Building, on a affaire à une belle bête en terme de masse (plusieurs dizaines de milliers de tonnes) et de taille, l'essentiel de la machine étant représenté par les réserves de carburant. Taille et vitesse. C'est exactement sur ce duo que misent les deux scientifiques

    espagnols. La taille pour réfléchir le maximum de lumière, soit de l'étoile dont on s'éloigne, soit de celle dont on s'approche. La vitesse pour décaler, par effet Doppler, la longueur d'onde de cette lumière et tout son spectre électromagnétique. Un astronome terrestre découvrant dans notre galaxie un point lumineux doté de cette signature très particulière serait forcé de conclure qu'il s'agit là d'un signal artificiel, aucun objet naturel ne se déplaçant à quelques centièmes de la vitesse de la lumière (sauf les hypothétiques planètes hypervéloces éjectées par des trous noirs). Les

    auteurs de l'article recommandent donc de recenser, dans notre voisinage galactique, des couples d'étoiles proches l'une de l'autre, entre lesquelles pourraient transiter de spacieux vaisseaux spatiaux. Reste ensuite à disposer d'un télescope assez puissant pour détecter, à plusieurs années-lumières de distance, le reflet d'une étoile sur un objet artificiel de quelques centaines de mètres de long... Probabilité de réussite : extrêmement voisine de zéro. Il existe néanmoins un cas de figure où cette méthode de détection des extraterrestres pourrait être plus efficace : si un vaisseau se dirigeait droit vers nous, nous renvoyant la lumière du Soleil, dont nous connaissons le spectre

    électromagnétique dans les moindres détails. Nous pourrions enfin crier à la face de la planète que non, nous ne sommes pas seuls dans l'Univers. Avant de nous demander ce que nous veulent ces visiteurs...

    Hollande à propos de Sarkozy : "Maintenant, on va le taper"

    LE MONDE | 02.04.2012 à 11h00 • Mis à jour le 02.04.2012 à 14h19

    Le candidat socialiste, François Hollande, à Saint-Denis de La Réunion,

    dimanche 1er avril.

    La confidence est glissée à l'oreille de quelques journalistes, sur la barge qui relie les deux îles principales de l'archipel mahorais, après une nuit d'avion et déjà un premier meeting prononcé sous une touffeur émolliente. "Maintenant, on va le taper." En une

    formule lapidaire, François Hollande vient de résumer la tonalité qu'il entend donner à

    sa campagne, à trois semaines du premier tour de la présidentielle. Une tonalité résolument offensive, avec une cible unique : Nicolas Sarkozy.

    erSamedi 31 mars et dimanche 1 avril, à Mayotte puis à La Réunion, le candidat

    socialiste a donc "tapé". A la fois plus fort que d'habitude, sur un ton plus mordant et avec des arguments nouveaux. Jusque-là, le "candidat sortant", comme il aime à le

    désigner d'une voix mi-moqueuse mi-accablée, était principalement attaqué à travers son bilan - "ce bilan qui est son boulet", comme le répète M. Hollande. Désormais,

    encore plus que "celui qui a si mal dirigé la France", c'est le "grand prometteur" qu'il

    fustige.

    Testée samedi midi sur le port de Mamoudzou (Mayotte), l'expression est reprise et affinée tout au long du week-end. A la sortie du cimetière aux esclaves de Saint-Louis (La Réunion), dimanche matin, François Hollande se taille un franc succès avec son "grand prometteur mais petit donneur" lâché devant mille personnes venues l'écouter

    sur un air composé pour la circonstance ("Prépare ton paquet Sarko, Hollande va

    arriver").

    Deux heures plus tard, sur la place François-Mitterrand de Saint-Joseph, face à 3 000

    sympathisants, il fait un tabac en racontant l'histoire du "grand prometteur qui

    n'hésite jamais au moment de faire des promesses, mais n'hésite qu'au moment de les

    tenir".

    "ARDOISE MAGIQUE"

    Alors qu'est annoncé pour cette semaine le programme de Nicolas Sarkozy, François Hollande a donc décidé d'anticiper. Plutôt que sur le bilan du président, il préfère

    concentrer ses tirs sur le projet du candidat, l'idée étant de le démonétiser par avance en réduisant son adversaire [qui est attendu à La Réunion le 4 avril] à une figure

    quasiment burlesque dénuée de toute crédibilité.

    Pour cela, le candidat socialiste a notamment inventé une petite histoire au sujet de "celui qui se veut chef de tout mais responsable de rien". Après l'avoir rodée il y a

    quelques jours lors d'un "off" avec des journalistes, il la narre désormais lors de ses meetings. "Le candidat sortant me fait penser à ces écoliers à qui l'on distribuait une

    ardoise magique, celle sur laquelle les mauvais élèves faisaient leur brouillon avant de l'effacer au bout de quelques heures. Eh bien, il a gribouillé, crayonné, griffonné pendant cinq ans, et maintenant il voudrait tout effacer... Allez comprendre !"

    RISQUE DE L'ABSTENTION

    Durcir le ton face au seul Nicolas Sarkozy alors que se renforce, à sa gauche, un Jean-Luc Mélenchon pour la première fois crédité ce week-end de 15 % des voix au premier tour dans un sondage LH2/Yahoo, n'est-ce pas risqué ? François Hollande ne

    le croit pas : "L'électorat de gauche est encore volatil, explique-t-il. Il faut désormais

    qu'il se cristallise autour du seul sens à donner à cette élection : le changement,

    l'alternance. Or celui qu'il faut changer, c'est Nicolas Sarkozy."

    Esquivant le cas Mélenchon, le candidat socialiste a préféré profiter de son passage

    sur ces territoires de l'océan Indien qui votent à gauche (60 % pour Ségolène Royal à Mayotte en 2007, 64 % à La Réunion), mais où la participation est faible, pour

     : celui de l'abstention. Car "si l'abstention est forte, tous dénoncer un autre "risque"

    les sondages seront démentis, et je ne sais pas alors quel sera l'ordre d'arrivée",

    prévient-il, convaincu à l'inverse qu'une participation élevée lui sera bénéfique. "TOUT DONNER"

    Reste à savoir comment parvenir à mobiliser. "Il y a bien sûr notre projet qu'il

    convient de décliner", explique M. Hollande, qui a profité de ce passage éclair pour décliner ses "30 propositions pour l'outre-mer", présentées il y a quelques semaines

    en métropole. "Mais cela ne suffit pas. Ce qui compte, maintenant, c'est de faire

    monter le niveau de l'enthousiasme", ajoute-t-il.

    En multipliant les meetings (ce week-end, quatre en 24 heures). En allant aussi davantage au contact des citoyens, a-t-il demandé à son équipe. Enfin, en abandonnant le style quelque peu guindé qu'il s'était donné depuis quelques mois. "C'était important que les Français, qui m'avaient vu pendant des années dans le rôle d'animateur de salles, me voient désormais avant tout à travers ma capacité à assumer la responsabilité de l'Etat. Mais maintenant, je vais me redonner davantage

    de liberté. Je vais tout donner. Oui, tout donner!"

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