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aldeeb

By Michelle Weaver,2014-08-29 08:17
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    LE CORAN

    Texte arabe et traduction française

    par ordre chronologique selon l'Azhar

    avec renvoi aux variantes, aux abrogations et aux écrits juifs et chrétiens

    par

    Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH

    Je produis ici la préface, l'avant-propos et l'introduction de cet ouvrage, lequel peut être commandé

    auprès de son éditeur suissce: Editions de l'Aire, Vevey:

    http://www.editions-aire.ch/details.php?id=1382

    ou auprès d'Amazon.fr:

    www.amazon.fr/Coran-Abu-Salieh/dp/288108849X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1211

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Le traducteur: Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH

    Chrétien arabe d'origine palestinienne et de nationalité suisse. Licencié et docteur en droit de l'Université de Fribourg. Diplômé en sciences politiques de l'Institut universitaire de hautes études

    internationales de Genève.

    Responsable du droit musulman et arabe à l'Institut suisse de droit comparé à Lausanne depuis 1980.

    Professeur invité aux Facultés de droit d'Aix-en-Provence et de Palerme. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles (liste dans: www.sami-aldeeb.com), dont en français: _ L'impact de la religion sur l'ordre juridique, cas de l'Égypte, non-musulmans en pays d'islam,

    Éditions universitaires, Fribourg, 1979.

    _ Discriminations contre les non-juifs tant chrétiens que musulmans en Israël, Pax Christi,

    Lausanne, Pâques 1992.

    _ Les musulmans face aux droits de l'homme: religion, droit et politique, étude et documents,

    Winkler, Bochum, 1994.

    _ Les mouvements islamistes et les droits de l'homme, Winkler, Bochum, 1998.

    _ Sami Aldeeb et Andrea Bonomi (éd.): Le droit musulman de la famille et des successions à l'épreuve des ordres juridiques occidentaux, Publications de l'Institut suisse de droit comparé, Schulthess, Zürich, 1999.

    _ Circoncision masculine - circoncision féminine: débat religieux, médical, social et juridique,

    L'Harmattan, Paris, 2001.

    _ Cimetière musulman en Occident: normes juives, chrétiennes et musulmanes, L'Harmattan,

    Paris, 2002.

    _ Les Musulmans en Occident entre droits et devoirs, L'Harmattan, Paris, 2002.

    _ Circoncision: le complot du silence, L'Harmattan, Paris, 2003.

    _ Mariages entre partenaires suisses et musulmans: connaître et prévenir les conflits, 4e édition,

    Institut suisse de droit comparé, Lausanne, 2003.

    _ Introduction à la société musulmane: fondements, sources et principes, Eyrolles, Paris, 2005.

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    PREFFACE

    par Quentin Ludwig1

    C'est un grand honneur qui m'est accordé de préfacer cette nouvelle traduction du Coran réalisée par mon ami Sami Aldeeb Abu-Sahlieh. Je l'ai rencontré incidemment sur l'Internet lors de recherches concernant les interdits alimentaires. Nous avons tout de suite engagé la conversation et il m'a inscrit sur sa liste de diffusion donnant accès aux nombreux livres et articles qu'il a publiés et mis à disposition gracieusement sur l'Internet. Sami Aldeeb publie depuis plus de trente ans et son unique passion est la recherche et l'écriture: il a donc beaucoup écrit et tout autant publié. Son premier ouvrage, déjà très documenté, alors qu'il était fort jeune, est consacré aux Coptes d'Égypte.2 Par la suite, outre son intérêt très vif pour le monde musulman, il s'est également intéressé aux juifs, aux chrétiens, aux skoptzy,3 etc. Ses publications représentent plusieurs

    milliers de pages denses et toujours très documentées. Il n'hésite pas, non plus, lorsqu'on le lui demande à prendre à bout de bras un problème scientifique, parfois très éloigné de ses préoccupations quotidiennes (rappelons qu'il est juriste). C'est ainsi qu'il a bien voulu présenter le point de vue musulman concernant l'utilisation des cellules souches lors d'un Colloque sur Droit et Médecine organisé par une association

    d'avocates à Bruxelles. Ce texte a, par ailleurs, fait l'objet d'une publication.4

    En tant qu'éditeur, j'ai eu le privilège d'accompagner Sami Aldeeb dans la publication de son magnifique ouvrage Introduction à la société musulmane,5 lequel se lit presque comme un roman Ŕ ce qui n'est pas un

    mince compliment Ŕ malgré la densité du texte et la haute intelligence que l'auteur apporte à ses commentaires.

    Je voulais préciser mes relations avec Sami Aldeeb avant de dire tout le bien que je pense de sa nouvelle traduction du Coran.

    Lorsque j'ai moi-même rédigé un petit ouvrage d'introduction à l'islam, j'ai été très perplexe face au problème des versets abrogés. Comment faire passer l'information au lecteur, peu au fait des subtilités coraniques? En effet, dans la lecture actuelle, non chronologique, du Coran, en présence de deux versets contradictoires, il est absolument impossible de déterminer lequel est abrogé, lequel est l'abrogeant.6 Un Coran

    chronologique permettrait de départager certains cas litigieux. Le grand orientaliste Régis Blachère avait déjà tenté l'expérience7 mais, pour une raison qui n'a jamais été expliquée, elle a été rapidement abandonnée au profit de l'ordre traditionnel.8 La nouvelle traduction de Sami Aldeeb apporte ainsi, si on me permet

    l'expression, comme un souffle de jeunesse au Coran éternel.

    L'ordre chronologique n'est pas le seul avantage de cette traduction. Elle nous offre pour la première fois, les variantes du Coran en partant d'ouvrages approuvés par les autorités religieuses musulmanes. Elle se veut comparative: chaque fois qu'un mot présente une difficulté l'auteur n'hésite pas à fournir les traductions proposées par ses prédécesseurs, sans vouloir imposer la sienne. Elle est l'une des premières à avoir bénéficié

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    1 Universitaire et enseignant, ancien rédacteur en chef de revues, journaliste, lexicographe, spécialiste en ethnologie des religions et médecin. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Comprendre l'islam,

    Eyrolles, Paris, 2003; Comprendre le judaïsme, Eyrolles, Paris, 2003; Le bouddhisme: histoire, courants

    religieux, cultures, Eyrolles, Paris, 2005; Comprendre la kabbale: de Rabbi Siméon bar Yochaï à Madonna,

    Eyrolles, Paris, 2006; Les religions: catholicisme, orthodoxie, protestantisme, judaïsme, kabbale,

    islam, bouddhismes, Eyrolles, Paris, 2006.

    2 L'impact de la religion sur l'ordre juridique, cas de l'Égypte, non-musulmans en pays d'Islam, Éditions

    universitaires, Fribourg, 1979.

    3 Dans son ouvrage Circoncision masculine - circoncision féminine: débat religieux, médical, social et juridique, L'Harmattan, Paris, 2001.

    4 Le clonage humain en droit musulman et arabe, in Médecine et droit: Questions d'actualité en droit

    médical

    et en bioéthique, Anthemis, Bruxelles, 2007, p. 89-114.

    5 Introduction à la société musulmane: fondements, sources et principes, Eyrolles, Paris, 2005.

    6 Dans le Coran, il est écrit: "Si nous abrogeons un signe ou que nous le fassions oublier, nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est puissant sur toute chose?" (87/2:106). 7 Le Coran, traduction selon un essai de reclassement des sourates, Maisonneuve, Paris, 1949-1950. On

    relira toujours avec intérêt son Introduction au Coran. Maisonneuve et Larose, Paris, 2002 (réédition).

    8 Le Coran, Maisonneuve et Larose, Paris, 2005 (réédition).

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    d'une recherche systématique des termes, grâce à l'ordinateur (Sami Aldeeb sait se servir de cet instrument précieux; d'ailleurs n'a-t-il pas fait lui-même la mise en page de son ouvrage?) Chaque concept arabe est ainsi toujours traduit exactement de la même manière, ce qui évite les fausses interprétations. Lorsque cela n'est pas possible, l'auteur le signale en note. Enfin, les spécialistes connaissent les influences des mondes juifs et chrétiens sur le contenu du Coran mais l'origine des sources n'est jamais proposée. Sami Aldeeb, dont la vaste culture n'ignore rien des travaux des érudits juifs et chrétiens, référence pour les spécialistes, lorsque c'est possible, les sources extra-coraniques qui alimentent la pensée du prophète. Bien entendu, même s'il les connaît, il ne signale pas certains ouvrages polémiques1 car son but est de fournir tant au

    spécialiste qu'à l'honnête homme, en langue française, le Coran le plus pur, le plus proche possible de son origine.

    Dans la version originelle de cet ouvrage (réduite pour les besoins de cette édition), l'auteur proposait également le texte en écriture arabe moderne.

    Gageons que cette nouvelle traduction ne laissera indifférent aucun lecteur, qu'il soit orientaliste pointu ou

    amateur éclairé.

    1 Dont celui de Hanna Zakarias (de son vrai nom: Gabriel Théry, père dominicain): L'Islam, entreprise

    juive: de Moïse à Mohammed, Éditions Saint-Remi, Cadillac, 2006 (réédition).

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    AVANT-PROPOS

    par Rachid Benzine1 et Christian Delorme2

    Comme la Bible ou les Védas, le Coran appartient au patrimoine spirituel et intellectuel de toute l'humanité. Il est un des quelques rares grands textes fondateurs d'universalisme, qui ont permis à de nombreuses sociétés de se construire et de grandir. Considéré par les musulmans comme unique et inimitable, le livre saint de l'islam n'a pas cessé, depuis quatorze siècles, de nourrir la vie de centaines de millions de croyants. Pour les fidèles de l'islam, ce livre est la pure Parole de Dieu délivrée à l'humanité, et sa seule existence permet de

    rendre immédiatement présent aux hommes le Seigneur des mondes.

    Un musulman, bien entendu, ne peut pas ignorer le Coran, source toujours vivante de sa foi. Mais un nonmusulman

    le peut-il? D'aucuns peuvent le croire, mais c'est à tort. Dans un monde devenu de plus en plus réduit du fait du développement des moyens de communication, un monde de grands brassages humains, ce qui constitue fondamentalement les autres ne peut pas nous indifférer car, désormais présents dans notre environnement immédiat, ces autres influent inévitablement sur ce que nous vivons et sur ce que nous

    sommes et devenons. Alors que l'islam, en ce début du vingt et unième siècle, réunit, à égalité avec le christianisme,

    environ un quart de toute l'humanité, le Coran peut difficilement rester un inconnu pour n'importe quel honnête homme.

    Mais comment faire connaissance avec le Coran? Comment l'aborder, entrer dans son intelligence? Ceux qui n'ont pas été bercés depuis leur naissance par la musique de ce texte telle que la fait entendre sa langue d'origine, ceux qui sont étrangers à la langue arabe dans sa version la plus classique comme dans ses nombreuses

    variantes, se trouvent bien embarrassés! La nécessité s'impose, dès lors, de pouvoir recourir à des traductions qui, à la fois, soient les plus proches du sens du texte original arabe, et qui témoignent d'une langue

    d'interprétation elle-même belle à lire ou à entendre. Des traductions qui soient, également, accompagnées de suffisamment de notes explicatives pour rendre accessible au lecteur toute l'intelligence d'un texte souvent difficile à comprendre quand on n'a pas en main toutes les connaissances que son approche peut supposer.

    L'orthodoxie musulmane a toujours affirmé que la traduction du Coran arabe inimitable était impossible, et c'est pourquoi on voit fréquemment les traductions en diverses langues être qualifiées d'essai d'interprétation

    ou essai de traduction du Coran inimitable. Ces essais d'interprétation (ou de traduction du sens des

    versets...) sont cependant anciens: dès les dixième et onzième siècles de l'ère commune, ont été faites, par les musulmans eux-mêmes, des transpositions du Coran en langue perse et en langue turque. Mais, sans aller jusqu'à dire comme on l'entend souvent, que toute traduction d'un texte représente une trahison, on conviendra

    qu'une traduction constitue toujours une tentative modeste et limitée pour rendre compte de ce qui est unique: la langue dans laquelle ce texte a été écrit à l'origine. Cela est vrai pour les textes sacrés, mais cela vaut aussi pour les grands textes de la littérature mondiale: l'œuvre de Dante n'est vraiment très belle qu'en

    italien, comme celle de Goethe en allemand, celle de Cervantes en espagnol, celle de Chateaubriand en français, ou celle de Dostoïevski en russe!

    Le Coran est maintenant traduit (interprété) en plusieurs dizaines de langues. En français, depuis la première

    traduction réalisée en 1647 par le Sieur André du Ryer, ambassadeur du roi de France à Alexandrie, auraient été déjà publiées plus de cent vingt traductions! Certaines, bien entendu, ont réussi à s'imposer da- 1 Chercheur associé à l'Observatoire du religieux d'Aix-en-Provence et chargé de cours au Master Religion et Société de l'Institut d'études politiques de cette ville. Il a publié Les nouveaux penseurs de

    l'islam, Albin-Michel, Paris, 2004, et Chrétiens et musulmans: nous avons tant de choses à nous dire,

    écrit avec Christian Delorme, Albin-Michel, Paris, 1997. Il a aussi rédigé la partie consacrée à l'islam de L'Encyclopédie Larousse des religions, Larousse, Paris, 2006.

    2 Prêtre catholique du diocèse de Lyon, impliqué depuis plus de trente ans dans le dialogue interreligieux, principalement le dialogue islamo-chrétien. Il préside l'association L'hospitalité d'Abraham pour le dialogue des hommes et des fois. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Quartiers sensibles, écrit avec

    Azouz Begag, Seuil, Paris, 1995; Chrétiens et musulmans: nous avons tant de choses à nous dire, écrit

    avec Rachid Benzine, Albin-Michel, Paris, 1997; Les banlieues de Dieu, Bayard, Paris, 1998.

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    vantage que d'autres et sont plus connues et utilisées: celle de l'aristocrate d'origine hongroise Albert de Biberstein

    Kasimirski (qui remonte à 1840 mais est toujours rééditée), celle du savant orientaliste Régis Blachère (1949-1950), celle du savant musulman d'origine indienne Muhammad Hamidullah (1959), celle de l'érudite chrétienne Denise Masson (1967), celle de l'ancien recteur de l'Institut musulman de Paris Cheikh Si Hamza Boubakeur (1972), celle du poète chrétien Jean Grosjean (1979), celle de l'écrivain tunisien Sadok Mazigh (1979), celle de l'orientaliste Jacques Berque (1991), ou encore celle, tout à fait particulière (car s'attachant

    à restituer avec force la racine sémitique des mots) de l'écrivain juif André Chouraqui (1990). Chacune de ces grandes traductions offre ses richesses mais laisse aussi paraître ses insuffisances. Pour qui cherche à travailler sérieusement sur le texte coranique sans maîtriser la langue arabe classique, il s'avère donc utile de savoir utiliser ensemble ces essais d'interprétation, de savoir aller d'une traduction à l'autre.

    Or voici une nouvelle version française du texte coranique: celle que nous offre aujourd'hui l'universitaire suisse d'origine palestinienne Sami Aldeeb Abu-Sahlieh. Elle est l'œuvre d'un Arabe chrétien, pour qui la

    langue du Coran fait partie de son héritage, puisque la langue arabe classique a pour matrice le livre saint de l'islam. Depuis son enfance en Cisjordanie, dans le village majoritairement chrétien de Zababdeh, Sami Aldeeb

    a eu les oreilles remplies des appels à la prière des muezzins, et la musique du Coran psalmodié a accompagné

    sa jeunesse presque à l'égal des mélodies religieuses chrétiennes. Le fils de paysan aurait pu devenir prêtre (un de ses frères l'est), mais l'enchaînement des circonstances l'a conduit en Suisse où il est devenu un juriste, responsable du droit arabe et musulman à l'Institut suisse de droit comparé de Lausanne, et professeur invité dans différentes universités. Travailleur infatigable, auteur de plusieurs ouvrages remarqués et de très nombreux articles, Sami Aldeeb est également un intellectuel engagé, un homme qui ne craint pas d'intervenir dans le champ public pour interpeller l'opinion, poser des questions, défendre la dignité

    de l'homme. Il se montre, notamment, un adversaire résolu de la peine de mort.

    La traduction que publie Sami Aldeeb fera certainement débat. Elle se distingue, en effet, des éditions habituelles

    du Coran par le choix de son auteur de présenter le texte coranique non pas dans l'ordre qui est celui des éditions canoniques, mais dans l'ordre qui aurait été celui de la révélation reçue progressivement par le prophète Mahomet.

    Beaucoup le savent, même lorsqu'ils ne sont pas musulmans: le Coran a été proclamé par morceaux (par ayat, c'est-à-dire par signes divins) entre 610 et 632, soit sur une période de vingt-deux ou vingt-trois ans. Selon la doctrine musulmane, le texte sacré a été versé dans le cœur de Mahomet en une seule fois par l'entremise

    de l'ange Gabriel, puis il a été redonné progressivement au prophète de l'islam et à sa communauté naissante en fonction des évènements. Quand les successeurs de Mahomet ont voulu réunir en un volume canonique la totalité des versets révélés qui avaient été conservés de façons diverses, ils ont été conduits à observer un ordre différent de celui de la chronologie de leur réception. C'est ainsi que se sont souvent retrouvées

    en tête de la vulgate coranique (le mushaf) des sections entières de versets qui avaient été reçues

    tardivement, tandis que les premiers versets révélés pouvaient se trouver à la fin du volume. La tradition musulmane considère, par exemple, que les premiers versets que le prophète Muhammad a reçus en l'an 610, se trouvent, dans la vulgate, au début du 87ème chapitre. En outre, dans un même chapitre sont réunis des versets délivrés à différents moments de la mission du prophète.

    Depuis les débuts de l'islam, les savants musulmans ont eu le souci de conserver la mémoire de ce qui est appelé les circonstances de la révélation. Une des sciences religieuses les plus anciennes en islam est ainsi

    celle qui consiste à définir l'ordre chronologique des sourates et des versets. La plus prestigieuse des institutions

    musulmanes, l'Université de l'Azhar au Caire, a établi depuis longtemps cette chronologie et l'enseigne

à ses étudiants.

    En fait, Sami Aldeeb n'est pas le premier à publier une traduction française du Coran qui présente le texte dans l'ordre supposé de la révélation. Dans les années 1950 déjà, l'orientaliste Régis Blachère avait fait ce même choix1. Son classement des sourates prenait en compte, bien entendu, les enseignements de la tradition musulmane, mais il faisait part aussi à des considérations personnelles (notamment, Régis Blachère avait divisé chaque sourate selon les sujets traités, donnant des titres à chaque partie). Sami Aldeeb, quant à lui, a tenu à ordonner sa traduction en fonction des données de l'Université de l'Azhar, et son classement ne saurait donc être qualifié de fantaisiste.

    Quel est l'avantage, pour un musulman comme pour un non-musulman, de découvrir le texte coranique dans cet ordre différent de l'ordre canonique? Pour un musulman, lire le Coran selon ce classement des chapitres peut certainement représenter une belle aventure spirituelle: celle d'avoir le sentiment de se retrouver au cœur même des années de la révélation coranique, goûtant le texte coranique un peu à la manière (au 1 Le Coran, traduction selon un essai de reclassement des sourates, Maisonneuve, Paris, 1949-1950.

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    rythme) des premiers récepteurs de celle-ci. Pour un non-musulman, la découverte du texte coranique selon cette chronologie peut aider à une intelligence progressive du contenu du Coran: ses grands thèmes, ses genres

    littéraires, l'apparition des diverses figures qui y sont citées... On peut, en effet, considérer que la délivrance progressive du Coran a correspondu à une certaine pédagogie, et le classement repris ici peut être apprécié comme ayant aujourd'hui encore des vertus pédagogiques.

    L'œuvre que nous propose Sami Aldeeb se veut une œuvre d'une grande rigueur scientifique. L'amoureux de

    la langue arabe qu'il est sait combien le Coran est un texte d'une ampleur sémantique et linguistique considérable,

    et sa traduction prend en compte les divers sens qui peuvent être donnés aux milliers de mots qu'on y trouve. Comme beaucoup de ses prédécesseurs dans cette tâche immense que représente la traduction du Coran à partir de l'arabe, Sami Aldeeb a accompagné sa traduction de très nombreuses notes qui prennent en compte les plus récentes recherches historiques et linguistiques. Il s'agit donc d'un travail de type critique, mais cette approche n'en est pas moins fort respectueuse de tout ce que représente ce texte pour les musulmans.

    Travailler ainsi sur le texte coranique, n'est-ce pas, d'ailleurs, témoigner d'une profonde considération pour ce texte?

    Précédemment, nous avons évoqué le risque de trahison qui guettait toute tentative de traduction. Mais on

    peut, aussi, considérer la traduction comme un acte constructeur de fraternité, et retenir ce que le grand philosophe

    contemporain Paul Ricœur en a dit: "Il me semble (...) que la traduction ne pose pas seulement un

    travail intellectuel, théorique ou pratique, mais un problème éthique. Amener le lecteur à l'auteur, amener l'auteur au lecteur, au risque de servir et de trahir deux maîtres, c'est pratiquer ce que j'aime appeler l'hospitalité

    langagière. C'est elle qui fait modèle pour d'autres formes d'hospitalité que je lui vois apparentées: les confessions, les religions, ne sont-elles pas comme des langues étrangères les unes aux autres, avec leur lexique, leur grammaire, leur stylistique, qu'il faut apprendre afin de les pénétrer?"1

    1 Ricœur, Paul: Sur la traduction, Bayard, Paris, 2004, p. 42-43.

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    INTRODUCTION

    Dans un discours diffusé par la télévision, la radio et la presse écrite, le Président Sadate affirmait: Notre Coran est une encyclopédie complète qui n'a laissé aucun côté de la vie, de la pensée, de la politique, de la société, des secrets cosmiques, des mystères de l'âme, des transactions, du droit de la famille, sans qu'il n'en ait donné d'opinion. L'aspect prodigieux, miraculeux de la législation coranique est qu'elle convient à toute époque.1

    Le Coran est l'ouvrage le plus influent au monde sur le plan politique, et la première source du droit musulman

    et arabe. D'où la nécessité de le lire pour mieux comprendre ses adeptes qui représentent un cinquième de l'humanité.

    Cette nouvelle édition et traduction du Coran comporte les avantages suivants:

    _ Elle produit la version arabe du Coran et la traduction par ordre chronologique.

    _ Elle essaie d'être fidèle au texte arabe, donnant autant que possible, grâce à l'ordinateur, la même traduction pour chaque mot.

    _ Elle indique les variantes les plus importantes du Coran, les versets abrogés et ceux qui les abrogent. _ Elle renvoie aux écrits juifs et chrétiens, tant reconnus qu'apocryphes.

    Dans les pages suivantes, nous exposons en détail ces différentes caractéristiques, nos sources et notre méthode

    de traduction.

    Repères historiques

    Selon la tradition musulmane, Mahomet serait né vers l'an 570 à la Mecque, ville commerçante et cosmopolite

    de l'Arabie où cohabitaient différentes communautés religieuses, principalement des polythéistes, des juifs et des chrétiens. Vers 610, il a commencé à recevoir un message transmis par l'ange Gabriel. En 622, devant la persécution des siens et de ses concitoyens, il a quitté avec certains de ses compagnons la Mecque pour Yathrib, ville de sa mère, devenue depuis Médine. Cette année marque le début du calendrier musulman de l'hégire qui commence le 16 juillet 622 (correspondant au 1er Muharram). En 630, Mahomet est revenu à la Mecque à la tête d'une armée et l'a conquise. Il est mort à Médine le 8 juillet 632. Ordre chronologique du Coran

    Selon la tradition musulmane, la révélation reçue par Mahomet s'est étendue sur vingt-deux ans durant lesquels

    il est passé de simple commerçant à chef d'État. Selon la tradition musulmane, dès qu'une révélation était faite à Mahomet, ses scribes la notaient sur des morceaux de cuir, des tessons de poterie, des nervures médianes de palmes, des omoplates ou des côtes de chameaux. Après la mort de Mahomet, un premier recueil

    du Coran fut réuni sous le règne du Calife Abu-Bakr (décédé en 634). Mais comme des collections privées divergentes commençaient à circuler, le Calife 'Uthman (décédé en 656) décida d'établir sa propre collection appelée le Coran de 'Uthman, actuellement utilisée par les musulmans. Les autres collections ont été brûlées.

    Le Coran de 'Uthman est composé de 114 chapitres (dits sourates). Chaque chapitre se présente avec un titre, quelques-uns avec deux, voire plus (indiqués dans notre traduction; voir p. ex. le titre du chapitre 5/1). Ces titres proviennent soit de l'un des premiers mots du chapitre (23/53: Astre; 97/55: Le tout miséricordieux),

    soit d'un récit caractéristique (72/14: Abraham; 44/19: Marie), soit d'un épisode considéré comme

    prégnant (70/16: Abeilles; 85/29: Araignée). Ils n'appartiennent pas à la révélation et ne figurent pas dans les premiers manuscrits coraniques connus; ils furent ajoutés par les scribes pour distinguer les chapitres du Coran. Certains cependant font remonter ces titres à Mahomet.

    Le Coran de 'Uthman classe les chapitres du Coran, à quelques exceptions près, en fonction de leur longueur. Certains auteurs musulmans croient que cet ordre a été approuvé par Mahomet, sur indication de l'ange Gabriel. Mais l'opinion dominante soutient que seul l'ordre des versets à l'intérieur des chapitres a été approuvé par Mahomet, alors que l'ordre des chapitres a été fixé par la commission qui a établi le Coran. On 1 Al-Ahram, 1.6.1976.

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    invoque le fait que des compagnons de Mahomet avaient des versions du Coran classant les chapitres de façon différente de l'ordre actuel du Coran.

    L'ordre actuel du Coran pose un problème de compréhension. On peut dire que nous lisons aujourd'hui le Coran presque à l'envers puisque les premiers chapitres, les plus longs, sont d'une façon générale formés de révélations parvenues à Mahomet vers la fin de sa vie. L'ordre chronologique du Coran est important pour les historiens qui veulent connaître les étapes de la révélation. Mais il l'est aussi pour les juristes. En effet, le Coran comporte des normes juridiques qui ont évolué, certaines en ayant abrogé d'autres. Afin de déterminer les passages abrogés et ceux qui les abrogent, il faut savoir lesquels ont précédé les autres. Pour ces raisons, des auteurs musulmans ont proposé de publier le Coran en arabe par ordre chronologique,1 mais cela

    ne s'est jamais fait jusqu'à maintenant. Régis Blachère a publié en 1949-1950 une traduction française du Coran par ordre chronologique selon ses propres estimations. Cette première édition n'est plus disponible dans les librairies. Blachère est revenu à l'ordre actuel du Coran dans son édition de 1957, sans en dire les raisons. Dès lors, notre traduction peut être considérée comme la seule comportant la version arabe et française

    du Coran par ordre chronologique.

    Les savants musulmans et les orientalistes recourent à différents critères pour la classification chronologique des chapitres du Coran: le témoignage des compagnons de Mahomet, le contenu des chapitres, les événements

    historiques auxquels ils se réfèrent, etc. Mais ils sont loin d'être d'accord entre eux,2 et il est probablement

    impossible de parvenir à un ordre chronologique qui corresponde à la réalité.3 La classification qui

    acquiert le plus d'adhésion parmi les musulmans et que nous suivons ici, est celle adoptée par la commission de l'Azhar qui a établi l'édition égyptienne du Coran en 1923, appelé Mushaf du Roi Fu'ad. Cette édition

    indique en tête de chaque chapitre l'ordre dans lequel il a été révélé et distingue les chapitres de la période mecquoise de ceux de la période hégirienne (médinoise). Cette classification correspondrait à la version du Coran établie par le Calife 'Ali.

    Nous donnons ici un tableau récapitulatif sommaire indiquant l'ordre chronologique des chapitres selon l'Azhar, Noldeke (décédé en 1930) et Blachère (décédé en 1973), ainsi que l'ordre actuel selon le Coran de 'Uthman, marquant en rouge les chapitres et les versets hégiriens (médinois). Le lecteur trouvera à la fin de cet ouvrage deux tables des matières: l'une par ordre chronologique des chapitres (selon l'Azhar), et l'autre selon l'ordre actuel des chapitres du Coran de 'Uthman. Ainsi il pourra lire le Coran dans l'ordre qu'il souhaite. Ordre chronologique selon Ordre actuel selon le Coran

    L'Azhar Noldeke Blachère de 'Uthman Nom, nombre des versets et période du chapitre

    5 48 46 1: _______ La liminaire - 7 versets - mecquois

    87 91 93 2: ____ La vache - 286 versets - hégirien

    89 97 99 3: ___ __ La famille d'Imran - 200 versets - hégirien

    92 100 102 4: ______ Les femmes - 176 versets - hégirien

    112 114 116 5: ______ Le banquet - 120 versets - hégirien

    55 89 91 6: ______ Les bétails - 165 versets - mecquois

    [sauf: 20, 23, 91, 93, 114, 141, 151-153]

    39 87 89 7: _____ Les redans - 206 versets - mecquois

[sauf: 163-170]

    88 95 97 8: ______ Le butin - 75 versets - hégirien

    113 113 115 9: ______ Le revenir - 129 versets - hégirien

    51 84 86 10: __! Jonas - 109 versets - mecquois [sauf: 40, 94-96]

    52 75 77 11: "_# Houd - 123 versets - mecquois

    [sauf: 12, 17, 114]

    53 77 79 12: $%_! Joseph - 111 versets - mecquois [sauf: 1-3, 7]

    1 Voir notamment Khalaf-Allah: Dirasat, p. 245-257. Pour les titres complets des ouvrages cités dans les

    notes, voir la bibliographie à la fin de ce livre. 2 Al-Haddad a établi des tables comparant l'ordre chronologique du Coran selon sept sources musulmanes

    classiques, Noldeke et Blachère (Al-Haddad: Al-Qur'an wal-kitab, vol. 2, p. 298-316).

    3 Indiquons une des difficultés: comment classer chronologiquement des récits (comme celui de Moïse ou

    de Lot - voir l'index sous ces deux noms) répétés avec peu ou pas de différences dans plusieurs chapitres?

    S'agit-il de passages révélés une seule fois, ou au contraire ont-ils été révélés plusieurs fois?

    11

    96 90 92 13: ____ Le tonnerre - 43 versets - hégirien 72 76 78 14: &'#___ Abraham - 52 versets - mecquois [sauf: 28-29]

    54 57 59 15: (___ Al-hijr - 99 versets - mecquois [sauf: 87]

    70 73 75 16: )____ Les abeilles - 128 versets - mecquois [sauf: 126-128]

    50 67 74 17: __%*_ Le voyage nocturne - 111 versets - mecquois [sauf: 26, 32-33, 57, 73-80]

    69 69 70 18: $+,__ La caverne - 110 versets - mecquois [sauf: 28, 83-101]

    44 58 60 19: &!- Marie - 98 versets - mecquois

    [sauf: 58, 71]

    45 55 57 20: . / Taha - 135 versets - mecquois

    [sauf: 130-131]

    73 65 67 21: __'____ Les prophètes - 112 versets - mecquois 103 107 109 22: 0___ Le pèlerinage - 78 versets - hégirien 74 64 66 23: __-1___ Les croyants - 118 versets - mecquois 102 105 107 24: 2____ La lumière - 64 versets - hégirien 42 66 68 25: _3___ La délivrance - 77 versets - mecquois [sauf: 68-70]

    47 56 58 26: ___4__ Les poètes - 227 versets - mecquois [sauf: 197, 224-227]

    48 68 69 27: )____ Les fourmis - 93 versets - mecquois 49 79 81 28: 56___ La narration - 88 versets - mecquois [sauf: 52-55]

    85 81 83 29: 7__,____ L'araignée - 69 versets - mecquois [sauf: 1-11]

    84 74 76 30: _8__ Les romains - 60 versets - mecquois [sauf: 17]

    57 82 84 31: ____ Luqman - 34 versets - mecquois [sauf: 27-29]

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