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Point Notion

By Clyde Elliott,2014-11-26 16:19
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Point Notion

    Historique, notion et démarche de l’EADSI

    par Michel Faucon

    Le texte qui suit reprend pour une large part, surtout dans la deuxième et la troisième partie,

    des éléments provenant de l’ouvrage ? Education au développement ? préparé par le réseau

    Polygone et édité par ITECO (Belgique) en 1999. Ils ont le mérite d’apporter une vision

    européenne qui complète la vision essentiellement française de l’auteur.

    C’est dans l’espace associatif de la solidarité internationale, ce que l’on appelle les ONG ou, comme le préfèrent les acteurs eux-mêmes, les associations de solidarité internationale (ASI), que le terme ? d’éducation au développement ? connaît un grand usage. Aujourd’hui, on

    préfère parler ? d’éducation au développement et à la solidarité internationale ? plutôt que

    ? d’éducation au développement ? tout court. Cette évolution des termes renvoie au chemin

    parcouru par les associations de solidarité internationale.

Quelques points d’histoire

Apparition du terme dans les ASI

    Il faut remonter à une quarantaine d’années pour voir apparaître les premières organisations se définissant spécifiquement un objectif d’appui au développement. Il existait déjà des organisations associatives ou syndicales dotées d’un secteur international par lequel pouvait transiter diverses formes d’aide. Mais c’est vraiment dans les années 60, dans la foulée des décolonisations et en réaction aux crises et aux conflits, principalement en Afrique, que des citoyens en France ont estimé qu’il fallait faire quelque chose pour se porter au secours de

    gens qui connaissaient des famines ou les conséquences dramatiques de conflits. Lutter contre la faim dans le monde a sans doute fait partie des premières motivations pour que se créent des associations de solidarité internationale.

    Les élans de générosité se sont traduits par des envois de dons divers et aussi par le départ de jeunes gens assez peu préparés pour les lieux les plus difficiles, sur tous les continents. L’expérience acquise ainsi, au prix parfois de déboires douloureux, a fait prendre conscience

    aux volontaires et aux associations d’un certain nombre d’éléments que l’on peut synthétiser ainsi :

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    - la lutte contre la faim devait se concevoir dans un contexte plus large d’efforts en

    faveur du développement ;

    - le développement devait s’appréhender dans sa globalité : vouloir agir sur tel ou tel

    secteur (santé, éducation, alimentation, production, etc.) sans tenir compte des autres

    était préjudiciable ;

    - le développement n’était pas un processus que l’on pouvait décider ni piloter de

    l’extérieur : il reposait avant tout sur la mobilisation des populations locales ;

    - l’aide au développement ne consistait pas en des transferts de matériels ou de

    connaissances mais d’abord dans un renforcement des capacités humaines locales et

    des ressources physiques, économiques, etc.

    Tandis que plusieurs associations opéraient cette évolution et créaient des espaces collectifs pour y réfléchir ensemble, d’autres, de création plus récente ou avides d’accroître le volume de l’aide qu’elles mobilisaient, développaient un marketing peu soucieux des nuances dès lors qu’il rapportait, en jouant à la fois sur l’image de la détresse à soulager et sur l’image du donateur ébloui par sa propre générosité.

Pour celles des associations qui s’étaient engagées à appuyer des organisations locales

    qu’elles ont très vite désignées sous le terme de ? partenaires ?, il était important de présenter

    à leurs concitoyens une vision plus exacte de la réalité. D’ailleurs, leurs partenaires ne supportaient pas l’image négative et misérabiliste que les principaux médias et certaines

    associations entretenaient auprès du public français et européen. Ces considérations ont renforcé l’engagement pris alors ? d’éduquer ? l’opinion publique, de donner à voir un autre

    visage de ce que l’on appelait encore le Tiers-monde, de mettre en valeur les richesses

    culturelles et humaines que la pratique du partenariat avait permis de découvrir et d’éprouver sur la durée. ? L’éducation au développement ? est alors devenue pour ces associations une

    responsabilité complémentaire et aussi importante que l’appui apporté à leurs partenaires.

Des racines dans l’éducation populaire

    Les militants des ASI désireux de s’engager dans des actions d’éducation au développement ont trouvé dans l’éducation populaire les bases méthodologiques dont ils avaient besoin. Dans la France des années 60, l’éducation populaire était un patrimoine partagé par de nombreux secteurs de la société tels que les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, bien sûr, mais aussi le mouvement syndical, certains mouvements de l’action catholique, une partie de la formation agricole, etc. La rencontre qui s’opéra avec des exilés d’Amérique latine du fait des dictatures qui sévissaient dans plusieurs pays de ce continent, enrichit l’expérience

    française de tout l’apport de ce sous-continent, que Paulo Freire a conceptualisé. Pour lui,

    l’objectif premier de l’éducation est la prise de conscience par l’individu de la réalité et de sa capacité à exercer sa propre volonté sur celle-ci, pour la modifier, l’adapter, l’améliorer. Pour

    atteindre ce but qu’il s’est fixé, Freire entend susciter une attitude critique de réflexion qui engage à l’action. Sa méthode consiste à s’appuyer sur les besoins des groupes de populations marginalisés, analphabètes ou pauvres qui, à travers le dialogue et une participation active dans le processus éducatif, peuvent acquérir des connaissances de base et une auto conscience libératrice. Cet apprentissage d’une autoformation individuelle et communautaire est décrit

    dans les ouvrages de Paulo Freire ? La pédagogie des opprimés ? et ? L’éducation : pratique

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de la liberté ?. L’auteur a baptisé ? conscientisation ? le processus de prise de conscience qui

    est ainsi induit. L’alphabétisation, la formation des adultes et l’organisation communautaire sont des éléments primordiaux de cette méthode.

Remous autour de la dimension politique

    Dans la démarche consistant à rechercher et présenter au public les causes de ce qu’on appelait le sous-développement puis le mal développement, il était inévitable que soient désignées la colonisation d’abord et les politiques post coloniales des Etats dans la foulée. Il ne manque pas d’ouvrages pour alimenter cette réflexion et, pour n’en citer qu’un, ? L’Afrique noire est mal partie ? de René Dumont servira de référence pour de nombreux

    militants dans leurs activités d’éducation au développement. Si la politique africaine de la France est pointée du doigt, les Institutions internationales sont aussi l’objet de l’indignation du fait de l’endettement dans lequel de nombreux pays ont été entraînés.

    Un tel regard critique ne pouvait évidemment pas faire l’unanimité dans la société française et quelques intellectuels sont venus au secours de ceux qui préféraient jeter l’opprobre sur les gouvernements corrompus des pays du Tiers-Monde. Durant les années quatre-vingts on a vu ainsi éclore puis disparaître aussi vite des initiatives de justification a posteriori des

    politiques conduites pas les pays occidentaux vis-à-vis des pays du Tiers-monde, au nom, entre autres causes, de l’incapacité de ces derniers à se gouverner correctement.

    Reconnaissons que ce type de discours n’a eu que très peu prise sur les acteurs de l’éducation au développement. Cela n’a pas empêché, par contre, qu’il suscite l’éclosion d’une nouvelle génération d’associations peu enclines au débat d’idées et cherchant leur unique justification dans l’action et la professionnalisation. Leur histoire montre cependant que celles qui ont résisté à l’usure ont dû un jour ou l’autre prendre un peu de distance et dénoncer l’intolérable, les amenant ainsi à se coltiner des batailles de nature politique.

Les adjectifs du développement

    Comme s’il allait de soi que les pays développés avaient la recette du développement, la situation des autres pays n’avait trouvé pour se caractériser que des préfixes (sous-, mal-, en

    voie de, etc.). Avec les années quatre-vingt-dix, la fin de l’affrontement Est-Ouest laissait

    augurer une réorganisation des relations entre les pays et l’espoir renaissait de voir enfin

    prises en compte les réflexions surgies depuis bien des années déjà mais soigneusement remisées dans les archives ONUsiennes. Aux Nations Unies, précisément, revinrent à la surface les grandes remises en question sous-jacentes aux problématiques du ? développement durable ? et du ? développement social ?. D’excellents textes laborieusement négociés

    donnaient des orientations pertinentes sur la façon de réconcilier l’activité humaine avec la planète, d’une part, et avec l’ensemble de l’humanité d’autre part. Car force était de constater que certaines de ces activités étaient préjudiciables et que leur multiplication exposerait tant la planète que l’humanité à des conséquences difficilement prévisibles mais à coup sûr sans précédent. C’était donc la conception même du développement qu’il fallait repenser.

    Pour les militants de l’éducation au développement, les mobilisations et les réflexions conduites avant, pendant et autour des grands événements que furent les conférences des Nations Unies fournirent une abondante matière. En particulier, le fait que la solidarité internationale soit devenue une dimension inhérente au concept de développement durable, constituait une sorte de victoire. C’est ce qui explique la volonté de la faire apparaître dans

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    l’énoncé même de ces pratiques éducatives. Puisque le terme de développement commençait à devenir suspect, il était sage d’ajouter systématiquement ? et à la solidarité internationale ?,

    ce qui de toute façon correspondait mieux à la perception que les militants pouvaient avoir de leur engagement. Et si pendant une première période, bon nombre d’associations se définissaient volontiers comme des associations d’aide au développement, elles ont alors préféré se désigner par le vocable d’association de solidarité internationale, du moins en

    France.

Ici autant que là-bas

    Dans la phase où nous nous trouvons aujourd’hui, l’éducation au développement et à la solidarité internationale ne va plus seulement s’attacher à mieux faire comprendre les réalités des pays du Sud et de l’Est (le terme ? Tiers-monde ? est sorti du vocabulaire), elle va aussi

    questionner notre mode de développement au nom même de la solidarité internationale. Les désordres environnementaux auxquels il faut s’attendre du fait du réchauffement de la planète

    seront encore moins supportables pour les populations défavorisées d’aujourd’hui. Donc, être solidaire avec elles renvoie aux attitudes citoyennes à adopter dans l’utilisation des sources d’énergie, dans la lutte contre le gaspillage, dans la recherche d’actes de consommateurs soucieux d’un commerce plus rémunérateur pour les producteurs, etc.

    L’éducation au développement et à la solidarité internationale, à la lumière de ce qui se passe dans les forums sociaux, va aussi s’attacher à promouvoir une logique d’alliances entre des acteurs du Sud et du Nord pour répondre aux défis de ce nouveau millénaire. Ce faisant, elle poursuit le chemin tracé par l’éducation populaire qui part de la description et de l’analyse de la réalité, qui la questionne, la compare dans l’espace et le temps avec d’autres réalités analogues, puis qui se détermine un champ d’expérimentation pour tester les points d’évolution qui se sont révélés utiles ou nécessaires. L’éducation au développement et à la solidarité internationale ajoute (ou réintroduit ?) la nécessaire négociation entre les acteurs concernés par la réalité considérée. Car l’évolution souhaitée par les uns peut s’avérer désastreuse pour les autres. L’enjeu devient donc de trouver les espaces où les contradictions

    pourront être dépassées et les actions qui peuvent y conduire.

Les contenus conceptuels de l’EADSI

    Les notions d’aide et de coopération au développement sont à la source du concept d’éducation au développement. Des idéologies diverses ont façonné les représentations du

    développement et du sous-développement, de leurs causes, de leurs remèdes ainsi que celles des acteurs impliqués. Le chapitre précédent a essayé de situer dans leur contexte historique