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La notion despace institutionnel

By Russell Richardson,2014-11-26 16:04
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La notion despace institutionnel

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    LA NOTION D’ESPACE INSTITUTIONNEL

    THE NOTION OF INSTITUTIONAL SPACE

    Par

    B. KHERDJEMIL

    Maître de Conférences

    Université du Littoral Côte d’Opale

    Département Economie-Gestion

    21, rue Saint-Louis

    F- 62321 BOULOGNE CEDEX

    Mots-clés : Contrat, droits de propriété, espace économique, espace

    institutionnel, force dynamique de structuration, habitus,

    homo institutus, rationalité.

    Key-words : Contract, property rights, economic space, institutional space,

    dynamic force of structuring, habitus, homo institutus, rationality.

Classification JEL : K11, K12, L22, R10, R15.

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    -INTRODUCTION -

     L’objectif de ce papier est de tenter d’apporter un éclairage sur le ;processus de l’institutionnalisation de l’espace (1) . Celui-ci pourrait aider à

    une compréhension plus extensive de la dynamique de structuration spatiale. Il est vrai que cette thématique n’est pas nouvelle (DELFAUD, LAJUGIE, LACOUR,1979, p.9 à 66 ) (2). Une littérature de haute facture intellectuelle s’est déjà penché sur la question. S’appuyant sur la théorie de la régulation, Jean Pierre GILLY et Isabelle LEROUX (1999) ont su, d’une manière fort judicieuse, dégager ? un dispositif de régulation territorial ?, susceptible d’éclairer le

    processus de dynamique de structuration spatiale. Pour notre part, nous souhaiterions revisiter celle-ci en utilisant un autre éclairage conceptuel complémentaire dont les sources tissent un lien très étroit avec, à la fois, les

    apports de la théorie des conventions et ceux des institutionnalistes. L’entrée méthodologique par les conventions a, déjà, été mise en œuvre par des auteurs comme FAVEREAU(1995), CREVOISIER et GIGON (2000) ainsi que par PECQUEUR, LACROIX et MOLLARD (2000). L’aspect institutionnaliste

    dans l’appréhension des dynamiques des territoires a, également, fait l’objet d’une mobilisation par des auteurs comme ABDLELMALKI et alii (1996) ,

    DUFOURT (1993) et KIRAT (1993,1998). Notre démarche paradigmatique s’inscrit dans cette double sensibilité théorique. Quelques principes de base balisent notre entée analytique. Tout d’abord, l’Homme n’est pas un facteur de production impersonnel, banal et uniquement combinable en vue d’une production de biens et de services. Ensuite, l’Homme est le produit d’une

    histoire plurielle, toujours contextualisée. Enfin, l’action de l’Homme n’est pas déconnectée de son espace-repère lequel est en interconnexion complexe avec les autres espaces.

    Ces prémisses méthodologiques qui soulignent avec force le rôle de l’Homme dans l’écriture de son histoire plurielle et complexe s’opposent aux entrées paradigmatiques qui affirment soit que ? les lois de l’économie

    politique… sont tout à fait comparables aux lois des gaz, les individus jouant,

    en économie politique, le rôle des molécules dans la théorie cinétique (RUEFF

    cité par MARCHAL(1952, p. 22), soit que ? la science économique, on ne

    saurait trop le répéter, est directement comparable à la science physique ? (Maurice ALLAIS, 1947, cité par A. MARCHAL). Elles font plutôt écho à la pensée de François PERROUX qui n’hésite pas à prendre ses distances méthodologiques avec ceux qui ? [ ne] voient alors dans l’activité économique

    [qu’] un ajustement de quantités de biens et de services sous une force qui est celle des prix ? (1939, p. 35). Notre propos n’est pas ici de faire une approche philosophique de notre discipline. Mais il convient de préciser notre approche en soulignant fortement avec Claude Lacour la nécessité de tenir compte des facteurs extra-économiques ? sans les laisser à la porte, inaptes, et indignes de

     ; Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes en fin d’article.

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    rentrer dans le champ scientifique économique ? (LACOUR, 1996, p. 33). En

    d’autres termes, il ne faudrait pas oublier, comme le fait remarquer, à juste titre, BAILLY qu? à l’approche morpho-fonctionnelle, liant milieu et fonctions de

    production et de consommation , s’ajoute la perspective sociale qui privilégie l’analyse des pratiques et de la connaissance que les hommes ont de leur cadre de vie ? (BAILLY,1983, p.301).

     A partir de ces postulats, nous allons essayer, tout d’abord, de forger les éléments identitaires de notre instrument d’analyse : l’espace institutionnel.

    Ensuite, grâce à un essai de sa formalisation, nous tenterons de mettre en évidence sa force dynamique de structuration .

    - I -

STRUCTURE IDENTITAIRE DE L’ESPACE INSTITUTIONNEL

     L’espace institutionnel peut être défini, provisoirement, comme

    l’expression du champ physique structuré par les logiques d’action des hommes

    dans un cadre d’ environnement matériel en perpétuelle mutation.

     Cette définition mérite qu’on la précise afin de mieux dégager les composantes et les caractéristiques de l’espace institutionnel.

     Les éléments constitutifs de l’espace institutionnel relèvent de deux ordres

    intimement liés:

     le premier ordre renvoie à la nature. Il s’agit du champ géographique.

    Ce dernier ? est le sol, le climat, le paysage dans lequel nous vivons, le lieu où se situent nos outils et nos actes ? (BOUDEVILLE cité par PENOUIL, 1983,

    p.74).

     le second se trouve sous-tendu par le processus de la praxis sociale,

    c’est à dire l’objectivation de l’action humaine. Celle-ci forge, alors, ? un

    espace concret, à la fois matériel et humain , c’est une réalité technique,

    commerciale, monétaire et politique localisée ? (BOUDEVILLE,1970). Il s’agit

    de l’espace économique.

     Huriot reprend à son compte cette définition en précisant que ? l’espace des

    activités, établissements humains, et utilisations du sol en général, l’espace des forces et relations entre ces activités et l’espace des grandeurs économiques [ revenus, prix… ] […] sont en interdépendance très étroite et forment un

    système contenant implicitement la notion de temps, donc par nature dynamique ? (HURIOT, 1974, p.11).

     Ces définitions gardent de nos jours leur pertinence. Nous souhaiterions pouvoir les prolonger en mettant fortement l’accent sur les forces génératrices

    de l’espace économique, c’est à dire le processus qui préside aux logiques

    d’action des hommes. En d’autres termes, il va falloir mettre en évidence la

    dynamique de l’institutionnalisation de l’espace.

     A cet effet, nous ne pouvons faire l’économie des apports des néo-

    institutionnalistes comme WILLIAMSON (1975, 1985, 1991), COASE (1937) ,

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    des institutonnalistes traditionnelles comme COMMONS (1934, 1935) et VEBLEN (1899) , des sociologues comme BOURDIEU (1972,1980,1987, 2000) , BOUDON (1982, 1986, 1988), et des théoriciens des conventions comme BOLTANSKI, THEVENOT (1991,2000).Ces différents auteurs s’appuient sur l’idée que l’action de l’individu s’inscrit dans un champ de rationalité contextualisée (3). Ils appréhendent l’objectivation de l’action humaine avec des spécificités qui leur sont propres. Leur argumentaire différencié , en termes paradigmatiques, partage, pour l’essentiel, la même sève

    nourricière : celle du processus de l’institutionnalisation de l’espace.

1.2. LES CARACTERISTIQUES THEORIQUES DE L’ESPACE

    INSTITUTIONNEL

     Les caractéristiques identitaires de l’espace institutionnel s’inscrivent dans le champ des réponses apportées à ces questions :

     -Tout d’abord, du fait de l’imperfection du marché et de la rationalité

    limitée de l’agent économique (SIMON, 1957,MARCH, SIMON, 1958), (4) comment celui-ci pourrait-il surmonter l’atmosphère de l’incertitude (5) qui

    l’enveloppe? Là, Williamson et Coase nous montrent comment la notion d’agent économique n’est pas une pure abstraction, ce facteur de production réifié de l’économie standard. Les notions de contrat et de droits de propriété

    nous montrent que l’agent économique est partie prenante dans la gestion de

    son espace.

     -Ensuite, cette gestion de l’espace se fait-elle selon des mécanismes

    comportementaux donnés ou au contraire selon des dynamiques structurées et

    structurantes ? Là, Commons, Veblen, Bourdieu et Boudon nous aideront à percer, en amont, les fondements de l’action de l’agent économique. Les

    structures sociales et institutionnelles vont éclairer son action dans l’espace

    économique.

     -Enfin, cette action menée par des agents, insérés dans le mouvement de leur histoire sociale et institutionnelle, est-elle conduite par une logique rationnelle monolithique ? Ou, au contraire, n’obéit-elle pas, non pas à une sorte

    de rationalité générique, mais à des rationalités spécifiques selon les champs

    de la praxis sociale investis ? Là, les apports théoriques de Boltanski , Thévenot vont nous permettre de pointer du doigt la force dynamique différenciée de

    l’agent économique dans la structuration de l’espace.

     1.2.1. L’AGENT ECONOMIQUE CHEZ WILLIAMSON, COASE EN TANT

    QU’ACTEUR DYNAMIQUE DE SON ESPACE

     Si l’on adopte les entrées traditionnelles de la structuration spatiale, on peut mobiliser des auteurs comme WEBER (1909) et soutenir que la localisation de l’entrepreneur dans un espace donné renvoie aux paramètres traditionnels liés, plus généralement, aux coûts des facteurs de production auxquels on doit ajouter le coût du transport. Dans le langage de VELTZ, on dira que ? l’espace

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    intervient dans la théorie à travers les anisotropies de coûts et les coûts de franchissement de la distance physique ? (VELTZ, 1993, P.671). Dans la

    terminologie de WILLIAMSON, ? pour l’approche classique, l’entreprise est

    une entité de production ayant une construction technologique ?

    (WILLIAMSON, 1998, p.34). Dans ce type d’analyse, il y a, d’un côté, l’agent économique-entreprise et, de l’autre, les facteurs de production où le statut de la force de travail réifiée ne diffère pas de celui du capital. Le processus de structuration spatiale met en jeu une dynamique relationnelle bipolaire :

    entreprise/chose. Là, l’occupation du sol va se faire dans le cadre d’un calcul d’optimisation que rendent possible les mécanismes de la rationalité

    substantive (6) avec son hypothèse d’information parfaite. La localisation de

    l’entreprise va obéir à une logique de régulation conforme au ? modèle idéal du

    marché néoclassique ? (WILLIAMSON, 1998, p. 34).

     Si l’on mobilise les courants institutionnalistes, la dynamique comportementale de l’agent économique perd de sa réification, et tire sa

    substance de son cadre environnemental. Nous n’allons pas entrer dans la dynamique du débat (DUTRAIVE, 1993) qui voudrait marquer une ligne de démarcation épistémologique entre , d’une part, les fondateurs de

    l’institutionnalisme (COMMONS, VEBLEN), et, d’autre part, le courant hétérogène néo-institutionnaliste (HODGSON,COASE, WILLIAMSON). Notre préoccupation ne portera pas, non plus, sur la question de savoir si l’approche de Williamson est institutionnelle ou organisationnelle (KIRAT, 1993). Nous allons, tout simplement, pointer du doigt les points forts du cheminement intellectuel de ceux qui, comme WILLIAMSON, COASE, COMMONS et

    VEBLEN, ont su intégrer, dans la dynamique comportementale de l’agent

    économique, ses environnements institutionnel et organisationnel.

     Pour WILLIAMSON, la régulation, par le marché, de la dynamique économique, se heurte à des limites. Le marché est le royaume de l’incertitude. Il n’est plus en mesure d’assurer, à lui seul, l’allocation optimale des ressources dans l’espace. Les individus ? manquent d’information […] leurs capacités

    cognitives sont limitées ? (WILLIAMSON, 1998, P. 36). Devant ce constat

    d’incertitude et de chosification de l’entreprise, Williamson propose une

    sensibilité théorique où l’agent économique-entreprise n’est plus ce simple

    facteur de production livré aux différentes quantifications mathématiques. Il le réhabilite en tant qu’acteur dans la dynamique économique. Le statut et le rôle de l’entreprise sont alors revisités.

     En terme de statut, l’entreprise se pose ? en tant qu’institution ?.

    (WILLIAMSON, 1998, P. 34). Contrairement à l’ aspect de ? fonction de

    production ? de l’entreprise où l’accent est davantage mis sur ? les prix et la

    technologie ?, la notion d’institution marque un saut qualitatif où les ? règles

    formelles et informelles ? révèlent l’entreprise en tant qu’instance évoluant dans un champ de dynamique sociétale vivant et non réifié. L’entreprise n’est pas, ici, portée par une logique ponctiforme de structuration spatiale .

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     En terme de rôle, l’entreprise de Williamson structure des espaces

    compatibles ? avec l’impératif de maximisation du profit, mais part d’un point de vue différent ? (Williamson, 1981, cité par Dutraive, 1993, P. 101). La singularité méthodologique de l’auteur est mise en relief par deux hypothèses clés : l’incertitude et l’opportunisme.

     La menace que fait peser la première sur les transactions des entreprises peut être colmatée par une dynamique ? de contractualisation de leurs

    interactions ?. Le contrat se présente, en quelque sorte, comme l’une des traductions concrètes de la gouvernance saisie en tant que ? moyen de contrôle

    et de guidage ? (Williamson, 1998, P.34). Mais il faut se garder d’en déduire

    que le contrat constitue la panacée au problème de l’incertitude.

     Il ne permet pas ? de prévoir à l’avance toutes les situations possibles et tous les comportements individuels ? (Williamson,1998, P. 36). Peuvent

    survenir des comportements opportunistes qu’alimente ? la recherche d’intérêt

    personnel stratégique par le moyen de la tromperie, de la ruse, ou par la divulgation d’informations incomplètes ou dénaturées ? (Williamson,

    1998,P.36). Ce comportement opportuniste est à rapprocher de celui de l’acteur

    de Crozier et Friedberg (1977, P.79) qui tient à ? garde[r] toujours une marge

    de liberté et de négociation ? afin ?d’utiliser son pouvoir au mieux [et]

    accroître ses gains ?. Ainsi les règles formelles du contrat, dans leur aspect juridique, n’endiguent-elles pas, pour autant, l’incertitude. Par conséquent, l’agent économique-entreprise doit, dans sa stratégie d’action , tant sur le plan d’organisation que sur la question d’implantation territoriale, tenir compte de la

    psychologie humaine. En d’autres termes, le degré de résorption de

    l’incertitude dépend également de règles informelles. Il s’agit, là, du degré de

    confiance qui caractérise les relations entre les gens. ? Ainsi, face à des gens

    avec qui nous avons des relations anciennes d’échange, nous serons beaucoup

    plus confiants. Et avec de nouveaux interlocuteurs, nous serons plus prudents ?

    (Williamson, 1998, P. 36).

     Nous verrons, plus loin, comment, avec Commons, le traitement méthodologique des règles informelles nous situe à un niveau d’abstraction plus

    en amont quant à l’origine de l’action humaine dans l’espace économique. Pour l’instant, il convient de noter qu’avec Williamson l’agent économique n’est plus ce facteur de production banal du paradigme classique. Il est entité active dans

    la gestion de son espace.

     Cette dynamique d’action peut fort bien être illustrée par la logique des droits de propriétés de Coase. Celui-ci souligne, avec force, ? que ce qui est

    échangé sur le marché n’est pas, comme le supposent souvent les économistes,

    des entités physiques, mais les droits à réaliser certaines actions… ? (COASE,

    1991, cité par KIRAT, 1998,P. 20 ). L’agent économique apparaît comme force d’action dans un système économique que ? le droit contrôle ? (COASE, 1991,

    cité par KIRAT, 1998).

     Au total, la mobilisation de Williamson et de Coase nous a permis de réaliser que le fonctionnement de la dynamique économique ne fonctionne plus,

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    in concreto, selon les canons de la rationalité substantielle ou substantive propre à l’économie standard. L’agent économique, baigné dans la sève de la rationalité limitée, se contente de situation satisfaisante à défaut d’obtenir celle optimale. Son action dans la gestion de l’espace est portée la logique la rationalité procédurale (7). Cette action se déroule dans un cadre qui n’est pas désincarné. La psychologie et les règles juridiques sont les causes premières

    qui structurent son action dans l’espace.

     Il convient, maintenant, de prolonger notre réflexion en nous interrogeant sur les déterminants, en amont, de l’action de l’agent économique dans la

    gestion de l’espace.

1.22 : LES FONDEMENTS DE L’ACTION DE L’AGENT ECONOMIQUE DANS LA

    GESTION DE L’ESPACE : LES APPORTS DE COMMONS, VEBLEN, BOURDIEU ET

    BOUDON

     Les apports de Williamson et de Coase constituent un éclairage fort utile

    dans la dynamique d’action de l’agent économique. On n’est, certes, plus dans ? l’économie ponctiforme ? (8). Mais l’approche de ces auteurs, s’inscrivant

    dans ? une perspective qui reste celle de l’individualisme méthodologique ?

    (DUTRAIVE, 1993, P.103), ne permet pas de déceler, en amont, les racines de la logique d’action des agents économiques.

     Commons, Veblen et Bourdieu vont nous aider à pointer du doigt la quintessence de cette logique d’action.

     Commons ne va pas se borner , comme le fait Williamson, à l’aspect

    fonctionnaliste de l’institution – entreprise . Pour lui, le contrat, en soi, n'a pas de sens. Le contrat est inséré dans un cadre social d'usages, de coutumes, de manières de penser, de se comporter, de règles. En fait, le contrat et le cadre social constituent la même unité qui fonde l'institution. La transaction renvoie aux interactions qui se développent entre les agents économiques.

     Ces interactions se développent dans un champ social codifié. Les acteurs en

    présence, aux statuts juridiques et sociaux différents, nouent des relations différentielles qui font émerger trois types de transaction: celles marchandes, de

    direction et de répartition (9). Trois points méritent d’être soulignés. D’abord, il faut souligner que c’est le cadre juridique qui est la base de ces transactions et qui va permettre de contenir les conflits susceptibles de naître aussi bien dans les processus d’appropriation et de création de la richesse que dans celui de sa répartition. Ensuite, la nature des interactions entre les individus dépend , non seulement de leur objet, mais également du statut social de leurs auteurs (décideurs, exécutants). Enfin, il convient d'insister sur le fait que ces transactions ne se déroulent pas, seulement, dans une atmosphère régie et par des règles formelles, comme celles relatives au droit. Elles se nourrissent également de règles informelles, comme les usages, les habitudes...

     Dans ce cadre d'analyse, l’institution renvoie à une structure structurée par le complexe de règles formelles et informelles qui déploient une force structurante dans la régulation des transactions. Cette force structurante

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    comprime l'incertitude, d'une manière endogène et organise l'action collective.

     En somme, chez Commons, la capacité de l’agent économique à gérer son espace ne se nourrit pas seulement, comme chez Williamson, de la contractualisation des interactions. Elle s’imprègne également de ce qui

    échappe aux règles, c’est à dire l’informel. Celui-ci, beaucoup plus chez

    Commons que chez Williamson, va être une composante consubstantielle des

    éléments constitutifs de la colonne vertébrale de l’action humaine.

     Pour Veblen la genèse de l’action de l’individu est, également, à trouver du côté des institutions. L’action de l’individu est immanente à la structure des institutions. Celles-ci ? ne sont pas, seulement, elles-mêmes, le résultat du processus de sélection et d’adaptation qui forme les types dominants ou

    prévalants des attitudes spirituelles et des aptitudes, elles sont en même temps des méthodes particulières de vie et de relations humaines, et sont ainsi à leur tour des facteurs efficients de sélection ? (VEBLEN, 1899, p.188, in

    GARROUSTE ,1995,p.22).

     Deux aspects de l’institution semblent se profiler au travers de cette définition :

    - d’abord, l’institution, en tant qu’instance historique porteuse ? des

    attitudes spirituelles et des aptitudes ? des individus, c’est à dire de leurs

    modes de penser et d’agir, semble constituer la source déterministe de leur comportement. L’agir de l’individu est lié à l’histoire de son milieu. Cette première identité de l’institution trouve résonance à trois niveaux. En premier lieu, elle est à rapprocher de l’un des vecteurs identitaires de l’habitus de

    Bourdieu selon lequel les individus agissent selon ? un système de dispositions

    durables et transposables…intégrant toutes les expériences passées ?

    BOURDIEU, 1972, p.178-179) ou, en d’autres termes, selon ce qui est? acquis

    et qui s’est incarné de façon durable dans le corps sous forme de dispositions

    permanentes ?(BOURDIEU,1984). Puis, elle rappelle, aussi, ? l’action

    collective ? de Commons dans la mesure où celle-ci a un pouvoir de ? contrôle

    [sur] l’action individuelle ? (COMMONS, 1934, p.73). Enfin, elle revoie aux

    ? logiques de la rationalité héritée, autre manière de dire (…) que l’Histoire

    compte ? (LACOUR, PERREUR, 1998, p. 349).

    - Ensuite, l’institution, dans son aspect dynamique en tant que

    structure porteuse ?[ de] méthodes particulières de vie […], de relations

    humaines, et [de] facteurs efficients de sélection ?, permet à

    l’individu de gérer son déterminisme historique en le rendant acteur dans

    les choix et les sélections des normes et valeurs qui lui permettraient une congruence avec son environnement matériel. Ce côté dynamique d e l’institution nous rappelle l’action collective de Commons qui permet ? la

    libération et l’expansion de l’action individuelle [tout en] soutenant l’ordre

    social ? (BAZZOLI, DUTRAIVE,1995, p.35). Il nous fait penser, aussi, à la dimension structurante de l’habitus de Bourdieu où l’individu s’impose

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    par sa ? matrice de perceptions, d’appréciations et d’actions ?

    (BOURDIEU,1972, p.178-179).

     Au total, il apparaît clairement que l’action de l’individu trouve son fondement dans une sorte de ? déterminisme dynamique ?. Certes, l’individu

    n’est pas cette marionnette manipulée par les structures institutionnelles. Mais

    ces dernières constituent le lieu où, tout naturellement, se met en œuvre la dynamique de l’action. C’est ce que soulignent, notamment, avec force CROZIER et FRIEDBERG (1977, P.17) : ? Action collective et organisation

    sont donc complémentaires .Ce sont les deux faces indissociables d’un même problème : celui de la structuration des champs à l’intérieur desquels l’action, toute action, se développe ?. En d’autres termes, l’action de l’individu

    n’échappe pas à la logique de la rationalité située (BOUDON, 1986, P. 16) :

    ?[Les] comportements ne sont évidemment pas le fait d’individus désincarnés, de calculateurs abstraits, mais, au contraire d’individus situés socialement,

    autrement dit d’individus appartenant notamment à une famille, mais aussi à

    d’autres groupes sociaux, et disposant de ressources non seulement économiques, mais culturelles ? . C’est ce que souligne également SCHÜTZ

    (1987, P. 14, 15) lorsqu’il écrit que ? l’homme se trouve, à chaque moment de

    sa vie quotidienne, dans une situation biographiquement déterminée, c’est à dire dans un environnement physique et socioculturel… ?. BOURDIEU (2000,

    P. 259) abonde dans le même sens quand il soutient que ? l’agent social est un

    individuel collectif ou un collectif individué par le fait de l’incorporation des structures objectives ?.

     Cette osmose dialectique qui se développe entre les structures, les institutions et la praxis est ? constructivisme structuraliste ? chez

    BOURDIEU (1987, P. 147) (10), ? individualisme structurel ? chez

    WIPPLER et ? individualisme institutionnel ? chez AGASSI (1975) (11),

    BOUDON et BOURRICAUD (1982, P. 308) (12). On a affaire à un type de fondation de l’action humaine où institutions et individualisme s’interpénètrent. Au-delà des différences idéologiques de ces différents auteurs, il est à noter une convergence de fond à l’endroit des fondements de l’action de l’homme dans la gestion de son espace. La notion d’ homo institutus pourrait constituer cette

    assise conceptuelle susceptible de traduire cette quintessence commune exprimée différemment. L’ homo institutus se distingue des versions hard

    du holisme traditionnel où les structures écrasent l’individu et de l’individualisme méthodologique où la survalorisation de l’action individuelle

    ignore l’environnement institutionnel. Il s'exprime à l'intérieur d'une perception systémique des interactions sociales qui se développent entre les individus et les institutions. Il prend en compte, non seulement, l'inertie sécrétée par les institutions à l'endroit des modes de penser et d'agir des individus, mais également les volontés spécifiques, différenciées et antithétiques de ces derniers, base vectorielle de l'action.

     En somme, l’homo institutus, par sa charge évocatrice de l’homme dans la

    société institutionnelle, pourrait rendre compte, d’une manière unifiée, du même

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    phénomène que d’ordinaire ces deux expressions différentes, chacune cantonnée dans son propre paradigme, avaient la charge de traduire.

     A ce niveau d’analyse, il nous est possible de dire que la gestion de

    l’espace par l’agent économique s’inscrit dans une logique de rationalité

    limitée et située où l’action répond à une dynamique contractuelle dont les

    racines constitutives tirent leur sève nourricière de l’histoire complexe du

    système.

     Mais il faut se garder de conclure que ce type de rationalité à la fois limitée

    et située soit de caractère monolithique. Boltanski et Thévenot , en s’inscrivant

    à l’extérieur de ? l’hypothèse d’un guidage interne au moyen d’un programme

    préalablement inscrit dans les personnes? (2000, P. 267) apportent un éclairage

    complémentaire sur la pluralité des logiques d’action.

1.2.3 LES RATIONALITES DIFFERENTIELLES ET SPECIFIQUES DES AGENTS

    ECONOMIQUES : L’ECLAIRAGE DES LOGIQUES D’ACTION PAR LES ? CITES ?

     Les actions des acteurs n’obéissent pas toutes à une même logique. Elles sont mues par des rationalités spécifiques. Selon Boltanski et Thévenot (2000), les actions humaines peuvent être mises en mouvement par six types de logique :

    - le premier relève de l’esprit de la ?cité domestique?. Là, les individus

    agissent en conformité scrupuleuse avec les règles, normes et valeurs du groupe auquel ils appartiennent. Ces valeurs référentielles sont portées par la tradition, l’habitude. Les gens ? agissent avec naturel parce qu’ils sont mus par des habitudes ?. Celles-ci ? prises de bonne heure [ne sont] jamais une contrainte

    et [deviennent] rapidement un comportement naturel ? (BOLTANSKI,

    THEVENOT, 2000, P.210).

    - le second traite de la ?cité industrielle.? Là, l’action ? repose sur

    l’efficacité des êtres, leur performance, leur productivité, leur capacité à assurer une fonction normale, à répondre utilement aux besoins ?

    (BOLTANSKI, THEVENOT,2000, P.254) ;

    - le troisième porte sur la ? cité marchande?? les actions sont mues

    par les désirs des individus, qui les poussent à posséder les mêmes objets, des biens rares dont la propriété est aliénable ? (BOLTANSKI, THEVENOT, 2000,

    P. 244) ;

    - le quatrième s’inscrit dans la ?cité du renom.? Là, c’est le côté

    narcissique de l’homme qui est mis en avant. Le prestige et la domination symbolique sont les références majeures de cette ? cité ?. ? Les personnes sont

    toutes susceptibles d’accéder à [l’état de grandeur] parce qu’elles ont en

    commun d’être mues par l’amour-propre. C’est l’amour-propre qui fait leur

    dignité d’êtres humains. Elles ont un même désir d’être reconnues, la passion d’être considérées ? (BOLTANSKI, THEVENOT, 2000, P. 224).

    - le cinquième traite de la ?cité civique.? Là, c’est le principe de l’intérêt

    général qui prédomine. ? Les actions des gens sont pertinentes lorsque,

    participant d’un mouvement social, elles participent d’une action collective qui

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