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La+Cousine+Bette

By Miguel Cruz,2014-05-15 11:40
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La+Cousine+Bette

     La Cousine Bette

     Balzac, Honoré de

Published: 1847

    Type(s): Novels

    Source: http://fr.wikisource.org

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A propos de Balzac:

     Honoré de Balzac (May 20, 1799 August 18, 1850), born Honoré Bal-

    zac, was a nineteenth-century French novelist and playwright. His work,

    much of which is a sequence (or Roman-fleuve) of almost 100 novels and

    plays collectively entitled La Comédie humaine, is a broad, often satirical

    panorama of French society, particularly the petite bourgeoisie, in the

    years after the fall of Napoléon Bonaparte in 1815namely the period of

    the Restoration (18151830) and the July Monarchy (18301848). Along

    with Gustave Flaubert (whose work he influenced), Balzac is generally

    regarded as a founding father of realism in European literature. Balzac's

    novels, most of which are farcical comedies, feature a large cast of well-

    defined characters, and descriptions in exquisite detail of the scene of ac-

    tion. He also presented particular characters in different novels repeated-

    ly, sometimes as main protagonists and sometimes in the background, in

    order to create the effect of a consistent 'real' world across his novelistic

    output. He is the pioneer of this style. Source: Wikipedia

Disponible sur Feedbooks pour Balzac:

     Le Père Goriot (1834)

     La Peau de chagrin (1831)

     Illusions perdues (1843)

     Le Lys dans la vallée (1835)

     Eugénie Grandet (1833)

     La Recherche de l’Absolu (1834)

     Le Colonel Chabert (1832)

     La Femme de trente ans (1832)

     Le Chef-d’uvre inconnu (1845)

     Les Chouans (1827)

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     1

    Chapitre

Où la passion va-t-elle se nicher ?

Vers le milieu du mois de juillet de l’année 1838, une de ces voitures

    nouvellement mises en circulation sur les places de Paris et nommées des

    milords cheminait, rue de l’Université, portant un gros homme de taille moyenne, en uniforme de capitaine de la garde nationale.

     Dans le nombre de ces Parisiens accusés d’être si spirituels, il s’en trouve qui se croient infiniment mieux en uniforme que dans leurs habits

    ordinaires, et qui supposent chez les femmes des gots assez dépravés

    pour imaginer qu’elles seront favorablement impressionnées à l’aspect d’un bonnet à poil et par le harnais militaire.

     La physionomie de ce capitaine appartenant à la 2e légion respirait un

    contentement de lui-même qui faisait resplendir son teint rougeaud et sa

    figure passablement joufflue. cette auréole que la richesse acquise dans

    le commerce met au front des boutiquiers retirés, on devinait l’un des élus de Paris, au moins ancien adjoint de son arrondissement. Aussi,

    croyez que le ruban de la Légion d’honneur ne manquait pas sur la poi- trine, crnement bombée à la prussienne. Campé fièrement dans le coin

    du milord, cet homme décoré laissait errer son regard sur les passants,

    qui souvent, à Paris, recueillent ainsi d’agréables sourires adressés à de beaux yeux absents.

     Le milord arrêta dans la partie de la rue comprise entre la rue de Belle-

    chasse et la rue de Bourgogne, à la porte d’une grande maison nouvelle- ment btie sur une portion de la cour d’un vieil htel à jardin. On avait respecté l’htel, qui demeurait dans sa forme primitive au fond de la cour diminuée de moitié.

     la manière seulement dont le capitaine accepta les services du co-

    cher pour descendre du milord, on et reconnu le quinquagénaire. Il y a

    des gestes dont la franche lourdeur a toute l’indiscrétion d’un acte de naissance. Le capitaine remit son gant jaune à sa main droite, et, sans

    rien demander au concierge, se dirigea vers le perron du rez-de-chaussée

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de l’htel d’un air qui disait : Elle est à moi ! Les portiers de Paris ont

    le coup d’il savant, ils n’arrêtent point les gens décorés, vêtus de bleu, à démarche pesante ; enfin ils connaissent les riches.

     Ce rez-de-chaussée était occupé tout entier par M. le baron Hulot

    d’Ervy, commissaire ordonnateur sous la République, ancien intendant

    général d’armée, et alors directeur d’une des plus importantes adminis- trations du ministère de la guerre, conseiller d’Etat, grand officier de la Légion d’honneur, etc., etc.

     Ce baron Hulot s’était nommé lui-même d’Ervy, lieu de sa naissance, pour se distinguer de son frère, le célèbre général Hulot, colonel des gre-

    nadiers de la garde impériale, que l’empereur avait créé comte de Forz- heim, après la campagne de 1809. Le frère ané, le comte, chargé de

    prendre soin de son frère cadet, l’avait, par prudence paternelle, placé dans l’administration militaire où, grce à leurs doubles services, le ba- ron obtint et mérita la faveur de Napoléon. Dès 1807, le baron Hulot était

    intendant général des armées en Espagne.

     Après avoir sonné, le capitaine bourgeois fit de grands efforts pour re-

    mettre en place son habit, qui s’était autant retroussé par derrière que par devant, poussé par l’action d’un ventre piriforme. Admis aussitt qu’un domestique en livrée l’eut aperu, cet homme important et impo- sant suivit le domestique, qui dit en ouvrant la porte du salon :

     M. Crevel !

     En entendant ce nom, admirablement approprié à la tournure de celui

    qui le portait, une grande femme blonde, très bien conservée, parut avoir

    reu comme une commotion électrique et se leva.

     Hortense, mon ange, va dans le jardin avec ta cousine Bette, dit-elle

    vivement à sa fille, qui brodait à quelques pas d’elle.

     Après avoir gracieusement salué le capitaine, Mlle Hortense Hulot sor-

    tit par une porte-fenêtre, en emmenant avec elle une vieille fille sèche qui

    paraissait plus gée que la baronne, quoiqu’elle et cinq ans de moins.

     Il s’agit de ton mariage, dit la cousine Bette à l’oreille de sa petite cousine Hortense, sans paratre offensée de la faon dont la baronne s’y prenait pour les renvoyer, en la comptant pour presque rien.

     La mise de cette cousine et, au besoin, expliqué ce sans-gêne.

     Cette vieille fille portait une robe de mérinos, couleur raisin de Co- rinthe, dont la coupe et les lisérés dataient de la Restauration, une colle- rette brodée qui pouvait valoir trois francs, un chapeau de paille cousue à coques de satin bleu bordées de paille comme on en voit aux

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    revendeuses de la Halle. l’aspect de souliers en peau de chèvre dont la faon annonait un cordonnier du dernier ordre, un étranger aurait hési-

    té à saluer la cousine Bette comme une parente de la maison, car elle res-

    semblait tout à fait à une couturière en journée. Néanmoins, la vieille fille

    ne sortit pas sans faire un petit salut affectueux à M. Crevel, salut auquel

    ce personnage répondit par un signe d’intelligence.

     Vous viendrez demain, n’est-ce pas, mademoiselle Fischer ? dit-il.

     Vous n’avez pas de monde ? demanda la cousine Bette.

     Mes enfants et vous, voilà tout, répliqua le visiteur.

     Bien, répondit-elle, comptez alors sur moi.

     Me voici, madame, à vos ordres, dit le capitaine de la milice bour-

    geoise en saluant de nouveau la baronne Hulot.

     Et il jeta sur Mme Hulot un regard comme Tartuffe en jette à Elmire,

    quand un acteur de province croit nécessaire de marquer les intentions

    de ce rle, à Poitiers ou à Coutances.

     Si vous voulez me suivre par ici, monsieur, nous serons beaucoup

    mieux que dans ce salon pour causer d’affaires, dit Mme Hulot en dési- gnant une pièce voisine qui, dans l’ordonnance de l’appartement formait un salon de jeu.

     Cette pièce n’était séparée que par une légère cloison du boudoir dont la croisée donnait sur le jardin, et Mme Hulot laissa M. Crevel seul pen-

    dant un moment, car elle jugea nécessaire de fermer la croisée et la porte

    du boudoir, afin que personne ne pt y venir écouter. Elle eut même la

    précaution de fermer également la porte-fenêtre du grand salon, en sou-

    riant à sa fille et à sa cousine, qu’elle vit établies dans un vieux kiosque au fond du jardin. Elle revint en laissant ouverte la porte du salon de jeu,

    afin d’entendre ouvrir celle du grand salon, si quelqu’un y entrait. En al- lant et venant ainsi, la baronne, n’étant observée par personne, laissait dire à sa physionomie toute sa pensée ; et qui l’aurait vue et été presque épouvanté de son agitation. Mais, en revenant de la porte d’entrée du grand salon au salon de jeu, sa figure se voila sous cette réserve impéné-

    trable que toutes les femmes, même les plus franches, semblent avoir à

    commandement.

     Pendant ces préparatifs au moins singuliers, le garde national exami-

    nait l’ameublement du salon où il se trouvait. En voyant les rideaux de soie, anciennement rouges, déteints en violet par l’action du soleil, et li- més sur les plis par un long usage, un tapis d’où les couleurs avaient dis- paru, des meubles dédorés et dont la soie marbrée de taches était usée

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    par bandes, des expressions de dédain, de contentement et d’espérance se succédèrent navement sur sa plate figure de commerant parvenu. Il

    se regardait dans la glace, par-dessus une vieille pendule Empire, en se

    passant lui-même en revue, quand le frou-frou de la robe de soie lui an-

    nona la baronne. Et il se remit aussitt en position.

     Après s’être jetée sur un petit canapé, qui certes avait été fort beau vers 1809, la baronne, indiquant à Crevel un fauteuil dont les bras étaient ter-

    minés par des têtes de sphinx bronzées dont la peinture s’en allait par écailles en laissant voir le bois par places, lui fit signe de s’asseoir.

     Ces précautions que vous prenez, madame, seraient d’un charmant augure pour un…

     Un amant, répliqua-t-elle en interrompant le garde national.

     Le mot est faible, dit-il en plaant sa main droite sur son cur et rou-

    lant des yeux qui font presque toujours rire une femme quand elle leur

    voit froidement une pareille expression ; amant ! amant ! dites

    ensorcelé…

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     2

    Chapitre

De beau-père à belle-mère

coutez, monsieur Crevel, reprit la baronne, trop sérieuse pour pou-

    voir rire, vous avez cinquante ans, c’est dix de moins que M. Hulot, je le sais ; mais, à mon ge, les folies d’une femme doivent être justifiées par la beauté, par la jeunesse, par la célébrité, par le mérite, par quelques-

    unes des splendeurs qui nous éblouissent au point de nous faire tout ou-

    blier, même notre ge. Si vous avez cinquante mille livres de rente, votre

    ge contre-balance bien votre fortune ; ainsi de tout ce qu’une femme exige, vous ne possédez rien…

     Et l’amour ? dit le garde national en se levant et s’avanant, un amour qui…

     Non, monsieur, de l’entêtement ! dit la baronne en l’interrompant pour en finir avec cette ridiculité.

     Oui, de l’entêtement et de l’amour, reprit-il, mais aussi quelque

    chose de mieux, des droits…

     Des droits ? s’écria Mme Hulot, qui devint sublime de mépris, de dé- fi, d’indignation. Mais, reprit-elle, sur ce ton, nous ne finirons jamais, et

    je ne vous ai pas demandé de venir ici pour causer de ce qui vous a fait

    bannir malgré l’alliance de nos deux familles…

     Je l’ai cru…

     Encore ! reprit-elle. Ne voyez-vous pas, monsieur, à la manière leste

    et dégagée dont je parle d’amant, d’amour, de tout ce qu’il y a de plus scabreux pour une femme, que je suis parfaitement sre de rester ver-

    tueuse ? Je ne crains rien, pas même d’être souponnée en m’enfermant avec vous. Est-ce là la conduite d’une femme faible ? Vous savez bien pourquoi je vous ai prié de venir !…

     Non, madame, répliqua Crevel en prenant un air froid.

     Il se pina les lèvres et se remit en position.

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     Eh bien, je serai brève pour abréger notre mutuel supplice, dit la ba-

    ronne Hulot en regardant Crevel.

     Crevel fit un salut ironique dans lequel un homme du métier et re-

    connu les grces d’un ancien commis voyageur.

     Notre fils a épousé votre fille…

     Et si c’était à refaire !… dit Crevel.

     Ce mariage ne se ferait pas, répondit vivement la baronne, je m’en doute. Néanmoins, vous n’avez pas à vous plaindre. Mon fils est non seulement un des premiers avocats de Paris, mais encore le voici député

    depuis un an, et son début à la Chambre est assez éclatant pour faire

    supposer qu’avant peu de temps il sera ministre. Victorin a été nommé deux fois rapporteur de lois importantes, et il pourrait déjà devenir, s’il le voulait, avocat général à la cour de cassation. Si donc vous me donnez

    à entendre que vous avez un gendre sans fortune…

     Un gendre que je suis obligé de soutenir, reprit Crevel, ce qui me

    semble pis, madame. Des cinq cent mille francs constitués en dot à ma

    file, deux cent ont passé Dieu sait à quoi !… à payer les dettes de mon- sieur votre fils, à meubler mirobolamment sa maison, une maison de

    cinq cent mille francs qui rapporte à peine quinze mille francs, puisqu’il en occupe la plus belle partie, et sur laquelle il redoit deux cent soixante

    mille francs. Le produit couvre à peine les intérêts de la dette. Cette an-

    née, je donne à ma fille une vingtaine de mille francs pour qu’elle puisse nouer les deux bouts. Et mon gendre, qui gagnait trente mille francs au

    Palais, disait-on, va négliger le Palais pour la Chambre…

     Ceci, monsieur Crevel, est encore un hors-d’uvre, et nous éloigne du sujet. Mais, pour en finir là-dessus, si mon fils devient ministre, s’il vous fait nommer officier de la Légion d’honneur et conseiller de préfec- ture à Paris, pour un ancien parfumeur, vous n’aurez pas à vous plaindre…

     Ah ! nous y voici, madame. Je suis un épicier, un boutiquier, un an-

    cien débitant de pte d’amande, d’eau de Portugal, d’huile céphalique, on doit me trouver bien honoré d’avoir marié ma fille unique au fils de M. le baron Hulot d’Ervy, ma fille sera baronne. C’est régence, c’est

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